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Bosnie : Trois présidents, pas de gouvernement

20 octobre 2019 à 9 h 00 min

Bienvenue en Bosnie, pays morcelé et paralysé, toujours sans gouvernement un an après les législatives et dirigé par trois co-présidents qui ne s’accordent même pas sur le drapeau du pays.

Le représentant serbe dans la présidence tripartite, Milorad Dodik, reçoit volontiers les délégations étrangères dans ses bureaux de Sarajevo-est, quartier périphérique où se sont regroupés les Serbes après la guerre intercommunautaire (1992-95, 100 000 morts). N’y flotte que le drapeau de la Republika Srpska, l’entité serbe, pas celui de la Bosnie.

Pour Milorad Dodik, le pays qu’il copréside avec ses pairs croate et bosniaque, n’est qu’«un concept raté». Les institutions s’organisent selon un système complexe, né de l’accord de paix de Dayton (1995) et bâti selon des lignes communautaires, avec deux entités autonomes, la Republika Srpska et une fédération croato-bosniaque, reliées par un gouvernement central.

Ce dispositif est censé respecter les droits des «trois peuples constitutifs», Bosniaques (musulmans, 50% de la population), Serbes (orthodoxes, un tiers) et Croates (catholiques, 15%). Sans se préoccuper des «ostali», les «autres», juifs, roms ou ceux qui refusent de s’identifier à ces trois catégories.

En octobre 2018, les partis nationalistes avaient encore remporté les législatives. Entre deux anathèmes, leurs responsables s’emploient depuis à bâtir une coalition. Après le scrutin de 2012, il leur avait fallu 16 mois. Le temps qui passe donne raison à ceux qui pensent que ce record sera battu. «C’est un cirque dont nous sommes les spectateurs.

Certains regardent, d’autres, ceux qui ne sont pas encore lobotomisés, abandonnent» et émigrent, résume Nejra Hadzic, étudiante en architecture à Sarajevo. «Comment comprendre une démocratie où le Premier ministre est aussi président du Parlement ? Dont le président dit tous les jours que son pays ne doit pas exister ?», s’interroge-t-elle.

Cadre du principal parti bosniaque (SDA), Denis Zvizdic dirige le gouvernement technique qui expédie les affaires courantes, mais est aussi président du parlement, au mépris de la séparation des pouvoirs. «Le fait que nous n’ayons pas de conseil de ministres depuis un an est la preuve que nous n’avons pas besoin de la Bosnie.

C’est évident, on peut faire sans», a dit récemment Milorad Dodik. La présidence est censée désigner le Premier ministre. Mais ses membres croate et bosniaque, Zeljko Komsic et Sefik Dzaferovic, conditionnent la désignation d’un candidat de Milorad Dodik à son accord à un rapprochement avec l’Otan.


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