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Malgré les menaces américaines de représailles

La Turquie reçoit la première livraison de missiles S-400 russes

13 juillet 2019 à 10 h 00 min

Les relations entre les Etats-Unis et la Turquie, deux alliés au sein l’Otan, se détériorent après le coup d’Etat manqué de juillet 2016 contre le président Recep Tayyip Erdogan. La tension augmente fin juillet 2018, avec le placement en résidence surveillée du pasteur américain Andrew Brunson.

La Turquie a reçu, hier, la première cargaison de missiles russes S-400, rapportent des médias citant le ministère de la Défense turc. Ainsi, Ankara s’expose à des sanctions de Washington, hostile à une telle transaction. «La livraison de la première cargaison d’équipements du système de défense antiaérienne S-400 a commencé le 12 juillet à la base aérienne Murted à Ankara», a indiqué le ministère turc de la Défense dans un communiqué.

A Moscou, une porte-parole du Service fédéral pour la coopération militaire et technique, Maria Vorobieva, a confirmé à l’agence Interfax que «les systèmes S-400 ont commencé à être livrés à la Turquie». Selon une source citée par l’agence publique TASS, un autre avion avec d’autres éléments, des S-400, doit décoller «prochainement» et une troisième livraison de plus de 120 missiles de différents types sera envoyée «à la fin de l’été» par voie maritime.

Par ailleurs, une autre source a indiqué à TASS qu’une vingtaine de militaires turcs ont été formés en mai-juin en Russie à l’utilisation des S-400, et 80 autres doivent l’être en juillet-août.

De son côté, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan), dont la Turquie est membre, est «préoccupée» par la livraison à la Turquie de missiles russes S-400, a affirmé le même jour un de ses responsables, sous couvert de l’anonymat.

«L’interopérabilité de nos forces armées est essentielle dans la conduite de nos opérations et nos missions», a-t-il indiqué, invitant Ankara à poursuivre le développement de systèmes de défense antiaérienne avec des alliés de l’Otan. Pour l’Otan, les Alliés peuvent décider de leurs achats d’équipements militaires, cependant, a relevé le même responsable, «nous sommes préoccupés par les conséquences potentielles de la décision de la Turquie d’acquérir le système S-400».

Mercredi, la Turquie a rejeté une nouvelle mise en garde américaine concernant l’achat de ces missiles russes, appelant Washington à ne pas prendre de mesures susceptibles de «nuire aux relations» bilatérales.

Les Etats-Unis estiment en effet que les systèmes russes ne sont pas compatibles avec les dispositifs de l’Otan. Washington juge qu’il existe un risque que les opérateurs russes qui formeront les militaires turcs aux S-400 puissent dans le même temps percer les secrets technologiques du nouvel avion furtif américain F-35, dont la Turquie veut aussi se doter.

Le Pentagone a officiellement lancé début juin un ultimatum à Ankara, lui donnant jusqu’au 31 juillet pour renoncer aux missiles russes, sous peine d’être totalement exclu du programme F-35 auquel il participe.

Néanmoins, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a affirmé fin juin, après avoir rencontré son homologue américain, Donald Trump, au Japon, ne pas craindre d’exposer son pays à des sanctions en achetant les missiles S-400. La livraison de ce système de défense antiaérienne sophistiqué marque la poursuite du réchauffement des relations entre la Russie et la Turquie, qui a pris ses distances avec le camp occidental depuis un coup d’Etat manqué en juillet 2016 contre le président Erdogan. Relations qui étaient jusque-là au bord de la rupture en novembre 2015 lorsque des chasseurs turcs F-16 ont abattu un bombardier russe au-dessus de la frontière syro-turque.

Ankara affirme qu’il se trouvait dans l’espace aérien turc, Moscou assure qu’il a été abattu dans le ciel syrien. L’incident provoque la colère de la Russie qui dénonce «un coup de poignard dans le dos» et impose une série de sanctions contre la Turquie. Le 27 juin 2016, le président Erdogan adresse un message au président russe, Vladimir Poutine, dans lequel il exprime des «regrets» et des «condoléances» pour le pilote russe tué.

Le Kremlin évoque des «excuses» turques. Le 29 du même mois le président Poutine ordonne la levée des sanctions dans le domaine touristique et la «normalisation» des relations commerciales, après sa première conversation téléphonique avec Erdogan depuis la crise.

En juillet, il est l’un des premiers dirigeants étrangers à l’appeler après le putsch raté en Turquie, pour souhaiter un «retour rapide à la stabilité». Le 9 août 2016, les présidents Poutine et Erdogan promettent une «difficile» réconciliation lors de leur première rencontre à Saint-Pétersbourg.

Le 10 octobre 2016, les deux pays scellent leur réconciliation avec la signature d’un projet de gazoduc, à l’occasion d’une visite du président Poutine à Istanbul. Baptisé TurkStream, le projet permettra à la Russie d’acheminer du gaz vers la Turquie et l’Europe sous la mer Noire. La construction débute en 2017. La Russie, principale alliée avec l’Iran du régime de Bachar Al Assad, et la Turquie, soutien des rebelles, renforcent leur coopération sur le dossier syrien.

En janvier 2017, les trois pays lancent le processus d’Astana, capitale du Kazakhstan sans les Etats-Unis, invitant les représentants du régime et des rebelles à des pourparlers. Le processus débouche sur la mise en place de «zones de désescalade» en Syrie.

Le 12 septembre 2017, Erdogan affirme que la Turquie a signé avec la Russie un contrat portant sur l’achat de systèmes de défense antiaérienne S-400, malgré l’inquiétude des partenaires d’Ankara au sein de l’Otan. Le 3 avril 2018, les chefs d’Etat Poutine et Erdogan donnent le coup d’envoi de la construction de la première centrale nucléaire en Turquie.

Le premier réacteur devrait être opérationnel en 2023. En septembre de la même année, Moscou et Ankara annoncent un accord sur une «zone démilitarisée» devant séparer les territoires aux mains des insurgés des zones gouvernementales et éviter une offensive du régime dans la province d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie.

Mais les forces du régime, avec le soutien russe, intensifient leurs frappes aériennes sur ce dernier bastion djihadiste depuis fin avril 2019. Le 18 mai, Erdogan annonce que la Turquie et la Russie produiront conjointement des systèmes S-500 de défense antiaérienne et antibalistique, après la controverse sur l’achat de systèmes russes S-400. «Il n’est absolument pas question que (la Turquie) recule sur l’achat des S-400», a-t-il soutenu.

Discorde

Par ailleurs, les relations entre les deux alliés au sein l’Otan se détériorent après le coup d’Etat manqué de juillet 2016 contre le président Recep Tayyip Erdogan. La tension augmente fin juillet 2018, avec le placement en résidence surveillée du pasteur américain Andrew Brunson. Washington exige sa libération immédiate. Ce que refuse Ankara.

Arrêté en octobre 2016, pendant les purges qui ont suivi le putsch raté, il a déjà passé un an et demi en détention pour «terrorisme» et «espionnage». Ankara l’accuse d’avoir agi pour le compte du réseau de Fethullah Gülen, un prédicateur turc exilé aux Etats-Unis, soupçonné par les autorités turques d’être l’architecte du putsch manqué.

Il est aussi suspecté d’être lié au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation classée «terroriste» par la Turquie et les Etats-Unis. Accusations qu’il a rejetées.En conséquence, l’Exécutif américain a imposé des sanctions, le 1er août, contre les ministres de l’Intérieur et de la Justice turcs, visés pour leur rôle présumé dans le procès d’Andrew Brunson. Leurs biens et avoirs ont été saisis, et les ressortissants américains ont interdiction de faire affaire avec eux.

Le gouvernement turc réplique, le 4 août, en demandant le gel en Turquie des avoirs de responsables américains. «Jusqu’à hier soir, nous sommes restés patients. Aujourd’hui, j’en donne l’instruction : nous gèlerons les avoirs en Turquie des ministres américains de la Justice et de l’Intérieur, s’ils en ont», a déclaré le président turc dans un discours télévisé.

Le 10 août, le président américain annonce une forte augmentation des taxes à l’importation sur l’acier et l’aluminium turcs. «Je viens juste d’autoriser le doublement des taxes douanières sur l’acier et l’aluminium en provenance de Turquie, puisque sa monnaie, la livre turque, descend rapidement contre notre dollar fort», écrit le président américain dans un tweet.

Comme Washington a déjà imposé, en mars de la même année, des tarifs douaniers supplémentaires à hauteur de 25% et 10% sur les importations d’acier et d’aluminium, cela implique que ces produits seront taxés à hauteur de respectivement 50% et 20%, en ce qui concerne Ankara. «Nos relations avec la Turquie ne sont pas bonnes en ce moment !» a ajouté le président Trump dans son tweet.

Le pasteur américain Andrew Brunson est mis en liberté en octobre de la même année. Autre litige, Ankara réclame de son côté, sans succès jusqu’ici, l’extradition du prédicateur Fethullah Gülen, désigné par le président Erdogan comme l’instigateur du putsch avorté de juillet 2016, accusations rejetées par l’intéressé. Les deux capitales s’opposent aussi sur la question des milices kurdes syriennes, à savoir les Unités de protection du peuple kurde (YPG).

Pour Washington, ces milices constituent une force importante pour combattre le groupe Etat islamique (EI). En revanche, aux yeux d’Ankara, elles ne sont que l’extension en Syrie du PKK qui livre, depuis 1984, une sanglante guerre à l’Etat turc. Il est classé «organisation terroriste» par la Turquie et ses alliés occidentaux.

En janvier 2018, la Turquie a lancé, dans le nord-ouest de la Syrie, une offensive contre les YPG, considérées par Ankara comme une organisation terroriste. Opération qui a suscité l’ire de Washington. Les deux alliés se sont finalement accordés, début juin, au terme de tractations diplomatiques, sur une «feuille de route» pour coopérer.

En octobre 2017, les Etats-Unis et la Turquie annoncent une suspension réciproque des délivrances de visas. La crise a commencé dimanche 8 octobre, lorsque les Etats-Unis ont annoncé suspendre la délivrance des visas par leurs missions diplomatiques en Turquie, sauf les visas d’immigration.

La mesure a été prise pour protester contre l’arrestation de Metin Topuz, un employé turc du consulat américain à Istanbul, inculpé par la justice turque, le 4 octobre, pour «espionnage» et appartenance au mouvement «terroriste» de Fethullah Gülen.


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