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Après sa libération des djihadistes : Trois ans après, Mossoul toujours en ruines

11 juillet 2020 à 9 h 04 min

Trois ans après la libération de Mossoul, Ahmed Hamed a appris, résigné, la patience. Comme des milliers d’autres Irakiens, il n’a toujours aucune perspective de reconstruction de sa maison détruite pendant la guerre contre les djihadistes.

Pourtant, les dédommagements de l’Etat sont nécessaires pour relancer l’économie de Mossoul, ancien carrefour commercial du Moyen-Orient situé dans le nord d’un pays où un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. Partout, ils sont plus encore à vivoter à peine au-dessus de ce seuil, avec tout juste 50 euros par mois.

Particulièrement dans le Nord ravagé par la guerre contre le groupe djihadiste Etat islamique (EI). Avec la chute des cours de brut, la maladie de Covid-19 et la hausse des prix, ce taux devrait doubler sous six mois, prévient la Banque mondiale.

Au chômage, Ahmed Hamed, 25 ans, lutte pour grappiller de quoi payer un loyer ailleurs à Mossoul. Car sa maison, sa voiture et l’ensemble de son quartier de la Vieille ville ont explosé sous les bombardements aériens et les combats. Une fois la ville libérée en juillet 2017, il a monté un dossier à la Commission des dédommagements créée en 2018. Tout a été validé et envoyé à Baghdad, lui a-t-on dit. Depuis, plus rien. «Les politiciens nous répètent qu’on doit rentrer chez nous», dit-il à l’AFP. «Mais comment ? Nos maisons sont détruites et il n’y a aucun service public.»

«Fonds insuffisants»

Selon l’ONG Norwegian Refugee Council, 64% des déplacés de Mossoul affirment qu’ils ne pourront plus payer leur loyer sous trois mois. Mohammed Mahmoud, chef de la Commission des dédommagements, affirme avoir reçu «90 000 dossiers, entre 48 000 et
49 000 pour des biens, des maisons, des magasins et autres propriétés et 39 000 pour des pertes humaines, des morts, des blessés ou des disparus».

Ali Elias, 65 ans, lui, attend des nouvelles de son fils enlevé en 2017 par les djihadistes. «Nous avons envoyé un dossier à Baghdad mais nous n’avons pas eu de nouvelles», dit à l’AFP cet agriculteur d’un village à l’ouest de Mossoul. «Je suis vieux et exténué de passer ma vie dans les administrations». Les dossiers des disparus sont les plus longs, «pour les dégâts matériels, les trois quarts des dossiers ont été traités», assure M. Mahmoud à l’AFP. «Mais les fonds sont insuffisants et seules 2500 familles ont été dédommagées». L’ONU a bien reconstruit 2000 maisons, des usines de traitement d’eau, des centrales électriques, des départements d’hôpitaux, 150 écoles, des facultés et des commissariats.

Mais c’est une goutte d’eau dans une métropole de plus de deux millions d’habitants, dont la Vieille ville ressemble toujours à une immense colline de gravats. Car la reconstruction est fortement ralentie par les nombreux filtres pour éviter la corruption. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles les 30 milliards de dollars promis par des bailleurs au Koweït début 2018 ne sont jamais arrivés en Irak.

Elle est aussi freinée par la bureaucratie et la gabegie, endémiques. L’ex-gouverneur Nawfel Akoub, par exemple, a pendant des années, rançonné, via des factions armées postées aux check-points bordant Mossoul, l’entrée des matériaux de construction, selon un rapport de l’Université américaine de Souleimaniyeh (nord).


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