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Situation des droits de l’homme en Turquie

Des figures de la société civile jugées pour les manifestations anti-Erdogan

25 juin 2019 à 10 h 00 min

La Turquie est régulièrement pointée du doigt par les organisations de défense des droits humains, qui s’inquiètent de la dégradation de l’Etat de droit ces dernières années. Les 16 accusés risquent la prison à vie dans cette affaire, qui suscite l’inquiétude des défenseurs des droits humains qui dénoncent une «chasse aux sorcières» et soutiennent qu’il n’existe «pas l’ombre d’une preuve» pour appuyer l’accusation.

Le procès de plusieurs figures de la société civile turque, dont le philanthrope Osman Kavala, s’est ouvert hier, rapporte l’AFP. Elles sont accusées d’avoir tenté de «renverser le gouvernement» de Recep Tayyip Erdogan lors d’un vaste mouvement de contestation en 2013. Accusation jugée fallacieuse par leurs défenseurs.

L’audience s’est tenue sous haute sécurité à la prison de Silivri, à la lisière d’Istanbul. Les 16 accusés risquent la prison à vie dans cette affaire, qui suscite l’inquiétude des défenseurs des droits humains qui dénoncent une «chasse aux sorcières» et soutiennent qu’il n’existe «pas l’ombre d’une preuve» pour appuyer l’accusation.

Parmi les personnes jugées figure l’homme d’affaires et philanthrope Osman Kavala, dont l’incarcération depuis plus de 600 jours est devenue le symbole de la répression contre la société civile, en particulier depuis la tentative de putsch de 2016.

Ce dernier et un autre prévenu comparaissent en état de détention, huit autres en liberté conditionnelle et six autres ayant fui le pays par contumace. Cinq d’entre eux, dont O. Kavala, ont déposé devant le tribunal lundi, démentant les accusations qui pèsent sur eux.

Les autres prévenus doivent être entendus aujourd’hui. Osman Kavala, une figure connue et respectée dans les cercles intellectuels en Europe, est accusé d’avoir financé les gigantesques manifestations contre le président Erdogan en 2013, connues sous le nom de «mouvement de Gezi». Lors de l’audience, il a rejeté «des allégations irrationnelles dénuées de preuves». «Je n’ai jamais été, de ma vie, partisan du changement de gouvernement autrement qu’à travers des élections libres», a-t-il ajouté.

Le mouvement de Gezi a commencé avec un sit-in de militants écologistes pour défendre le parc de Gezi, l’un des rares espaces verts au cœur d’Istanbul. Après une répression brutale, il s’est transformé en mouvement plus global contre Erdogan, qui était alors Premier ministre.

La répression contre les sympathisants de Gezi a connu un regain d’intensité à l’automne 2018, soit plus de cinq ans après les manifestations, avec l’arrestation de plusieurs universitaires et figures de la société civile proches de O. Kavala.

La Turquie est régulièrement pointée du doigt par les organisations de défense des droits humains, qui s’inquiètent de la dégradation de l’Etat de droit ces dernières années.

Dans son acte d’accusation de 657 pages, le procureur présente le mouvement de Gezi comme une opération pilotée de l’étranger pour nuire à la Turquie. Parmi les éléments de l’accusation figure une carte de la répartition des abeilles sur le territoire turc, trouvée dans le téléphone de O. Kavala. Le document est présenté comme une preuve que le mécène entendait redessiner les frontières du pays. Parmi les prévenus jugés par contumace figurent le comédien Mehmet Ali Alabora et le journaliste d’opposition Can Dündar.

L’ombre de George Soros

En ce qui concerne Mehmet Ali Alabora, l’accusation relève qu’il a joué dans une pièce de théâtre mettant en scène une révolte contre le dirigeant d’un pays fictif. Mais le personnage central de cette affaire, celui contre qui R. T. Erdogan concentre ses attaques, est O. Kavala.

Accusant ce dernier de «financer les terroristes», le président turc a plusieurs fois comparé l’homme d’affaires au milliardaire et philanthrope américain d’origine hongroise George Soros, bête noire du dirigeant hongrois Viktor Orban.

La fondation Open Society de G. Soros, qui a cessé toute activité en Turquie l’an dernier, a qualifié le procès de «simulacre politique» dont le but est de «réduire au silence toute voix critique en Turquie». «Le fait qu’ils soient maintenant en procès, risquant potentiellement la prison à vie, c’est une tragédie», a commenté le président de la fondation, Patrick Gaspard, dans un communiqué. 


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