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Combat de coqs au sommet de l’État en Tunisie : Saïed et Ghannouchi ne trouvent pas encore d’issue à leur différend

15 mars 2021 à 10 h 20 min

Les ponts sont rompus entre le président de la République tunisienne, Kaïs Saïed, et le président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Rached Ghannouchi, depuis des mois.

Le remaniement ministériel, voté par l’ARP le 26 janvier, est rejeté par le président Saïed. Et en l’absence d’une Cour constitutionnelle pour arbitrer, toutes les autres institutions judiciaires se disent incompétentes en la matière. Seul le président de la République est garant de la Constitution. Chaos en perspective, en l’absence de dialogue.

La centrale syndicale, UGTT, a proposé depuis octobre dernier un dialogue national, sous la direction du président de la République. «Ce ne sera pas une répétition du Dialogue de 2013, vu la présence d’instances élues et légitimes. Mais, cela va servir à installer des règles de conduite et sauver le pays du gouffre socioéconomique», assure Noureddine Taboubi, secrétaire général de l’UGTT.

Le président Saïed a accepté le principe, en émettant des réserves sur les participants, excluant le parti Qalb Tounes du magnat des médias, Nabil Karoui, et le Parti destourien libre (PDL)de Abir Moussi, l’ex-dirigeante du Rassemblement constitutionnel démocratique de l’ancien régime. Nabil Karoui est emprisonné, en ce moment, pour «fraude fiscale». Abir Moussi caracole au sommet des intentions de vote, avec le double des islamistes d’Ennahdha. Saïed exige aussi de faire participer les jeunes au dialogue envisagé, pour qu’il puisse déboucher sur la réalisation des objectifs de la révolution.

La formule de dialogue, proposée par l’UGTT, n’a pas convaincu le président Saïed, qui ne voit pas d’issue à la crise, derrière ce processus, selon Ghazi Chaouachi, secrétaire général du parti Ettayar, qui l’a rencontré la semaine dernière. Chaouachi a entre temps démissionné de son poste et d’Ettayar. Les réserves ont également été rapportées par le SG de l’UGTT, Taboubi, qui a dit, dans une interview au quotidien arabophone Assabah, que «le président Saïed exige le départ du chef du gouvernement, Hichem Mechichi, avant le démarrage du dialogue».

Mechichi a été promu ministre de l’Intérieur, ensuite chef du gouvernement par le président Saïed, avant qu’il ne tourne le dos à son «bienfaiteur» et ne s’allie avec les partis qui lui ont assuré la majorité à l’ARP, Ennahdha et Qalb Tounes. Le président Saïed n’a pas accepté cette «trahison». «Le marché a été conclu d’accorder la majorité au gouvernement contre un remaniement dans les mois suivants», a déclaré le président Saïed à l’ouverture du haut comité de sécurité nationale, tenu le 25 janvier, en indiquant qu’il n’allait pas avaliser le remaniement ministériel.

Crise socioéconomique

La crise socioéconomique sévit en Tunisie, alors que les politiques se permettent de se chamailler. Ainsi, l’agence de notation Moody’s a déclassé la Tunisie, pour la neuvième fois consécutive depuis 2011, rendant quasi impossible la sortie sur le marché international des finances, pour trouver les sept milliards de dollars nécessaires pour boucler le Budget 2021. Le gouvernement Mechichi et le président de l’ARP, Ghannouchi, ne cessent de faire des gestes envers l’administration Biden, afin de parrainer la sortie tunisienne à la recherche de fonds.

Les Américains n’ont pas encore répondu. Par contre, le Fonds monétaire international (FMI) a déjà émis ses conditions, en réitérant son exigence de rabaisser la masse salariale globale de la Fonction publique des 17,5% actuels du PIB à 14% à l’horizon 2023. Laquelle requête était, en 2017, de ramener ce même coût de la Fonction publique de 14,5% à 12,5 % du PIB à l’horizon 2020. Le FMI trouve des difficultés avec les autorités tunisiennes en matière de respect des engagements pris.

Par ailleurs, le FMI réclame plus de stabilité politique au sein du pays de la part de tous les acteurs, pour espérer la reprise des investissements et l’amorce d’une relance économique. Mais, apparemment, le sommet de l’Etat en Tunisie n’est pas conscient des retombées de l’entêtement. Et puis, en Tunisie, les richesses du pays sont loin d’être exploitées comme elles devraient l’être.

Ainsi, la production du phosphate baissé de plus de la moitié depuis 2010, puisque la production n’a jamais dépassé, durant la décennie de la révolution, les quatre millions de tonnes, avec de 20 000 employés à la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG), alors qu’elle était de huit millions de tonnes, avec 8500 employés en 2010.

Le pétrole et le gaz naturel sont pratiquement dans la même situation, sauf que la Tunisie ne produit que moins de 100 000 barils par jour. La compagnie aérienne Tunisair est pratiquement en faillite non-déclarée, avec 6500 employés pour six avions opérationnels et une quinzaine cloués au sol, pour dépannage. Les fournisseurs refusent les achats à échéance. Les sociétés nationales d’électricité, d’eau, de chemins de fer et bien d’autres passent par de graves difficultés. L’économie tunisienne s’écroule, alors que les politiques se chamaillent.

 

Tunis
De notre correspondant  Mourad Sellami


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