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Guerre au Yémen : Riyad appelle à la rescousse des mercenaires du Darfour

03 janvier 2019 à 9 h 23 min

Dans la guerre qui les oppose aux rebelles houthis depuis 2015, les Saoudiens évitent visiblement autant que possible de faire combattre leurs propres soldats. La plupart du temps, les Houthis affrontent des mercenaires gracieusement rémunérés par Riyad et ses alliés du Golfe.

Même le Soudan, qui fait officiellement partie de l’alliance anti-Houthis dirigée par l’Arabie Saoudite, n’y envoie pas ses soldats. Khartoum fait aussi le plus souvent appel à des paramilitaires faisant partie de la Force de soutien rapide (RSF) ou tout simplement à des miliciens.

Selon le New York Times, le royaume saoudien a embauché depuis le début du conflit environ 14 000 de ces miliciens. Ils reçoivent des primes de 8700 euros et des salaires mensuels d’environ 450 euros. Presque tous «semblent provenir de la région du Darfour», poursuit la même source. Plus grave, un grand nombre d’entre eux sont des enfants âgés de 14 à 17 ans. Le New York Times relève en outre qu’au Darfour, «des parents qui ont tout perdu dans la guerre civile (bétail, habitation, récolte, etc.) se portent souvent volontaires pour vendre leurs enfants aux recruteurs».

Dans son enquête, le quotidien new-yorkais – qui dit avoir interviewé des combattants somaliens de retour du Yémen – révèle que les soldats mineurs représenteraient au moins 20% des unités de mercenaires soudanais au service des Saoudiens. D’après deux autres témoignages avancés par la même source, ces mineurs pourraient même représenter 40% des effectifs.

Khartoum et la coalition arabe démentent, quant à eux, les informations rapportées par le New York Times. «Les allégations, selon lesquelles il y aurait des enfants dans les rangs des forces soudanaises, sont fictives et sans fondement», a ainsi assuré Turki Al Malki, un porte-parole, via un communiqué.

Dans un reportage publié en avril dernier, RFI atteste cependant que le cas du Soudan, en plus d’être vrai, n’est pas isolé. D’autres pays africains auraient en effet envoyé des miliciens se battre au Yémen, comme le Tchad et l’Ouganda. D’autres sources attestent que Riyad a fait également appel à des mercenaires sud-américains.

Dans sa guerre totale contre les éléments du groupe armé Ansarullah (Houthis), la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite a tué et blessé des milliers de civils et contribué à mettre le pays au bord de la famine. Ces innombrables crimes de guerre n’ont toutefois pas empêché les pays occidentaux de vendre des armes à Riyad.

Le conflit au Yémen a déjà fait au moins 10 000 morts. Jusqu’à 20 millions de personnes sont, selon l’ONU, «en situation d’insécurité alimentaire». La guerre civile yéménite est un conflit qui oppose depuis 2014 principalement les rebelles houthis, réunis autour du groupe Ansarullah, et, jusqu’en 2017, les forces fidèles à l’ex-président Ali Abdallah Saleh au gouvernement de Abd Rabbo Mansour Hadi, élu en 2012 à la suite de la révolution yéménite et du départ du pouvoir de Saleh.

Le conflit s’est internationalisé en mars 2015 avec l’intervention de nombreux pays menés par l’Arabie Saoudite. Des spécialistes du Yémen expliquent qu’«il est l’une des conséquences de la guerre du Saada, commencée au nord-ouest du pays en 2004, en raison du sentiment de marginalisation des tribus du Nord qui se sentent délaissées par le pouvoir central, après l’unification du pays en 1990». «Il découle ainsi d’une série de mouvements de protestation houthistes contre la fin des subventions sur les produits pétroliers, la corruption, le meurtre de deux représentants houthis siégeant au conseil de transition, la lenteur d’application des mesures prévues par la conférence de dialogue national de 2012, ainsi que par la prise d’Amran», ajoutent les mêmes sources.

Le mouvement armé Ansarullah et le gouvernement ont bien signé, en décembre 2018, un accord parrainé par l’ONU qui vise à entamer des discussions de paix et à mettre fin aux hostilités dans le pays. Obtenu après d’âpres négociations, cet accord prévoyant une trêve à Al Hodeïda, principal front du conflit et point d’entrée de l’essentiel des importations du pays et des aides humanitaires, n’est pour le moment pas appliqué sur le terrain. Ansarullah et le gouvernement s’accusent mutuellement de bloquer sa mise en œuvre.


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