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Haftar reprend le contrôle du croissant pétrolier

La guerre pour le pétrole s’exacerbe en Libye

27 juin 2018 à 2 h 40 min

Le maréchal Khalifa Haftar a remis hier la gestion des terminaux pétroliers de l’Est libyen à l’institution pétrolière basée à Benghazi. Haftar accuse les autorités de Tripoli de financer les groupes armés qui ont attaqué les ports de Sedra et Ras Lanouf.

Comme tout le monde s’y attendait, les forces de l’Armée nationale libyenne de Khalifa Haftar ont rapidement repris le contrôle des terminaux pétroliers de Sedra et Ras Lanouf, en délogeant les groupes armés dirigés par Ibrahim Jadhrane et ses alliés de Saraya Benghazi. Toutefois, la nouveauté réside dans la réaction de Haftar, qui n’a pas remis la gestion des terminaux pétroliers à l’Entreprise nationale du pétrole, dirigée par Mustapha Sanaallah à partir de Tripoli, comme ce fut le cas en 2015 et 2016 suite à de pareilles attaques de Jadhrane.

Haftar a décidé hier de remettre la gestion du pétrole de l’Est à la section de Benghazi de l’Entreprise nationale de pétrole, installée par le gouvernement Thani, issu du Parlement de Tobrouk. Haftar accuse les autorités de Tripoli de laisser fuir de l’argent pour financer le terrorisme, notamment les milices armées qui ont récemment attaqué les ports pétroliers de Sedra et Ras Lanouf. En réaction à ces dépassements, le chef de l’état-major de l’Armée libyenne dévie la manne d’argent, provenant du pétrole, de Tripoli vers Benghazi, provoquant le désarroi des autorités de Tripoli, qui demandent l’assistance de la communauté internationale.

Mécontentement

L’ex-président du conseil local de Benghazi, le juge Jamel Bennour, considère que l’attaque des ports pétroliers, menée par Jadhrane et ses alliés, est une réponse à la réunion de Paris. «A travers l’attaque des ports, les islamistes radicaux veulent dire que, même affaiblis, ils peuvent toujours nuire et il faut les prendre en considération dans l’équation finale libyenne», explique le juge.

Concernant la décision de Haftar de gérer le pétrole de l’Est à partir de Benghazi, le juge la prend pour une manœuvre politique pour faire pression sur la décision politique à Tripoli : «Haftar veut faire une démonstration de force aux gens de Misrata qui oscillent encore entre la réconciliation avec Haftar et leurs anciennes alliances avec les islamistes radicaux. Il n’a échappé à personne que les colonnes de groupes armés ayant attaqué la semaine dernière les ports pétroliers étaient parties de Misrata. Haftar a donc réagi à ce double jeu pour pousser les Misratis à un choix définitif.»

Double jeu

Jusque-là, le maréchal Haftar a régulièrement considéré que l’armée est au-dessus des mêlées politiques interlibyennes et qu’elle intervient juste pour protéger les richesses du peuple. Avant-hier, le porte-parole de l’armée, Ahmed Mesmari, a clairement condamné le fait que «l’argent du pétrole serve à équiper des groupes armés qui attaquent les richesses du peuple libyen». Il est donc clair que Haftar veut maintenant donner son avis sur la distribution de cet argent du pétrole.

Ce qui a donc changé, selon le politologue Ezzeddine Aguil, c’est que dans le passé, en 2015 et 2016, Haftar était encore en quête de reconnaissance, comme élément à prendre en considération sur la scène libyenne. Il avait remis la gestion du pétrole à l’Entreprise nationale de pétrole, basée à Tripoli, malgré son allégeance aux Frères musulmans. Maintenant, ajoute le politologue, Haftar est un élément incontournable sur le terrain libyen, voire l’élément le plus important dans la lutte contre les terroristes, il peut donc imposer ses joueurs dans la gestion du pétrole.

Le vice-président du conseil présidentiel, Ahmed Myitigue, a condamné la décision de Haftar et publié un communiqué appelant à l’intervention du Conseil de sécurité de l’ONU : «Toute exportation de pétrole est illégale en dehors des réseaux de l’Entreprise nationale de pétrole.» Mustapha Sanaallah, le président de ladite entreprise, a assimilé Haftar à Jadhrane et l’a accusé de détournement du pétrole libyen.

Pour sa part, l’autre vice-président du conseil présidentiel, Fathi Majbri, a dit «comprendre la réaction de l’armée de remettre la gestion du pétrole à la section de Benghazi de l’Entreprise nationale du pétrole». C’est donc un bras de fer qui s’installe en Libye concernant l’avenir de ce pays. «Beaucoup de choses doivent changer pour rétablir l’ordre. Une chose est sûre, c’est qu’il n’y aura ni référendum sur la Constitution ni élections, dans les prochains mois», conclut Ezzeddine Aguil.


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