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Après l’abominable attentat terroriste de Conflans-Sainte-Honorine : Les musulmans dressent un cordon de sécurité

20 octobre 2020 à 10 h 15 min

En raison de l’état d’urgence sanitaire en vigueur depuis vendredi minuit, les manifestations sont interdites. La Covid-19 n’a pourtant pas eu raison de la réaction populaire après l’attaque mortelle au couteau qui a visé vendredi Samuel Paty, un professeur de collège de Conflans Sainte Honorine (Yvelines, banlieue parisienne).

D’immenses manifestations se sont ébranlées à Paris (en présence du Premier ministre et de membres du gouvernement et de personnalités de la classe politique) et dans beaucoup de villes françaises dont Lyon, Toulouse, Strasbourg, Nantes, Valence ou encore Marseille, Lille et Bordeaux. Comme en janvier 2015 après le massacre de Charlie Hebdo par des terroristes dont l’affaire est au tribunal depuis plus d’un mois. Il y a quelques jours, un autre acte terroriste avait blessé gravement deux personnes à proximité des anciens locaux de l’hebdomadaire satirique.

Ce dernier fait dramatique a suscité une vive inquiétude dans le pays. Face à l’émotion incompressible de la population et l’incompréhension qui se transforment en haine du musulman sans partage, le Conseil français du culte musulman, dont la présidence est tournante (actuellement tenue par le Marocain Mohamed Moussaoui), a condamné avec force : «Nous sommes profondément choqués par l’assassinat barbare (…). Face à ceux qui cherchent une raison à ce crime ignoble en évoquant les caricatures du prophète de l’islam, nous réaffirmons que rien, absolument rien, ne saurait justifier l’assassinat d’un homme. Faisons confiance aux enseignants investis d’une mission noble, celle de l’éducation et de la transmission des savoirs et des valeurs, à même de prémunir nos enfants face aux prêcheurs de la haine et mieux les préparer en citoyens libres de demain.»

«Pour nous musulmans c’est une quadruple peine»

Pour Ghaleb Bencheikh, président de la Fondation de l’islam de France, «les citoyens musulmans et à leur tête leurs responsables doivent d’une manière nette, sans ambages, se désolidariser de l’hydre islamiste». Dans Libération, il précise sa pensée au sujet des milieux fondamentalistes musulmans qui se font les porte-flingue du Divin : «Malheureusement, ceux qui n’ont que trois cents mots pour s’exprimer sont potentiellement violents, surtout si on leur tient des discours de victimisation. Il faut arrêter cette rhétorique qui consiste à dire : insurgez-vous si l’on s’en prend au sacré, à votre religion !». Et il ajoute : «Nous nous retrouvons pris en tenailles entre deux mâchoires, celle de l’extrémisme djihadiste et celle de l’extrême droite ‘‘identitariste’’ et suprémaciste. Il y a, en islam, un courant non violent très peu connu.

Mais quoi qu’il en soit, pour nous musulmans, c’est une quadruple peine : la barbarie qui sévit est commise au nom de notre religion, nous sommes soupçonnés d’en être solidaires, les musulmans sont eux-mêmes touchés par ce terrorisme et quoi que nous entreprenions, nous n’arrivons pas pour le moment à l’endiguer. En dépit de ce désastre, notre résistance est invincible.» Après une réunion qui a regroupé toutes les mosquées de la région lyonnaise, le président du Conseil des Mosquées du Rhône, Kamel Kabtane, a publié une lettre de condoléances à la famille en s’adressant intrinsèquement aux musulmans qui y verraient une «action héroïque» : «Ce crime n’honore en rien celui qui l’a commis. Il n’apporte rien de fondamental parce que la religion dont il se proclame ne se reconnaît pas en lui ni ne se nourrit du sang des innocents.»

Dressant comme un cordon de sécurité entre l’acte criminelle et la communauté des croyants, le recteur de la Mosquée de Lyon ajoute que le conseil des Mosquées du Rhône ne peut rester «silencieux ni insensible devant tant de haine et de violence. Il ne peut accepter qu’un tel outrage soit perpétré au nom de l’islam, qui désavoue tous les actes inhumains et barbares : ‘‘Qui tue une vie a tué toute l’humanité’’ (Coran 5/32). C’est pourquoi, nous sommes engagés à renforcer l’étude des fondements idéologiques de la pensée extrémiste et le combat contre ceux qui l’alimentent, la nourrissent et la financent.

Aujourd’hui, pour comprendre les racines de ces dérives, il n’est plus possible de penser seul, pour soi, loin des autres. Les imams, les enseignants, les éducateurs et autres psychologues doivent travailler ensemble, les uns avec les autres.» Le conseil des mosquées du Rhône s’adresse aussi à la communauté française dans son ensemble : «Face à la haine aveugle et à la folie meurtrière, nous devons rester unis et solidaires sans jamais tomber dans le piège de la division tendu par ces agents du mal. Il faut aussi éviter de stigmatiser les Français de confession musulmane qui ne sont en rien responsables – ni de manière directe, ni de manière indirecte – de cette situation dramatique.»

«Un crime en réseau»

Du côté de l’enquête, selon les derniers éléments révélés hier matin par Le Monde, l’attentat terroriste commis par le jeune Tchéchène était largement prémédité et commandité avec certainement des liens avec la mouvance terroriste internationale. Le crime est un crime en réseau. Pour la police, écrit Le Monde, «l’un des enjeux immédiats est d’essayer de comprendre comment l’assaillant, originaire d’Evreux, à plus de 80 km de là, a bien pu identifier sa victime à sa sortie des cours, en cette veille de vacances scolaires.

D’après nos informations (…) Abdouallakh Anzorov a eu recours à un procédé inhabituel pour un terroriste : muni de plusieurs centaines d’euros, il a abordé des collégiens en leur proposant de l’argent en échange d’informations. La somme a ensuite circulé de main en main. L’un des élèves, âgé de 15 ans, a pour cette raison été placé en garde à vue, dimanche.» Le ministère de l’Education dont les services départementaux avaient été au courant de cette fièvre qui couvait, doit se résoudre à commenter : «C’est parce que la République est forte de ceux qui la composent et la servent qu’elle ne reculera jamais devant aucune terreur ni aucune intimidation. C’est toute l’institution qui est unie derrière ses professeurs et ses personnels.»

Des associations intégristes musulmanes seront dissoutes

Hier main, au micro d’Europe 1, le ministre de l’Intérieur a annoncé comme mesures coercitives la dissolution de certaines associations islamistes considérées comme des «ennemies de la République» et porteuses d’un «islam identitaire». Le ministre parle de plusieurs associations concernées. A commencer par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) dans le collimateur de l’Etat depuis plusieurs années pour ses positions radicales sur plusieurs sujets de société et encore récemment alors que se levait à Conflans la polémique autour de l’enseignement de Samuel Paty. L’autre structure dans le viseur est l’ONG Barakacity qui a été perquisitionnée la semaine dernière et son président interpellé.

Lyon
De notre correspondant  Walid Mebarek

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