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Déjà fragilisé depuis la révolution de 2011, le tourisme tunisien mise sur la clientèle algérienne pour sauver la prochaine saison estivale. Les Algériens représentaient, en 2014, environ 21% du nombre global des entrées de touristes.

Tourisme en Tunisie : Les stations misent gros sur la clientèle algérienne

14 mai 2015 à 10 h 00 min

Tous sont formels : l’attaque terroriste du musée du Bardo, il y a deux mois, risque de faire mal à une industrie touristique qui reste l’une des principales ressources du pays, appréhendent des hôteliers tunisiens. «Ce serait mentir que de vous dire que tout va bien. La saison estivale sera difficile», lâche Erich Alauzen, chargé de presse de la chaîne Thalassa Hotels, rencontré début avril à Monastir, une ville côtière du Sahel tunisien, dans le cadre d’un éductour organisé conjointement par les deux agences Soleil-voyage et Orbitravel. A l’instar de beaucoup d’hôtels implantés dans la ville natale de Habib Bourguiba, père de l’indépendance tunisienne, la chaîne Thalassa Hotels a eu son lot d’annulations de réservations.

Propriété de l’homme d’affaires tunisien Slim Zghal, le Royal Thalassa de Monastir est l’un des plus beaux complexes touristiques de Tunisie. Il comprend un hôtel de haut standing de 481 chambres et un centre de thalassothérapie, le Royal Elyssa thalasso & spa. La chaîne hôtelière dispose de plus 1 200 chambres réparties entre les unités de Monastir, Sousse, Mahdia et Skanès. Les responsables du groupe font désormais les yeux doux aux touristes algériens. «Nous sommes en train de mettre en place des packages pour les familles algériennes», poursuit Erich Alauzen.

Même inquiétude à Sousse, zone pionnière du tourisme local. Chargée des relations publiques d’El Mouradi Club Kantaoui, Faten Z. ne cache pas ses craintes : «Bien sûr que nous sommes très inquiets par rapport à l’impact de l’attentat du Bardo. Nous avons enregistré des annulations de réservation, notamment de la part de touristes allemands. Les gens sont réticents. Nous espérons que les choses rentreront peu à peu dans l’ordre.»

Située au cœur de la zone touristique de port El Kantaoui, cette station tout-inclus compte 453 chambres réparties sur des bâtiments blancs de style méditerranéen, situés le long d’une plage de sable. Ce complexe fait partie de la chaîne El Mouradi Hotels, fleuron d’un groupe parmi les plus importants du pays. La chaîne compte 17 établissements de catégories supérieures (entre 3 et 5 étoiles) et totalise 16 000 lits répartis dans les principales zones touristiques. A Hammamet, véritable pôle d’attraction aussi bien pour les touristes étrangers que pour les Tunisiens, les professionnels du tourisme nourrissent de gros espoirs sur la solidarité des pays pourvoyeurs de touristes, dont l’Algérie, pour remonter la pente. «Les premiers jours après l’attentat, nous étions très préoccupés.

Des réservations ont été annulées et le débit des réservations a aussi baissé», affirme Aniss Suissi, responsable marketing au Royal Hôtel, ouvert depuis juillet 1996. Ici, la majorité des infrastructures touristiques accueillent chaque saison estivale une clientèle majoritairement algérienne. «Après la révolution, l’hôtel a tourné grâce uniquement à la clientèle algérienne et locale. Nous continuerons toujours à travailler avec les Algériens»,  note Aniss Suissi. C’est dire le poids du touriste algérien dans cette région. L’hôtel, qui affiche une architecture mauresque alliant luxe et confort, mise sur le tourisme de santé et d’affaires pour attirer davantage de touristes.

D’une capacité de 266 chambres, l’hôtel Royal Hammamet est l’un des fleurons de la station touristique de Yasmine Hammamet. A un jet de pierre, l’hôtel Laico, propriété d’un homme d’affaire libyen, mise aussi sur la clientèle du voisin de l’ouest. Situé sur le golfe de Hammamet, cet hôtel de luxe possède 300 chambres meublées et décorées avec élégance. Il dispose aussi de deux piscines, d’un centre commercial et de terrains de sport, d’un centre de thalassothérapie et d’une aire de jeux pour les enfants.

Toujours à Hammamet, à mi-chemin de l’autre ville balnéaire, Nabeul, les dirigeants du complexe touristique Khayam croisent aussi les doigts. Leurs deux unités hôtelières Omar Khayam et Dar Khayam, totalisant près de 700 chambres, proposent à leurs clients la formule «all inclusive». Dirigé par la famille Bouricha, le complexe compte aussi un centre de balnéothérapie, un beach club, une base nautique, des espaces aménagés pour les activités sportives, une piscine couverte, une salle de fitness, des miniclubs, plusieurs hectares de verdure et de promenade, quatre scènes d’animation intérieures et extérieures.

Sécurité et campagne publicitaire

A l’instar des professionnels du tourisme, les autorités du pays ne se font pas d’illusion : la saison estivale s’annonce des plus rudes. «Après l’attaque du Bardo, nous avons enregistré des annulations sur les différents marchés. Nous sommes en pleine concertation avec l’administration, les professionnels de l’hôtellerie ainsi que les agences de voyages et nos partenaires étrangers pour voir, ensemble, quelle serait la meilleure stratégie pour réduire un tant soit peu ce mouvement d’annulations», souligne Youssef Naji, directeur général adjoint de l’Office du tourisme tunisien, rencontré au ministère du Tourisme. Selon lui, la majorité des marchés connaissent une nouvelle tendance qui est la vente en dernière minute. «D’ici l’été, nous espérons reprendre un peu de nos parts du marché grâce à la  nouvelle stratégie mise en place», dit-il.

Surfant sur la vague de solidarité internationale exprimée après l’attentat du Bardo, la nouvelle stratégie gouvernementale est axée sur le renforcement de la sécurité et une large campagne publicitaire pour relancer le secteur. «Les mesures décidées par  le ministère de l’Intérieur tendent à sécuriser les aéroports, les ports, les postes frontaliers, les sites culturels, les circuits touristiques et les établissements hôteliers. Des sanctions seront prises à l’encontre des agences de voyages et hôteliers qui ne respecteront pas les mesures de sécurité», détaille, pour sa part, Nabil Bziouech, chef de cabinet au ministère du Tourisme. La ministre du Tourisme, Salma Rekik, a déjà établi un programme de voyage pour rassurer les pays pourvoyeurs de touristes sur les conditions d’accueil  et de sécurité en Tunisie. Son voyage en Algérie est d’ailleurs prévu en ce mois de mai.

Outre la menace terroriste, l’activité touristique en Tunisie souffre de problèmes structurels : manque de diversité d’une offre centrée sur le balnéaire de masse et vétusté de certaines infrastructures, de l’avis des autorités.  Cela dit, le tourisme est un secteur-clé de l’économie du pays : il représente 7% du PIB et occupe 12% de la population active avec près de 500 000 emplois. La capacité hôtelière de la Tunisie est de 240 000 lits. En 2014,  le secteur a enregistré 6,1 millions de touristes contre 6,4 millions en 2013. Les Algériens représentent une part très importante : 1 284 000 en 2014 contre 1,38 million en 2013.

Les Algériens, première clientèle en 2014

Avec 21% du nombre global des entrées de touristes en Tunisie, les Algériens devancent les Français, première clientèle européenne du pays. Seulement, pour beaucoup d’Algériens subsiste le sentiment d’être seulement considérés comme une roue de secours en temps de crise. Ce reproche est vite balayé par le chef de cabinet du ministère du Tourisme : «Nous ne faisons aucune distinction entre touristes algériens et occidentaux. Nous avons une stratégie sur le long terme sur le marché algérien et nous le considérons parmi nos priorités, tout comme le marché libyen. L’option de recourir au marché algérien en temps de crise ne figure pas dans notre politique ni dans notre stratégie.»

Pour Nabil Bziouech, la moyenne de dépense des Algériens est nettement supérieure à d’autres nationalités. Afin de séduire davantage d’Algériens, l’Office du tourisme tunisien prépare une campagne de publicité institutionnelle sur le marché algérien et libyen, d’une durée de trois ans, qui débutera au mois de mai dans toute l’Algérie.  «A partir de cette année, nous négocierons avec les grandes agences pour voir la possibilité de soutenir leur commercialisation par des contrats de publicité  à l’instar de ce que nous faisons avec les tours opérateurrs européens», précise Youssef Naji. Comme de nombreux professionnels du tourisme, son organisme participera au Sitev d’Alger.

A propos des tarifs,  l’ONTT étudie l’éventualité de réviser à la baisse les prix, en concertation avec les professionnels du secteur. Outre l’éventualité  d’augmenter le nombre de vols à destination des villes algériennes, le gouvernement tunisien songe à créer une agence qui s’occupera des points de passage au niveau des frontières tuniso-algérienne et tuniso-lybienne pour améliorer les conditions d’accueil des touristes algériens et libyens, selon Nabil Bziouech. Signe de l’intérêt accordé au voisin de l’ouest, les Algériens sont les premiers touristes étrangers à avoir été exonérés de la taxe de sortie de 30 dinars appliquée aux touristes occidentaux ; les Libyens le seront bientôt.

 

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