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lundi, 21 septembre, 2020
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Double explosion dans la zone portuaire de la capitale libanaise : Beyrouth ville sinistrée

06 août 2020 à 10 h 03 min

Les deux explosions qui ont meurtri la capitale libanaise, Beyrouth, mardi, ont provoqué la mort d’au moins 100 personnes et près de 4000 blessés. C’est ce qu’a déclaré la Croix-Rouge libanaise dans un bilan rendu public hier. Alors que les hôpitaux sont déjà submergés en raison de la pandémie de Covid-19.

De son côté, le gouverneur de Beyrouth, Marwan Abboud, a indiqué que jusqu’à 300 000 personnes sont sans domicile en raison des dommages, qui s’étendent à près de la moitié de la ville et sont estimés à plus de trois milliards de dollars (2,53 milliards d’euros).

Une première forte explosion dans la zone portuaire de Beyrouth est suivie d’un incendie et de quelques détonations. Une seconde explosion, beaucoup plus puissante a provoqué un énorme dégagement de fumée en forme de champignon dans le ciel et décimé le port et les bâtiments alentours.

Les explosions, dont le souffle a été ressenti jusque sur l’île de Chypre, à plus de 200 kilomètres de là, ont été enregistrées par les capteurs de l’Institut américain de géophysique (USGS) comme un séisme de magnitude 3,3. Le Premier ministre libanais a évoqué comme origine de la catastrophe une cargaison de nitrate d’ammonium stockée «sans mesures de précaution» dans le port. Environ 2750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées dans l’entrepôt du port de Beyrouth ont explosé, selon le chef de l’Exécutif libanais.

«Il est inadmissible qu’une cargaison de nitrate d’ammonium, estimée à 2750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution. C’est inacceptable et nous ne pouvons pas nous taire», a déclaré le Premier ministre devant le Conseil supérieur de Défense, dénonçant «un désastre dans tous les sens du terme» selon les propos de son porte-parole lors d’une conférence de presse. Selon le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, la cargaison de nitrate d’ammonium, un engrais chimique et également composant d’explosifs, est stockée depuis des années dans l’entrepôt, à proximité de quartiers très fréquentés.

Le nitrate d’ammonium est un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés, et a causé plusieurs accidents industriels, parmi lesquels l’explosion en 2001 de l’usine AZF à Toulouse (sud-ouest de la France), où quelque 300 tonnes de nitrates d’ammonium ont subitement explosé, faisant 31 morts.

De nombreux pays européens demandent à ce que du carbonate de calcium soit ajouté au nitrate d’ammonium, pour créer du nitrate de calcium et d’ammonium, plus sûr. Aux Etats-Unis, la réglementation concernant le nitrate d’ammonium s’est durcie après l’attentat d’Oklahoma City en 1995, où deux tonnes de ce produit chimique ont été utilisées, faisant 168 morts. Le Conseil de Défense national libanais a déclaré Beyrouth zone «sinistrée». Le président libanais, Michel Aoun, a annoncé débloquer 100 milliards de livres libanaises (55 millions d’euros) de financement d’urgence.

De son côté, Hassan Diab, dont le gouvernement est contesté par une partie de la population et fragilisé par la démission lundi du ministre des Affaires étrangères, a promis que les responsables devraient «rendre des comptes». Ce drame survient alors que le Liban connaît sa pire crise économique depuis des décennies. Crise traduite par une dépréciation inédite de sa monnaie, l’hyperinflation et des licenciements massifs.

Et pour la première fois de son histoire, le Liban a annoncé en mars être en défaut de paiement. Selon l’agence internationale Standard and Poor’s (S&P), le pays du Cèdre croule sous une dette de 92 milliards de dollars, soit près de 170% de son produit intérieur brut (PIB). Beyrouth s’est engagé en 2018 à effectuer des réformes en contrepartie de promesses de prêts et de dons d’un montant total de 11,6 milliards de dollars.

En mai dernier, il a entamé des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir une aide cruciale dans le cadre d’un plan de sauvetage élaboré par le gouvernement. Mais le processus est toujours au point mort. En octobre 2019 s’est déclenché un mouvement de contestation populaire contre la classe dirigeante, quasi inchangée depuis des décennies et accusée de corruption.

Le pays est classé 138e sur 180 dans l’indice de perception de la corruption de l’organisation non gouvernementale Transparency International. Près de la moitié de la population vit dans la pauvreté et 35% de la population active est au chômage, selon des statistiques officielles.

 

Marqué par des drames

Le pays du Cèdre compte plus de 17 confessions religieuses, exploitées par les puissances étrangères au gré de leurs intérêts nationaux. Les maronites sont protégés par la France, la Grande-Bretagne opte pour les druzes ; la Russie jette son dévolu sur les Grecs orthodoxes.

En 1860, une révolte paysanne dégénère en guerre interconfessionnelle. Le sort des chrétiens a servi de prétexte à Napoléon III pour intervenir militairement dans le pays. A la fin de la Première Guerre mondiale, la France obtient, conformément aux accords Sykes-Picot, le contrôle du Grand-Liban dans ses frontières actuelles et consacre la domination des maronites. En 1926, le statut de communauté politique est accordé aux chiites qui, jusque-là, sont intégrés dans la sphère sunnite. Suite au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le régime de Vichy cède ses conquêtes aux pays de l’Axe. Cependant, la Grande-Bretagne occupe la Syrie et le Liban en juillet 1941. L’indépendance du Liban, en novembre 1943, n’est rendue possible qu’avec un accord non écrit qui consiste en un compromis entre les maronites et les sunnites. De par cet accord, les chrétiens renoncent à la protection française et acceptent l’indépendance.

De leur côté, les musulmans abandonnent l’idée de l’unité arabe, à commencer par le projet de création de la Grande Syrie. Le nouvel Etat maintient le confessionnalisme. Le président libanais Camille Chamoun n’apprécie pas la politique régionale du président égyptien Gamal Abdel Nasser comme il est favorable à la création du pacte de Baghdad. Ainsi se sent-il menacé par la fondation de la République arabe unie (RAU) par l’Egypte et la Syrie, qui a gagné la sympathie des musulmans libanais. Eclate en 1958 la première guerre civile libanaise qui voit le débarquement des marines américains à l’appel du président Chamoun. Le Liban a subi toutes les guerres vécues par la région, à commencer par la première guerre arabo-israélienne en 1948 qui a contraint des milliers de Palestiniens à se réfugier dans le pays. Entre autres conséquences, rien qu’entre 1949 et 1964, le pays a subi 140 agressions israéliennes et 3000 autres entre 1968 et 1974.

Le 13 avril 1975, un bus transportant des Palestiniens et des Libanais du camp de Sabra traverse la zone de Aïn Al Rammena sous contrôle des phalangistes. Des coups de feu ciblant le bus font 27 morts parmi les passagers. La guerre civile se déclenche alors. Elle ne se terminera qu’en 1990. En mars 1978, l’armée israélienne pénètre au Liban pour mettre fin aux attaques de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qu’elle repousse jusqu’au fleuve Litani, avant de se retirer en juin. Israël envahit une nouvelle fois le pays en juin 1982. En 2006, une guerre oppose Israël au mouvement chiite Hezbollah. Le conflit syrien a débordé sur le pays. Avec une population de 4,5 millions d’habitants, le Liban dit accueillir 1,5 million de réfugiés syriens, dont près d’un million inscrits auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU). Plus de trois quarts des familles de réfugiés syriens vivent sous le seuil de la pauvreté, selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Le Hezbollah a reconnu en 2013 l’engagement de ses combattants dans la guerre en Syrie au côté du régime de Bachar Al Assad, une implication qui a divisé davantage la scène politique au Liban.

A. I.



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