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dimanche, 17 février, 2019
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Le secteur public croule sous le poids du surendettement

Un colosse aux pieds d’argile

11 février 2019 à 11 h 00 min

Les entreprises publiques, désignées sous le vocable pompeux d’Entreprises publiques socialistes (EPS), avaient englouti au début des années 1990 déjà pas moins de 2000 milliards de dinars pour effacer leurs dettes et constituer le capital social à leur passage à l’autonomie en tant que société par actions (EPE/SPA).

Cette somme colossale, prélevée du Trésor public, ne leur a pas suffi puisqu’il a fallu recommencer cette ruineuse opération à la fin de cette même décennie.

Bien conscients du danger que constituait ce chronique et cumulatif sur-endettement pour les finances publiques, tous les gouvernants qui se sont succédé à la tête du pays ont tiré la sonnette d’alarme, sans jamais avoir pris les mesures salvatrices qui s’imposent.

Des mesures, consistant à privatiser certaines entreprises, à dissoudre d’autres et à traiter du mieux que possible l’endettement de celles qui ont un intérêt stratégique pour le pays (cas des entreprises assurant un service public), avaient été envisagées, mais jamais mises en œuvre, les gouvernements ayant chaque fois privilégié les solutions de replâtrage consistant à reconfigurer l’organisation du secteur public économique sous forme de fonds de participation puis de holdings publics pour passer aux SGP et aujourd’hui en groupes remises sous tutelles ministérielles.

Le problème du surendettement est, de ce fait, toujours présent, pis encore, porté à des proportions abyssales très dangereuses pour l’avenir du pays, car ces énormes dettes devront être, un jour ou l’autre, payées.

Si ce problème gravissime est parfaitement connu de nos gouvernants, la question qui se pose est de savoir qui aura le courage de l’affronter. Certainement pas nos gouvernants actuels qui souffrent d’un grave problème de légitimité et qui, de surcroît, sont profondément enlisés dans les eaux troubles d’une ambiance électorale bourrée d’arrière-pensées, d’intrigues et de volonté d’inertie, pour éviter les risques de dérapages sociaux.

Surtout pas de réformes ni de décisions susceptibles de compromettre les desseins politiques du clan qui veut se maintenir au pouvoir à tout prix !

Il est dans la logique des choses que le présent statu quo se poursuive durant toute la période électorale et, sans doute bien après, si le président actuel venait à être réélu pour un cinquième mandat. La dette du secteur public continuera alors à enfler démesurément sans que personne n’ait quelque chose de positif à proposer pour y remédier.

Le point sur la plongée financière des entreprises publiques a été fait par le chef du gouvernement actuel pour se targuer d’avoir averti l’opinion publique sur ce gravissime problème qu’il fourguera comme une «patate chaude» à son prochain successeur.

Impasse

Les chiffres récemment communiqués par le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui, pour rappel, préside l’instance suprême de décisions relatives au secteur public économique, sont en effet alarmants. Ils donnent même le tournis !

Qu’on en juge à travers les quelques extraits tirés du tout dernier rapport du CPE que nous avons récupéré au sein d’un des groupes phares du secteur public. A eux seuls, les groupes SNVI, AGM (mécanique), GRCN (réalisation et construction), Imetal (sidérurgie), Agrolog (entrepôts et abattoirs) et Getex (textiles), accumulent pas moins de 720 milliards de dinars de dettes essentiellement auprès du Trésor public.

Des dettes qu’elles ne pourront jamais rembourser si on se réfère à leurs bilans comptables qui ne présentent, en règle générale, que des déficits d’exploitation ou d’insignifiantes marges, comme c’est le cas pour les entreprises des filières de la chimie, de l’électronique, des industries manufacturières, du tourisme, du BTPH, des matériaux de construction, du transport et du ferroviaire, pratiquement toutes insolvables et pour très longtemps.

Le rapport du CPE n’évoque pas le problème des banques publiques, dont l’ex- ministre des Finances, Abdelatif Benachenhou, avait en son temps pointé du doigt en soulignant le danger qu’il faisait peser sur notre économie.

Le fonds de régulation des recettes d’hydrocarbures, qui disposait à l’époque d’une forte cagnotte, en a heureusement épongé une bonne partie, mais les dettes des banques se sont à nouveau accumulées sous l’effet des créances non performantes qui ont continué à contaminer le secteur bancaire algérien.

Le secteur public économique, qui déteint une part non négligeable des moyens de production et offre plus d’un million d’emplois, donne aujourd’hui l’image bien pitoyable d’un colosse aux pieds d’argile.

Que compte faire le gouvernement pour sortir de cette dangereuse impasse qui hypothèque toute chance de redressement économique, tant la dette est non seulement colossale mais aussi cumulative. Ce n’est certainement pas le gouvernement actuel ni celui qui lui succédera qui prendront à bras-le-corps ce dramatique problème dû en grande partie au mode de gestion rentier et bureaucratique qui caractérise leur gouvernance.

Les couleurs ont d’ailleurs déjà été annoncées par le rejet de la privatisation et du partenariat public-privé, exigé par Abdelaziz Bouteflika, à l’occasion de la préparation de la loi de finances pour l’année 2018. Or, on ne voit pas comment régler ce problème d’endettement en dehors de la privatisation et du partenariat avec le privé à la faveur desquels une part non négligeable des dettes des entreprises concernées pourrait être rachetées par des repreneurs.

Ce sont, selon un rapport de suivi des entreprises publiques réalisé il y a peu d’années par un bureau d’études économiques et financières du gouvernement (Ecofie), pas moins de 850 EPE qui affichent des actifs net négatifs (situation de faillite) et qui doivent, d’une manière ou d’une autre, trouver solution en référence au code de commerce (art. 715 bis) qui exige leurs dissolutions ou leurs recapitalisations dans un délai précis.

Leur propriétaire étant exclusivement l’Etat, c’est à lui et uniquement à lui, qu’échoit la responsabilité des traitements multiformes à préconiser pour chacun des cas.

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