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MALGRÉ L’APPEL DES NATIONS UNIES A UN CESSEZ-LE-FEU

L’Arménie et l’Azerbaïdjan optent pour le langage des armes

01 octobre 2020 à 10 h 25 min

L’Arménie et l’Azerbaïdjan se sont engagés hier dans une quatrième journée de combats au Nagorny Karabakh, territoire séparatiste azerbaïdjanais soutenu par Erevan.

Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a fermé hier la porte à des négociations immédiates. «Il est inapproprié de parler d’un sommet Arménie-Azerbaïdjan-Russie alors que des combats intenses sont en cours», a-t-il déclaré à des médias russes, selon l’agence Interfax. «Pour des négociations, il faut une atmosphère et des conditions adéquates.»

Un peu plus tard, le président azerbaïdjanais a déclaré poursuivre les opérations militaires jusqu’au retrait des forces arméniennes du Nagorny Karabakh. «Nous avons une seule condition, le retrait total, inconditionnel et sans délai des forces armées de l’Arménie de notre terre. Si le gouvernement de l’Arménie accepte cette condition, les combats s’arrêteront, le sang arrêtera de couler», a soutenu le président Ilham Aliev. Et d’ajouter : «Nous voulons rétablir notre intégrité territoriale, nous le faisons et allons le faire.»

Plus tôt, la diplomatie azerbaïdjanaise a fait savoir aux médiateurs du conflit, le Groupe de Minsk (Russie, Etats-Unis, France) constitué au sein de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) que Bakou est déterminé à combattre. Tant que «nous ne voyons pas clairement les troupes arméniennes quitter le territoire de l’Azerbaïdjan, nous continuerons notre opération militaire légitime», a observé la représentation azerbaïdjanaise à l’OSCE.

Pour Bakou, un retrait inconditionnel est le seul moyen «pour l’actuel génération d’Arméniens d’éviter une perte massive de vies humaines». L’Arménie a affirmé mardi qu’un chasseur-bombardier turc soutenant l’Azerbaïdjan a abattu un de ses avions militaires, ce qu’ont aussitôt démenti Ankara et Bakou. Erevan a encore accusé hier «l’aviation turque d’effectuer des vols de provocation» le long de leur frontière commune. Ankara est la seule puissance à ne pas avoir appelé à un cessez-le-feu.

Mardi, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) a réclamé, dans une déclaration unanime, un «arrêt immédiat des combats» entre l’Azerbaïdjan et des forces séparatistes soutenues par l’Arménie. Comme il a exhorté les deux parties à «désamorcer les tensions et reprendre sans tarder des négociations constructives». Le texte a exprimé le «plein soutien» du Conseil au «rôle» des coprésidents (Etats-Unis, Russie, France) du Groupe de Minsk de l’OSCE et appelé les belligérants à travailler en étroite collaboration avec eux pour «une reprise urgente du dialogue sans conditions préalables».

Génocide de 1915 et convoitises des grandes puissances

L’Azerbaïdjan, un pays turcophone dont les habitants sont pour la plupart chiites, réclame le retour sous son contrôle du Nagorny Karabakh, province peuplée d’Arméniens, de confession chrétienne. Celle-ci a fait sécession en 1991 mais n’est pas reconnue par la communauté internationale.

Les combats opposant Bakou et les séparatistes du Nagorny Karabakh, soutenus par l’Arménie, se déroulent dans une région qui constitue une des zones d’influences convoitées de puissances concurrentes.

Depuis la reprise des affrontements, Ankara a exprimé un soutien total à Bakou. Lundi, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a promis que son pays resterait «aux côtés» de l’Azerbaïdjan «par tous les moyens». L’Arménie a déjà accusé la Turquie de soutenir Bakou avec des mercenaires syriens, des experts militaires et des pilotes de drones. Ce que dément la Turquie. Ankara et Erevan s’opposent sur la question du génocide arménien à l’époque ottomane. Comme elle constitue une source de tensions régulière entre la Turquie et la communauté internationale. Les Arméniens estiment qu’un million et demi des leurs ont été tués de manière systématique pendant la Première Guerre mondiale par les troupes de l’empire ottoman, alors allié à Allemagne et à l’Autriche-Hongrie. Ils commémorent ce génocide chaque année le 24 avril.

La Turquie, issue du démantèlement de l’empire en 1920, reconnaît des massacres mais récuse le terme de génocide, évoquant une guerre civile en Anatolie, doublée d’une famine, dans laquelle 300 000 à 500 000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort. Des affrontements meurtriers avec les Turcs ont déjà commencé à la fin du XIXe siècle, avec le massacre de 100 000 à 300 000 Arméniens en 1895-1896, selon des sources arméniennes. Lorsque l’empire essuie de lourdes pertes dans les combats de la Grande guerre affectant les provinces arméniennes, les autorités en rejettent la responsabilité sur les Arméniens, qualifiés d’«ennemi intérieur» et accusés de collaboration avec les Russes.

Le 24 avril 1915, des milliers d’Arméniens suspects de sentiments nationaux hostiles au gouvernement central sont arrêtés. Le 26 mai, une loi autorise les déportations «pour des raisons de sécurité intérieure», une autre loi du 13 septembre ordonne la confiscation de leurs biens. La population arménienne d’Anatolie et de Cilicie (une région intégrée à la Turquie en 1921) est exilée de force dans les déserts de Mésopotamie.

Les Parlements d’une vingtaine de pays ont voté des lois, résolutions ou motions reconnaissant explicitement le génocide arménien, une démarche qui provoque l’ire de la Turquie. Aux Etats-Unis, le Congrès a reconnu le génocide avec le vote de résolutions par la Chambre en 1975 et 1984. Le Parlement européen a reconnu le génocide arménien en 1987. En 2015, les Parlements luxembourgeois et belge ont voté une résolution reconnaissant le génocide.

En Allemagne, le Bundestag, la Chambre basse, a aussi adopté une résolution en 2016, qualifiée de non contraignante par la chancelière Angela Merkel. Le 24 avril 2015, en pleine commémoration par l’Arménie du 100e anniversaire du génocide, le pape François a parlé de «premier génocide du XXe siècle».

De son côté, la Russie entretient de bonnes relations avec les ex-républiques soviétiques d’Arménie et d’Azerbaïdjan, livrant même des armes aux deux pays. Erevan fait partie d’une alliance militaire dominée par Moscou. Le Kremlin, qui réclame la fin immédiate des combats, les plus graves depuis 2016, s’est dit disposé à une médiation, une guerre ouverte entre Bakou et Erevan risquant de déstabiliser une région où les intérêts de nombreuses puissances sont en concurrence. La Russie, avec la France et les Etats-Unis, copréside le Groupe de Minsk qui, depuis 1992, n’est pas parvenu à trouver une solution durable au conflit du Nagorny Karabakh, territoire ayant fait sécession de l’Azerbaïdjan avec le soutien arménien.

Une guerre au début des années 1990 y a déjà fait 30 000 morts. Pays voisin des deux belligérants, l’Iran aimerait servir de médiateur. L’Azerbaïdjan, pays chiite comme l’Iran mais laïc, se méfie des ambitions régionales de Téhéran. La République islamique observe avec inquiétude les liens qu’entretient Bakou avec la minorité azerbaïdjanaise vivant dans le Nord iranien et la coopération militaire entre Israël et l’Azerbaïdjan.

Les principales capitales occidentales ont appelé à la cessation des hostilités. La France et les Etats-Unis sont impliqués dans la résolution du conflit en tant que codirigeants, avec la Russie, du Groupe de Minsk, sans succès jusqu’ici. Mais il existe aussi un intérêt énergétique pour les Occidentaux, qui s’approvisionnent en partie à travers des gazoducs reliés à l’Azerbaïdjan, riche en hydrocarbures, ou y explorent des gisements.

En novembre 2008, la signature commune par l’Arménie et l’Azerbaïdjan d’une déclaration appelant à un «règlement pacifique» a soulevé beaucoup d’espoirs, mais les accrochages n’ont pas cessé. Le 12 juillet dernier, des combats se sont déroulés à la frontière nord entre les deux pays. Le président azerbaïdjanais a menacé de quitter les pourparlers de paix, estimant avoir le droit de chercher une solution militaire au conflit.

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