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FIGURE EMBLÉMATIQUE DE LA LUTTE ANTI-APARTHEID EN AFRIQUE DU SUD

L’archevêque Desmond Tutu est mort

27 décembre 2021 à 10 h 20 min

Figure de la lutte contre l’apartheid et prix Nobel de la paix, l’archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu est décédé hier, à l’âge de 90 ans. La nouvelle a été annoncée par le président de l’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa.

Desmond Tutu est né le 7 octobre 1931 à Klerksdorp, petite cité minière au sud-ouest de Johannesburg. Enfant, il souffre de poliomyélite. Marqué par cette expérience, il veut devenir médecin mais y renonce faute de moyens.

Il sera enseignant, avant de démissionner pour protester contre l’éducation de moindre qualité réservée aux Noirs et d’entrer au séminaire. Ordonné prêtre en 1961, il devient en 1978 le premier dirigeant noir du Conseil sud-africain des églises (SACC).

En 1984, il est lauréat du Nobel de la paix pour son combat non violent contre l’apartheid. La même année, il est nommé évêque de Johannesburg et appelle au boycott économique du régime raciste blanc de Pretoria.

Longue marche et espoir déçu

Outre la répression sanglante, la population noire est confrontée à la violence de la loi. L’arsenal juridique du régime apartheid. Pour schématiser, en 1913, est promulguée le Native Land Act revisé en 1936 qui accorde 13% du territoire aux Noirs. Suit le Mines and Works Amendement Act en 1927 réservant certains emplois aux Blancs et interdit la délivrance de certificats d’aptitude aux mulâtres, Asiatiques et Noirs.

L’Apprenticeship Act de 1944 interdit aux Noirs de bénéficier de la formation professionnelle. La politique ségrégationniste continue à sévir avec le Bantu Consolidation Act en 1945, qui permet aux inspecteurs de travail de délivrer ou de retirer les permis de travail aux Africains. Le group Area Act en 1950 oblige les populations non blanches à vivre dans des zones spécifiques. Même pour se déplacer, il faut se faire délivrer un laissez-passer comme le stipule le Native Act Area de 1952. Afin d’empêcher la création de syndicats interraciaux, il est élaboré en 1956 l’Industrial Conciliation Act.

Le contrôle de la population par la loi et la violence se durcit encore avec le Bantu Law Act en 1964 qui interdit à la majorité des Noirs de vivre en dehors des bantoustans. L’esprit de la législation du travail est lié au refus des ouvriers blancs de toute compétition des Noirs sur le marché du travail. Les syndicats blancs ont imposé des lois qui ne réservent aux Noirs que des emplois non spécialisés et moins rémunérés.

Dans les zones urbaines, la législation fait la différence entre les Noirs mêmes. Il y a ceux qui y vivent légalement, car installés depuis longtemps et en mesure de se justifier ainsi d’un emploi à durée prolongée. Les restants sont tolérés selon les besoins du marché du travail. Sinon, ils sont menacés à tout moment d’expulsion vers les homelands. En juin 1976, éclatent les émeutes de Johannesburg. Des adolescents manifestent contre l’obligation de suivre leur enseignement en langue afrikaans.

La répression du régime fait 23 morts. En 1977, Steve Biko, fondateur du Mouvement de la conscience noire, meurt en prison sous les coups de la police. La fin des années 1980 est marquée par l’effondrement du bloc Est. Sous la pression des grandes puissances, Pretoria décide de mettre fin à l’apartheid. Une nouvelle politique s’amorce dans cet esprit avec la libération de Nelson Mandela en février 1990, après 27 ans de prison et devient président de la République sud-africaine à l’issue des premières élections multiraciales de ce pays en 1994. C’est en cette même année que Desmond Tutu emploie la formule «Nation arc-en-ciel», reprise pour désigner l’Afrique du Sud. Mais ses espoirs sont vite déçus. La majorité noire a acquis le droit de vote, mais reste largement pauvre.

En 1996, il préside la Commission vérité et réconciliation (TRC) pour faire la lumière sur les crimes commis sous ce régime. En 2007, il préside «The Elders» (les Anciens), groupe de personnalités internationales œuvrant pour le règlement de conflits dans le monde. En 2013, il déclare qu’il ne votera plus pour le Congrès national africain (ANC), déçu par la corruption qui gangrène un parti à l’avant-garde de la lutte anti-apartheid, l’état des écoles publiques et les inégalités sociales avec leur lot d’injustice et de paupérisation continue. «Je n’ai pas combattu pour chasser des gens qui se prenaient pour des dieux de pacotille et les remplacer par d’autres qui pensent en être aussi», a-t-il observé.

En 2016, il prend position pour le droit au suicide assisté. Il se manifeste pour la dernière fois à un office religieux au Cap pour ses 90 ans en octobre.


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