La Tunisie peine à se doter d’un nouvel exécutif : Bras de fer politique entre Ennahdha et Kaïs Saïed | El Watan
toggle menu
dimanche, 05 juillet, 2020
  • thumbnail of elwatan05072020




La Tunisie peine à se doter d’un nouvel exécutif : Bras de fer politique entre Ennahdha et Kaïs Saïed

17 février 2020 à 9 h 34 min

Les huit portefeuilles proposés par Elyes Fakhfakh à Ennahdha, en plus de deux ministres conseillers n’ont pas empêché la choura des islamistes de refuser d’accorder son soutien à l’équipe proposée, pourtant réduite à 29 ministères.

La Tunisie pourrait ainsi aller vers des législatives anticipées, si Fakhfakh ne parvient pas à trouver une équipe pouvant obtenir la confiance de l’Assemblée d’ici mercredi prochain. Les organisations nationales, ouvrière et patronale, UGTT et Utica, essaient d’aider à trouver un compromis qui pourrait permettre de débloquer la situation.

Ennahdha a exprimé son malaise durant toutes les phases des tractations pour la formation du gouvernement Fakhfakh. Les islamistes n’ont jamais digéré que le président Saied mène les débats, alors que le régime tunisien est plutôt parlementaire. Ghannouchi et Ennahdha se sont donc vengés de cette attitude du duo Fakhfakh/Saied, en leur montrant, par cette décision, qu’ils détiennent les cartes maîtresses de toute décision.

Si Ghannouchi a défendu la présence de Karoui et Qalb Tounes dans l’équipe de Fakhfakh, ce n’est pas par sympathie avec Karoui, mais plutôt pour s’assurer qu’il ne fasse pas volte-face, comme ce fut le cas avec Jemli.

Ainsi, sans Ennahdha (54 députés) et Qalb Tounes (38 députés), en plus d’El Karama (17 députés) et le Parti destourien (17 députés), déjà dans l’opposition, il ne reste plus que 91 députés, pouvant théoriquement soutenir Fakhfakh. La cause du rejet serait la plus envisageable, sans un retournement de position chez Ennahdha ou Qalb Tounes.

Flou artistique

A présent, les alternatives sont restreintes devant les organisations nationales, UGTT et UTICA, parce qu’il y a une question de temps en jeu. Fakhfakh ne dispose que de 30 jours, qui expirent le 19 février, pour obtenir la confiance à son gouvernement. Ce n’est pas comme le Dialogue national de 2014, qui a pris plus de neuf mois pour se concrétiser.

Par ailleurs, Fakhfakh a déjà cédé sur plusieurs points en faveur d’Ennahdha en lui accordant six ministères nominatifs, trois ministres-conseillers, en plus de deux ministres apparentés à Ennahdha, qui sont Mongi Marzouk (Energie) et Oussama Kheriji (Agriculture).

Donc, ce n’est pas le nombre de portefeuilles qui intéresse Ennahdha, mais, plutôt, les ministères clés, comme l’Intérieur, la Justice ou les Technologies de la Communication. Mais Fakhfakh n’a pas cédé sur cette question. Et Ennahdha veut lui faire payer le prix de son obstination, à lui et au président Saied. Il s’agit de la revanche des islamistes, après la chute de leur gouvernement, celui de Habib Jemli. Il semble fort difficile que les organisations nationales puissent parvenir à un compromis dans les trois jours qui restent. Fakhfakh ne saurait changer complètement de bord.

Et maintenant ?

Il est également improbable que Karoui fasse volte-face, comme lors du vote de confiance pour le gouvernement Jemli. Qalb Tounes a été ignoré par Jemli et Fakhfakh. Ses 38 députés vont voter contre l’attribution de la confiance aux deux hommes. Et c’est Ennahdha qui a orchestré ce scénario de chute de Fakhfakh. Et c’est toujours Qalb Tounes, le parti manipulé par les autres composantes.

Constitutionnellement parlant, le président de la République, Kaïs Saïed, peut dissoudre l’Assemblée 120 jours après la première nomination du chef du gouvernement par le parti vainqueur des législatives.

C’était le 15 novembre dernier avec Ennahdha et Habib Jemli. Elyes Fakhfakh a été nominé le 20 janvier. Ses 30 jours expirent le 19 février. Toute cette période aura duré 100 jours.

Il resterait donc 20 jours, au président Saied, avant de pouvoir dissoudre l’Assemblée. En ces 20 jours, Youssef Chahed reprend son statut de chef de gouvernement. Les bruits courent qu’Ennahdha veut, via l’Assemblée encore en place, retirer la confiance à Chahed, en nominant une autre personnalité à sa place, selon l’article 91 de la Constitution.

Un scénario qui remettrait les décisions concernant l’avenir du gouvernement à l’Assemblée. Mais Chahed pourrait démissionner, suite à l’échec de Fakhfakh dans l’obtention de la confiance, redevenant de nouveau en charge des Affaires courantes. Trop compliquée la situation tunisienne.

 

Tunis
De notre correspondant  Mourad Sellami



S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!