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Bélarus : Nouvelle manifestation des anti-Loukachenko

05 octobre 2020 à 10 h 12 min

Les opposants au pouvoir bélarus ont organisé hier une nouvelle marche à Minsk pour dénoncer la réélection jugée frauduleuse du président Alexandre Loukachenko, selon l’AFP.

Le mouvement de contestation, déclenché par des soupçons de fraudes massives lors de la présidentielle du 9 août, rassemble depuis tous les dimanches des dizaines de milliers de personnes, et cela malgré la répression. La chaîne Telegram NEXTA Live qui coordonne en partie la protestation a indiqué que la manifestation est dédiée cette fois-ci aux «prisonniers politiques» et a appelé à défiler jusqu’à la prison d’Okrestina, à Minsk, où sont incarcérés plusieurs participants aux rassemblements précédents. Des centaines de manifestants, responsables de mouvements politiques, d’organisations syndicales et de journalistes ont été arrêtés pour avoir organisé ou participé à la contestation.

Selon le centre bélarusse de défense des droits humains Viasna, le Bélarus compte aujourd’hui 77 «prisonniers politiques». Comme chaque dimanche, les autorités bélarusses ont déployé en nombre les forces antiémeutes, véhicules blindés, jeeps renforcées et canons à eau. Elles limitent aussi l’accès à l’internet mobile et réduisent le fonctionnement des transports en commun pour gêner la mobilisation. Vendredi, les autorités ont aussi annulé les accréditations de l’ensemble des médias étrangers, rendant difficile la couverture des événements dans le pays. Jusqu’ici, les foules ont néanmoins continué de descendre dans la rue.

Ailleurs dans le pays, où des manifestations importantes ont également lieu, des heurts sporadiques ont été rapportés, ainsi que l’usage de gaz lacrymogènes ou de grenades assourdissantes. Selon le média en ligne bélarusse indépendant Tut.by, trois journalistes ont été arrêtés à Vitebsk et deux à Grodno dimanche. Les interventions policières sont cependant beaucoup moins violentes qu’en août, lorsque des dizaines de personnes furent blessées et des milliers d’autres arrêtées. L’essentiel des dirigeants de l’opposition ont cependant été contraints à l’exil, comme la concurrente d’Alexandre Loukachenko à la présidentielle Svetlana Tikhanovskaïa, où emprisonnés, comme sa proche alliée Maria Kolesnikova. «Cela fait peur qu’un grand nombre de gens (…) soient toujours dans les prisons bélarusses», a déclaré dimanche Mme Tikhanovskaïa sur Telegram.

«Notre tâche est d’obtenir leur liberté», a-t-elle souligné. L’Union européenne (UE) a sanctionné vendredi une quarantaine de responsables bélarusses impliqués dans la répression, parmi lesquels le ministre de l’Intérieur, des responsables policiers, des magistrats et des dirigeants des centres de détention. Le Bélarus a annoncé dans la foulée établir sa propre liste de responsables européens sanctionnés, sans révéler les noms des personnes concernées.

La Russie, principal allié d’Alexandre Loukachenko, a qualifié les décisions européennes d’«aveu de faiblesse», en assurant qu’elle appliquerait les mesures de représailles décidées par le Bélarus. Les Etats-Unis ont annoncé le même jour des sanctions économiques à l’encontre de huit responsables bélarusses, dont le ministre de l’Intérieur. De son côté, Svetlana Tikhanovskaïa, exilée en Lituanie, multiplie les rendez-vous avec les responsables occidentaux, rencontrant cette semaine le président français Emmanuel Macron. Elle doit voir demain mardi à Berlin la chancelière Angela Merkel. Un soutien à double tranchant pour un mouvement qui insiste sur son caractère populaire, alors que Moscou et Minsk accusent les Occidentaux de fomenter les troubles, et que le président Loukachenko refuse tout dialogue avec les opposants. Minsk semble déterminé à se rapprocher de la Russie, qu’il a accusée encore cet été de chercher à vassaliser son pays.

Le président Alexandre Louchenko et son homologue russeVladimir Poutine ont affiché leur «confiance» vendredi dans un entretien téléphonique en la «résolution prochaine» des «problèmes» post-électoraux au Bélarus. Le président bélarusse a promis une réforme de la Constitution répartissant mieux les pouvoirs. Mais aucune proposition concrète n’a été formulée.


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