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Crise politique en Tunisie : Le président Saïed et la possible voie de sortie

16 juin 2021 à 10 h 20 min

Lueurs d’espoir de sortie de crise suite à la rencontre du président Kaïs Saïed avec le dirigeant de l’UGTT, Noureddine Taboubi. Une nouvelle proposition de Saïed en vue de faire sortir la Tunisie du tunnel où elle s’est retrouvée, 10 ans après sa révolution.

Le secrétaire général de la forte centrale syndicale UGTT, Noureddine Taboubi, est sorti satisfait de sa rencontre lundi dernier avec le président de la République, Kaïs Saïed, concernant la crise politique.

Ce dernier lui aurait fait la proposition de rencontrer Mechichi et d’anciens chefs de gouvernement, en miroitant l’idée d’accepter le remaniement du gouvernement Mechichi et d’appeler les nouveaux ministres à la prestation de serment, à condition que ce remaniement ne passe pas par l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). La Constitution tunisienne n’exigeant pas ce passage.

Réactions

Taboubi a vite transmis la proposition du président Saïed au chef du gouvernement, Hichem Mechichi, au président de l’ARP, Rached Ghannouchi, ainsi qu’à d’autres personnalités de premier plan, comme le président de l’Utica, Samir Majoul. Ces personnalités n’ont pas réagi publiquement à la proposition de Saïed. La première réaction est venue de Riadh Chaïbi, le conseiller de Ghannouchi, qui a assuré à Radio Mosaïque fm que «tout remaniement ministériel doit passer par l’ARP».

Du côté des experts, le professeur Slim Laghmani a régulièrement rappelé que «l’ARP ne vote que pour accepter ou refuser la politique du chef du gouvernement ; elle ne vote pas pour les ministres individuellement. Donc, les remaniements ne sont pas votés». Mais, le règlement intérieur de l’ARP exige ce passage. Le professeur Laghmani considère nécessaire un débat sur la constitutionnalité de ce règlement intérieur.

Il est vrai que le président Kaïs Saïed se sent en position plus confortable dans son contentieux de prérogatives avec l’Assemblée des représentants du peuple depuis qu’il est sorti victorieux des deux derniers conflits avec l’ARP. Le premier concernant la question du remaniement ministériel, proposé depuis le 16 janvier dernier, que le Président a refusé de valider. L’ARP et le gouvernement Mechichi ne sont pas parvenus à faire passer ledit remaniement.

La seconde question litigieuse a concerné l’amendement de la loi sur la Cour constitutionnelle, adopté par l’ARP en première lecture le 25 mars et en deuxième lecture le 4 mai. Le recours du Président devant l’Instance de contrôle de la constitutionnalité des lois a invalidé l’amendement. Du coup, le Président s’est vu confirmé dans son rôle d’unique interprète de la Constitution, en attendant la naissance de la Cour constitutionnelle.

Solution ?

Hichem Mechichi sera devant un choix difficile, lui qui aime jouer sur les cordes. Désigné par le président Saïed, à la suite de la démission d’El Yes Fakhfaken en juillet dernier, Hichem Mechichi a vite fait de plonger avec les islamistes d’Ennahdha et leurs alliés de Qalb Tounes et le bloc Karama. Mechichi y était pratiquement obligé puisqu’il devait disposer d’une majorité parlementaire pour gouverner.

La nouvelle proposition du président Saïed veut dire que Mechichi rompt avec Ennahdha, en adhérant à des remaniements ministériels qui ne passent pas par l’ARP. Certes, le bloc Qalb Tounes du magnat des médias, Nabil Karoui, a assuré Mechichi de son soutien. Il n’y aura donc pas de retrait de confiance au gouvernement. Mais le gouvernement Mechichi sera sur une chaise éjectable durant la période qui lui restera à gouverner.

La situation tunisienne inquiète à plus d’un titre depuis les élections du 6 octobre 2019. Cela fait près de deux ans que les Tunisiens attendent un gouvernement stable. Le président Saïed avait dit un jour que «l’ARP passe son temps à réfléchir à nommer un chef de gouvernement ou à combiner pour le faire sauter». Le déroulement des faits a confirmé ce constat durant les 21 derniers mois.

La situation s’est même davantage compliquée avec le risque de faillite de la Tunisie, ou le fait que «l’on ne puisse plus garder l’indépendance de nos décisions», comme l’avait prédit le gouverneur de la Banque centrale, pas plus tard que la semaine dernière devant la commission des finances de l’Assemblée.

Le gouverneur de la BCT sait que la Tunisie est devant l’obligation de payer 850 millions de dollars en juillet et août et que cela risque de déstabiliser les équilibres financiers du pays, s’il n’y aura pas de solutions avec les bailleurs de fonds. Et, apparemment, il n’y en a pas !


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