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Crise libyenne : Comment Haftar a renversé le rapport de force en sa faveur

07 mars 2019 à 10 h 00 min

Les derniers développements au Sud libyen ont montré que le vieux maréchal Khalifa Haftar dispose d’une armée régulière, disciplinée et bien équipée. Nombre d’observateurs en furent surpris, à commencer par Fayez Al Sarraj et Ghassen Salamé.

L’Armée nationale libyenne (ANL) de Khalifa Haftar est parvenue, en six semaines, à contrôler le Sud libyen, chasser les Tchadiens et anéantir des cellules d’Al Qaîda. L’ANL est parvenue jusqu’aux frontières de l’Algérie, du Niger et du Tchad. Elle a même commencé la lutte contre la contrebande et les circuits d’immigration clandestine, comme l’indique sa décision, à partir d’aujourd’hui, de bombarder les convois de carburants en dehors des grandes routes du Sud.

Le maréchal Haftar a nommé la hiérarchie militaire de sa campagne Sud début 2018. Depuis, un grand travail de terrain a été entrepris, suivant la même approche adoptée, depuis quatre ans, à l’Est. Il s’agit de former des militaires pour permettre l’élargissement de l’armée régulière, afin de pouvoir contrôler un pays aussi vaste que la Libye. Haftar a certes agi avec les moyens de bord. Mais le principe, c’est de refuser d’intégrer les milices dans l’armée ou la Garde nationale, comme le tolèrent les autorités à Tripoli.

Tout accès aux forces régulières passe systématiquement par des sessions dans l’une des deux académies de l’Est libyen. Du coup, fort d’une armée disciplinée et bien équipée, Haftar a rapidement conquis le Sud avec un accueil très chaleureux de la part de la population. Par ailleurs, le 15 janvier dernier, lors du lancement de la campagne du Sud de Haftar, les observateurs ont remarqué que l’ANL est équipée de blindés 4×4 Mine-Resistant Ambush Protected (MRAP) anti-mines de deuxième génération.

Les résultats rapides en matière d’élimination des leaders d’Al Qaîda montrent qu’un travail de renseignements a précédé l’invasion sur le terrain. La rareté des incidents interlibyens indique que les chefs de toutes les tribus ont été approchés.

La chasse des rebelles tchadiens, par l’armée française, révèle que la communauté internationale a donné son aval à ce déploiement. Après le Sud, les dernières informations en provenance de la frontière tunisienne disent que les tribus du Jebel Gharbi (Zentane, Rojebane et Naloot), ainsi que les notables régionaux de Zouara ont publié des communiqués, exprimant leur approbation de l’action de l’armée au Sud. De là à dire que ces tribus attendent le mouvement des troupes vers Tripoli, il n’y a qu’un pas. Mais, le maréchal Haftar ne l’a pas franchi. Il attend la capitulation totale d’Al Sarraj.

Faiblesse d’Al Sarraj

A l’opposition de cette force structurée et disciplinée de Haftar, le chef du Conseil présidentiel, Fayez Al Sarraj, ne parvient pas à s’imposer, même dans son camp à l’Ouest, y compris au sein des forces de l’Armée régulière libyenne, dont il est considéré comme étant le «patron».

Les derniers développements au Sud ont montré cette faiblesse. En effet, une semaine après le début de la campagne de Haftar, le général Ettaouil, commandant en chef de l’armée d’Al Sarraj, a déclaré que les soldats de la campagne du Sud font partie intégrante de l’armée libyenne unifiée. «L’armée n’est pas divisée comme la classe politique», avait dit Ettaouil à Sputnik. Laquelle déclaration a poussé Al Sarraj à l’écarter, le 5 février, de la tête de l’armée et nommer un autre.

Début mars, un mois après, le général Ettaouil accède aux médias pour dire qu’il est encore le Commandant général de l’armée et que la décision d’Al Sarraj est illégale, puisqu’elle ne dispose pas de l’unanimité requise pour pareille décision au sein du Conseil présidentiel, selon l’accord de Skhirat. En réaction à ces nouveaux propos, Al Sarraj a décidé de dégrader Ettaouil, pour affirmer son autorité. Reste à savoir si ladite décision va trouver application, au sein du chaos institutionnel régnant dans l’Ouest libyen.

Al Sarraj ne dispose, en fin de compte, que du soutien de la communauté internationale, puisque les milices armées de l’Ouest n’appliquent pas ses consignes sécuritaires, ni celles de son ministre de l’Intérieur, Fathi Bach Agha. Et même pour les puissances étrangères, les derniers développements au Sud leur ont fait comprendre l’affligeante incapacité d’Al Sarraj, même au niveau des Renseignements.

Il n’avait aucune idée sur le potentiel militaire de Haftar. Le gouvernement de l’Est a pu, en quelques semaines, résoudre les problèmes vitaux du Sud (carburants, vivres, liquidités et médicaments), ce qu’Al Sarraj n’a pas pu faire lors de sa visite en décembre dernier à Oubari. Pourtant, c’est lui qui a les clés du coffre fort libyen. «Il manque de savoir-faire. La situation est très compliquée pour lui», estime le politologue Ezzeddine Aguil.

– Les pays voisins réitèrent leur soutien à l’ONU

Les chefs de la diplomatie de l’Algérie, de la Tunisie et de l’Egypte, les trois pays voisins de la Libye, ont réitéré, mardi au Caire, leur soutien aux efforts déployés par l’ONU et le représentant personnel du secrétaire général, Ghassan Salamé, pour le règlement de la crise libyenne, rejetant les «interférence étrangères» dans le processus de stabilisation.

Ils ont réaffirmé, à l’occasion, leur soutien aux efforts des Nations unies et du représentant personnel du secrétaire général, pour le règlement de la crise libyenne, à travers une démarche «consensuelle» et dans le cadre de «l’appropriation du processus de règlement par les Libyens eux-mêmes». Ils ont salué ainsi les efforts déployés par M. Salamé pour la résolution de la crise libyenne, notamment par le biais du plan visant à trouver une solution globale fondée sur un consensus entre toutes les parties, a indiqué un communiqué publié à la fin des travaux de cette réunion tripartite.

Exprimant leurs préoccupations quant à la situation sécuritaire «précaire» dans le pays voisin, les trois ministres ont renouvelé, à cette occasion, leur soutien à Tripoli à la lutte contre le terrorisme et son financement, ainsi que les autres fléaux connexes, notamment le crime organisé et le trafic humain. R. I.

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