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Crise politique en Tunisie : Parcours complexe pour le remplacement de Fakhfakh

16 juillet 2020 à 9 h 51 min

L e président Saïed refuse des négociations sous la table pour un nouveau gouvernement. Ennahdha est obligé de déclarer ouvertement retirer sa confiance au chef du gouvernement Elyes Fakhfakh. Il déclare entamer des négociations pour le destituer.

Une motion pour retirer la confiance à Ghannouchi a déjà recueilli les 73 voix nécessaires pour passer en plénière. Course contre la montre.
Le conseil de la choura d’Ennahdha a décidé, suite à sa réunion d’avant-hier, de retirer sa confiance à Elyes Fakhfakh.

Il a chargé Rached Ghannouchi de mener des négociations, en vue d’appliquer cette décision, dans le cadre de la Constitution. Pour sa part, Fakhfakh a accusé Ennahdha de déstabiliser son gouvernement et de torpiller le contrat politique, signé avec les autres composantes de l’alliance gouvernementale.

Il a décidé, de concert avec Ettayar, Chaab, Tahya Tounes et le bloc réformiste, de faire un remaniement ministériel. Ces mêmes blocs ont fait circuler une pétition pour retirer la confiance à Ghannouchi de la présidence de l’Assemblée. C’est désormais le chaos politique en Tunisie.

Verdict Saïed

Le président tunisien, Kaïs Saïed, a violemment réagi aux propos flous de la première mi-temps du conseil de la choura d’Ennahdha, disant «vouloir changer le paysage politique». Saïed a dit que la Constitution est claire et qu’il n’y aura de négociations sur la formation d’un nouveau gouvernement que «s’il y a une motion de censure contre le gouvernement en place, validée par l’ARP, ou si le chef du gouvernement démissionne».

Autrement, il n’y aura point de jeux cachés. Cette déclaration, faite en présence d’Elyes Fakhfakh et du secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi, a eu un effet de choc auprès des islamistes, surtout qu’elle a été accompagnée par la signature d’une motion de censure pour retirer la confiance à Ghannouchi, de la présidence de l’ARP. Ladite motion a déjà réuni plus des 73 signatures, nécessaires pour passer en plénière.

Mais elle n’a pas encore été déposée au bureau d’ordre de l’ARP. Preuve que des tractations sont encore en cours pour attirer Qalb Tounes du magnat des Médias, Nabil Karoui, afin de s’assurer de la majorité. Ennahdha aurait préféré jouer sous la table, comme cela a été fait lors de la destitution de Habib Essid, le 30 juillet 2016.

Tout a été préparé en douceur et les grandes lignes du nouveau gouvernement étaient déjà prêtes, lors de la préparation de l’accord de Carthage, avant la présentation de la motion de censure. Mais Kaïs Saïed ce n’est pas Béji Caïd Essebsi. Ghannouchi doit cravacher dur pour obtenir les 109 voix voulant la destitution de Fakhfakh et, surtout, le nom du prochain patron de la Kasbah qui doit accompagner la motion de censure, selon l’article 97 de la Constitution.

Par ailleurs, le déroulement des événements reste tributaire du chef du gouvernement lui-même, qui peut présenter sa démission entre-temps. Auquel cas, c’est le président de la République qui charge la personnalité la plus indiquée de former un gouvernement, conformément aux dispositions de l’article 89 de la Constitution. La partie est donc loin d’être facile pour tous les protagonistes.

Enjeux

Les cartes de Fakhfakh sont, semble-t-il, déjà grillées. Il n’a plus la face pour diriger un gouvernement, même s’il est disculpé par la justice et l’administration en ce qui concerne le dossier de conflit d’intérêts. C’est le devoir d’exemplarité, dont ne cesse Fakhfakh de se prévaloir, qui a été terni à jamais. Sa marge de manœuvre est donc très limitée, en matière d’application du remaniement du gouvernement annoncé, même si la Constitution n’impose pas de retour à l’Assemblée pour le valider.

Il ne reste au chef du gouvernement qu’à rendre le tablier à celui qui l’a investi, le président Saïed, ne serait-ce que pour laisser la main au niveau de la présidence de la République et de ne pas la renvoyer à l’Assemblée.

Si Fakhfakh démissionne, le président Saïed pourrait alors nommer une personnalité conciliatrice pour former le gouvernement. Si ladite personne ne parvient pas à réunir de majorité, le Président pourrait appeler à des législatives anticipées, le scénario craint par les islamistes, qui ont gagné les dernières élections, du 23 octobre dernier, sans bénéficier de leur victoire.

L’autre alternative reste la motion de censure, dont parle Ennahdha, avant la fin de juillet. Encore faut-il qu’elle puisse réunir les 109 voix pour la faire passer et surtout s’entendre sur l’alternative à Fakhfakh. Mais ce dernier serait plutôt tenté par renvoyer la balle au président Saïed, qui l’a fait chef de gouvernement. La Tunisie baigne encore dans l’instabilité.



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