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Le prix Nobel de la paix décerné au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed

La paix entre frères ennemis éthiopiens et érythréens consacrée

12 octobre 2019 à 9 h 00 min

Agé de 43 ans et au pouvoir depuis seulement 18 mois, le plus jeune dirigeant d’Afrique fait face à une inquiétante flambée de violences intercommunautaires dans son pays, où des élections législatives sont censées avoir lieu en mai 2020.

Le Nobel de la paix a récompensé hier l’artisan d’une réconciliation spectaculaire avec l’ex-frère ennemi érythréen et père de réformes susceptibles de transformer en profondeur un pays longtemps livré à l’autoritarisme.

Agé de 43 ans et au pouvoir depuis seulement 18 mois, le plus jeune dirigeant d’Afrique fait face à une inquiétante flambée de violences intercommunautaires dans son pays, où des élections législatives sont censées avoir lieu en mai 2020.

«C’est une excellente nouvelle pour l’Afrique, pour l’Afrique de l’Est, un endroit où la paix est une marchandise très coûteuse», a réagi M. Abiy. «Je suis sûr que cela nous donnera l’énergie nécessaire pour (…) réaliser la paix dans notre région.»

Le dirigeant éthiopien est récompensé «pour ses efforts en vue d’arriver à la paix et en faveur de la coopération internationale, en particulier pour son initiative déterminante visant à résoudre le conflit frontalier avec l’Erythrée voisine», a expliqué la présidente du comité Nobel norvégien, Berit Reiss-Andersen.

Au pouvoir depuis avril 2018, Abiy Ahmed a initié un rapprochement au pas de charge avec l’Erythrée, ancienne province éthiopienne, et œuvré plus généralement pour la paix dans la Corne de l’Afrique. A l’issue d’une rencontre historique le 9 juillet 2018 à Asmara, la capitale érythréenne, il a mis fin avec le président érythréen, Issaias Afeworki, à 20 ans d’état de guerre.

Réouverture d’ambassades et de postes-frontières, rétablissement des liaisons aériennes, multiplication des rencontres : la réconciliation a été menée tambour battant.

Salué comme visionnaire et réformateur, le jeune dirigeant, issu d’une famille pauvre, a ainsi insufflé un certain optimisme dans une région du globe où celui-ci est une denrée rare. Après le gynécologue congolais Denis Mukwege, distingué conjointement avec la Yazidie Nadia Murad l’an dernier, il est le deuxième Africain consécutif à remporter le Nobel de la paix.

Son leadership «a fourni un formidable exemple aux pays d’Afrique et d’ailleurs qui cherchent à surmonter les résistances du passé et à faire passer l’intérêt de la population en premier», a commenté hier le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres.

«Reconnaissance et encouragement»

Mais l’enthousiasme a vite fait place à la frustration. La frontière entre les deux pays est à nouveau fermée, la signature d’accords commerciaux se fait attendre et l’Ethiopie, pays enclavé, n’a toujours pas accès aux ports érythréens. Le chemin à parcourir avant une paix ferme et définitive est encore long, estiment les analystes.

«C’est à la fois une reconnaissance et un encouragement pour ses efforts», a souligné Mme Reiss-Andersen, désamorçant une éventuelle polémique sur le caractère prématuré du Nobel. «Il reste assurément plusieurs défis à relever et nous ne pouvons pas être certains que tout sera couronné de succès», a-t-elle déclaré à l’AFPTV.

Des militants érythréens des droits humains ont critiqué le choix du comité qui rend excessivement honneur, selon eux, au régime d’Issaias Afeworki, l’un des plus répressifs au monde.

«Le prix Nobel de la paix a été décerné à un homme qui s’est lié d’amitié et a blanchi le dictateur d’à côté pour les intérêts de sa propre nation tout en prolongeant les souffrances du peuple érythréen», a déploré sur Twitter la militante pro-démocratie Vanessa Tsehaye, nièce d’un journaliste emprisonné.

Sur le plan intérieur, M. Abiy a rompu avec l’autoritarisme de ses prédécesseurs, libéré des milliers de prisonniers politiques, créé une commission de réconciliation nationale et levé l’interdiction pesant sur certains partis politiques.

Mais ses efforts se heurtent là aussi à des obstacles. Beaucoup doutent de sa capacité à tenir sa promesse d’organiser des élections «libres, justes et démocratiques» en mai 2020 en raison des violences intercommunautaires qui déchirent le pays et compliquent un recensement, toujours hypothétique.


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