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Mohamed Salem Ould Salek. Ministre des Affaires étrangères de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) : «Dans le cas du conflit du Sahara occidental, le Maroc est un sous-traitant de la France»

11 octobre 2020 à 10 h 45 min

Le Groupe de soutien de Genève pour la protection et la promotion des droits de l’homme au Sahara occidental (GAGPPDHSO) a encore déploré cette semaine l’échec de l’ONU dans son mandat de protection des droits fondamentaux du peuple sahraoui, regrettant «la tendance» de l’organisation onusienne à «sous-estimer» les violations graves commises par le Maroc.

Dans cet entretien, Mohamed Salem Ould Salek, ministre des Affaires étrangère de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), explique pourquoi l’ONU et le Conseil de sécurité ne parviennent toujours pas à faire bénéficier le peuple sahraoui de son droit à l’autodétermination.

Propos recueillis par  Zine Cherfaoui 

 

-Au début du mois, le président de la RASD, Brahim Ghali, n’a pas écarté une réédition du scénario Gdeim Izik à El Guerguerat, avertissant que «toute atteinte à un quelconque citoyen sahraoui reviendrait à un retour à la guerre». Que se passe-t-il exactement à El Guerguerat ? Pourquoi ce lieu est aujourd’hui sous les feux de la rampe ?

Je tiens d’abord à préciser qu’El Guerguerat n’est pas une localité. C’est une brèche ouverte illégalement en 2001 par le Maroc dans ce que les Sahraouis appellent le mur de la honte. Ce mur constitue la ligne de démarcation entre les troupes sahraouies et marocaines. Dans l’accord militaire n°1 (de l’accord de règlement de 1991, ndlr), cette ligne de démarcation est longée de part et d’autre par des zones interdites. Toute ouverture dans ce mur constitue évidemment une violation. Le Front Polisario a déjà eu à saisir en 2001 par lettre le secrétaire général des Nations unies de l’époque, Kofi Annan, pour réclamer la fermeture de cette brèche. M. Annan a effectivement demandé au Maroc de respecter l’accord de règlement de 1991 et de fermer cette brèche. C’est consigné dans son rapport. Cette demande n’a cependant pas été suivie d’effets sur le terrain. Avec le temps, le Maroc a fini par transformer cette brèche en route. Il s’agit là d’une violation claire de l’accord militaire n°1.

Cette situation traduit en fait une certaine démission du Conseil de sécurité devant les violations récurrentes du Maroc de la légalité internationale. Cette démission s’explique par la complicité et donc le soutien dont Rabat bénéficie à l’intérieur du Conseil de sécurité de l’ONU. El Guerguerat révèle l’incapacité du Conseil de sécurité à imposer au Maroc le respect de ses propres engagements. Cela est inadmissible d’autant que toutes les organisations internationales reconnaissent au peuple sahraoui son droit à l’autodétermination et à l’indépendance.

La Cour internationale de justice (CIJ) et la Cour européenne de justice (CEJ) ne reconnaissent pas la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Elles considèrent que le Sahara occidental et le royaume du Maroc sont deux pays distincts. Nous sommes devant une question de décolonisation classique. C’est limpide comme de l’eau de roche. La brèche d’El Guerguerat doit donc être fermée au plus vite. Les Sahraouis n’acceptent plus cette situation.

-C’est la raison pour laquelle les Sahraouis manifestent régulièrement au niveau de ce passage illégal ?

Nous ne pouvons pas interdire à la société civile sahraouie et au peuple sahraoui, victimes d’une agression, de manifester pacifiquement leur opposition à l’ouverture de cette brèche. Ces manifestations ne sont pas organisées par le Front Polisario. Il s’agit d’initiatives de citoyens sahraouis qui attendent de l’ONU et du Conseil de sécurité de l’ONU qu’ils assument leurs responsabilités et mettent fin à la présence marocaine au Sahara occidental, dernière colonie d’Afrique. Les Sahraouis n’accepteront évidemment pas que ces mobilisations pacifiques, qui ont lieu devant cette brèche, soient interdites ou réprimées par les Marocains ou par leurs «baltaguia» (hommes de main, ndlr). Je rappelle que les termes de l’accord militaire n°1 interdissent toute activité civile dans cette zone tampon.

-En dépit des appels incessants de la partie sahraouie en direction de l’ONU et du Conseil de sécurité pour des efforts plus sérieux en vue d’un règlement définitif, la question sahraouie connaît actuellement un blocage total. Qui est responsable de ce blocage ?

Le blocage n’est pas le seul fait du Maroc. Ce dernier n’est qu’un sous-traitant dans cette guerre du Sahara occidental. C’est la France qui, au niveau du Conseil de sécurité, bloque depuis 1991 l’indépendance du peuple sahraoui. Cela se fait aussi avec la complicité de l’Espagne. Je dis à ces pays que le peuple sahraoui ne fait pas partie du Maroc. Il ne s’agit pas d’une sécession. Il s’agit d’un peuple à part, reconnu en tant que tel dans ses frontières qui sont également internationalement reconnues. Le Maroc n’a aucune souveraineté sur le Sahara occidental. Les Nations unies reconnaissent le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance.

Il n’y a pas d’autre instrument que le plan de règlement de l’ONU, qui dispose d’une mission créée à cet effet, la Minurso (Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental). Et comme son nom l’indique, cette mission est chargée d’organiser un référendum d’autodétermination au Sahara occidental. Dans le cas du conflit du Sahara occidental, les vrais décideurs se trouvent donc ailleurs qu’au Maroc. Malheureusement pour le peuple sahraoui et la région, ces décideurs ont des intérêts qui ne vont pas dans le sens de la stabilité et de la prospérité du Maghreb. Bien au contraire.

-Le Front Polisario a décidé l’année dernière de reconsidérer son engagement dans le processus de paix au Sahara occidental. Pourquoi ?

Parce que la solution se fait attendre. Nous assistons également à beaucoup de manœuvres. Nous exigeons que le plan de règlement de l’ONU soit appliqué et demandons à ce que la Minurso soit une mission des Nations unies et non un sous-traitant à la botte de l’administration coloniale marocaine. Il est inacceptable que la Minurso continue d’utiliser encore des voitures avec des plaques minéralogiques marocaines dans les territoires sahraouis occupés.

Toutes les missions de l’ONU sont chargées d’interagir avec la population, d’établir des rapports sur leur travail et surtout veiller au respect des droits de l’homme. La Minurso est la seule mission de l’ONU qui ne s’acquitte pas de ce travail. Tout cela est inadmissible. Pis encore, cette dernière renvoie l’occupant et l’occupé dos à dos. La Minurso a tendance à oublier trop souvent que le Maroc est un occupant. L’Assemblée générale de l’ONU l’a pourtant clairement qualifié en 1979 et en 1980 de puissance occupante.

Le Maroc n’a aucun titre à faire valoir, sauf celui d’occupant. Il est malheureux de relever dans le rapport du secrétaire général de l’Onu une certaine propension à faire dans l’équilibrisme. Le Maroc est un occupant. Il n’y a pas à chercher midi à quatorze heure. C’est inadmissible ! Le Maroc viole de manière systématique les droits de l’homme. Il commet des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité contre la population civile désarmée sahraouie. Rabat exploite et vole les richesses naturelles du peuple sahraoui. Tous les droits fondamentaux du peuple sahraoui sont violés par la puissance occupante. Le droit international doit être appliqué.

Des sanctions doivent être décidées contre l’occupant. Pour le moment, rien n’est fait. C’est la raison pour laquelle nous sommes décidés, conformément aux résolutions de notre 15e congrès, à revoir notre coopération avec les Nations unies et la Minurso. Nous avons aidé d’une manière généreuse les Nations unies, malheureusement cela n’a pas été bénéfique.

Le Maroc utilise n’importe quel prétexte pour bloquer. Les Sahraouis sont donc aujourd’hui plus que jamais unanimes pour mettre fin à ce jeu. Nous sommes un pays souverain et indépendant. Mais nous sommes un pays agressé. Lors de sa dernière adhésion à l’UA, le Maroc a ratifié l’Acte constitutif de l’organisation. Cet acte constitutif lui interdit, entre autres, dans ses articles 3 et 4, l’utilisation de la force pour l’acquisition d’un territoire d’autrui. Il l’oblige aussi à respecter ses propres frontières. La RASD a aujourd’hui le droit de demander l’intervention de l’Union africaine pour faire respecter sa souveraineté et son intégrité territoriale.

La RASD étant un pays membre de l’Union africaine et un pays reconnu sur la scène internationale, elle a également tout à fait le droit de signer des accords de défense avec des pays pour pouvoir faire respecter son intégrité territoriale. Il revient aux Nations unies de faire respecter la légalité internationale. Nous l’avons dit aux Nations unies et écrit à son secrétaire général, Antonio Guterres : le peuple sahraoui a décidé de ne plus accepter cette manière de traiter le dossier du Sahara occidental. Nous avons un accord avec le Maroc. Cet accord doit être respecté. Cet accord représente la légalité au Sahara occidental. Nous n’acceptons pas que le processus de règlement de la question sahraouie soit dévié de son objectif initial, qui est l’autodétermination du peuple sahraoui et la décolonisation du Sahara occidental. Cela ne peut plus durer.

-Vous venez d’évoquer la possibilité de conclure des accords de défense avec un certain nombre de pays. Cela voudrait-il dire que peuple sahraoui est prêt à reprendre les armes ?

Cette question revient de façon récurrente depuis des années. Les Marocains et derrière eux certains milieux mettent en doute et la capacité et l’indépendance du Front Polisario à prendre une telle décision. Ils se trompent. Le Maroc et ceux qui sont derrière lui abusent du peuple sahraoui et de sa patience. Cette patience a atteint ses limites. Nous avons donné du temps au temps. Personne ne peut nous reprocher aujourd’hui de ne pas avoir été patients.

Le constat est là : les Nations unies sont bloquées de l’intérieur par ce jeu de puissances. Des puissances qui ont le droit de veto au Conseil de sécurité et qui bloquent le référendum. Apparemment, chacun va reprendre ses billes. Les Sahraouis ont le droit de continuer leur combat légitime. Notre peuple a le droit de se défendre. Le droit à la légitime défense est reconnu. Le Maroc a ses propres frontières. Nous sommes deux pays voisins. Nous appelons le Maroc à faire la paix. Cela ne pourrait être que bénéfique pour toute la région. Malheureusement, il tient actuellement un discours d’une irresponsabilité incroyable. Ce discours risque de faire revenir la région à la case départ, c’est-à-dire à la guerre.

-Dans quel état esprit se trouve actuellement le peuple sahraoui ?

C’est la mobilisation générale pour appliquer les décisions du 15e congrès qui consistent à faire respecter le droit du peuple sahraoui par n’importe quel moyen, y compris par la voie militaire.

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