Sami Agli. Président de la Confédération algérienne du patronat citoyen : «Voilà pourquoi on a acté la fin du FCE» | El Watan
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mercredi, 25 novembre, 2020
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Entretien

Sami Agli. Président de la Confédération algérienne du patronat citoyen : «Voilà pourquoi on a acté la fin du FCE»

28 juillet 2020 à 10 h 00 min

-Vous avez officiellement changé l’appellation du Forum des chefs d’entreprise, pourquoi ?

On a engagé depuis une année un processus de rupture avec l’ancienne gouvernance. Le changement doit être porté de manière concrète. Nous l’avons fait en mettant en avant l’exclusivité de l’action du Forum en faveur de l’économie, l’éloignement total de tout engagement politique. Pour nous, il s’agit avant tout d’un retour à la concentration de l’action sur le membre de l’organisation, les délégations de wilayas et les filières. C’est l’axe principal de notre travail qui œuvre pour une refonte totale de l’organisation et sa relance. Comme partout ailleurs, il y a chez nous du bon et du mauvais grain. Mais ce qui est certain, notre organisation regorge d’entreprises éthiques et de qualité. Il ne faut pas diaboliser le privé de manière générale ou l’ensemble des membres du défunt FCE. Il y a eu un épisode malheureux dans notre histoire.

On a toujours dit, et clairement, que la responsabilité incombe aux personnes et non pas à l’organisation, qui était victime quelque part d’une mauvaise gouvernance. C’est la raison pour laquelle tout le monde était aligné et engagé pour le changement depuis une année. On a fini ce processus de changement par la rupture avec le changement de nom. Si on avait changé de nom il y a une année, cela aurait été mal perçu. Les gens auraient dit qu’ils n’ont changé que le nom. Il fallait donc  prouver que notre action s’inscrit réellement dans une optique irréversible de transformation et de changement. Désormais, l’exclusivité est à l’économie, loin de tout lobbying de tout intérêt personnel. Le processus de changement qu’on a entamé depuis une année a été sanctionné par la dernière Assemblée générale qui a acté la création de la Confédération algérienne du patronat citoyen qui doit être portée dans les prochains jours par les membres du Forum.

L’AG qui a acté la fin du FCE a traité de trois principaux points. Le premier point est la mise en conformité de nos statuts. Le deuxième est le changement de nom : la Confédération algérienne du patronat citoyen. Le troisième point consacre la volonté des membres d’aller vers la transformation. En réalité, quand on dit transformation, le mot n’est pas tellement juste car on ne peut pas transformer une association en confédération. Il fallait créer une confédération et transférer l’actif et la richesse qui sont les membres vers cette nouvelle structure.

Puisque c’est chose faite, on s’attelle à présent à l’application des résolutions de l’Assemblée générale. Je dois rappeler que le processus a été fait de manière inclusive. Tous les membres ont été contactés, même ceux qui ne viennent plus, ceux qui habitent loin d’Alger ou ceux qui ne peuvent pas se déplacer ont été appelés pour apporter leur contribution et leur proposition de nom. Les membres tenaient au caractère algérien de l’organisation. Ils ont voulu aussi insérer dans l’appellation le mot patronat et surtout lui imprimer le caractère citoyen. Je pense qu’il est important de souligner que la citoyenneté est revenue, car nous avons prouvé depuis maintenant plusieurs mois que les membres de l’organisation et les entreprises qui la composent ce sont des sociétés citoyennes. Elles ont prouvé leur utilité à la collectivité et aux citoyens. Elles n’ont pas manqué d’être solidaires et aux côtés des pouvoirs publics dans cette conjoncture de crise sanitaire et dans la lutte contre la Covid- 19. Chacun à sa manière. Je pense que ce nom résume totalement le nouvel ADN de notre organisation. Encore une fois, la Confédération consacrera une rupture totale avec le défunt FCE.

-Pensez-vous que les institutions et la collectivité sont prêtes à oublier le passif du FCE, qui est assez lourd ? Avez-vous senti une volonté de vous associer au dialogue en cours sur la relance économique ?

Oui, tout dépendra. Vous savez, quelqu’un qui est disposé à vous juger ou à vous faire un procès d’intention, je pense que cela va être difficile de lui faire changer de réflexion. Le processus de changement a été bien amorcé, il a été couronné par le changement de l’appellation. Après une année, on a bien prouvé l’utilité des membres. On a prouvé encore une fois que dans cette organisation il y a des gens bien. Il ne faut pas faire d’amalgame entre un bon et un mauvais grain. Encore une fois, on est dans la symbolique et non pas dans la justification. Car c’est l’action qui justifie le changement qu’on a opéré, ce n’est pas le nom. Si vous changez le nom et que vous gardez les mêmes réflexes, cela ne sert à rien. Notre changement est dans l’action.

C’est ce que nous avons fait en prouvant notre utilité à l’économie et notre neutralité au plan politique. Les dernières élections ont été pour nous un test. On n’a pas entendu parler d’un membre du Forum qui a fait campagne au nom du FCE. Je pense que tout le monde a joué le jeu. Cela est très important pour nous. L’organisation est riche et forte par ses membres, ses propositions et son utilité. Je suis d’accord qu’il y a un travail à faire, mais la rupture totale avec le défunt FCE est définitivement consommée. L’engagement et la volonté nous ont animés à aller vite vers ce changement. Il y a une volonté collective et réelle de changement. Celui qui nourrit encore des doutes, notre travail et notre action vont lui prouver le contraire. En somme, le travail et l’action sont les vraies réponses à ces questions-là qui peuvent toutefois être légitimes.

-Le gouvernement a ouvert le dialogue avec les organisations patronales et les partenaires sociaux. Vous y êtes associés. Pensez-vous qu’il y ait une réelle volonté de collaboration et de concertation ?

Je témoigne de cette volonté qu’on a constatée depuis des mois. Lors des réunions avec des responsables, j’ai trouvé de la transparence dans la manière d’expliquer la crise, la situation du pays et surtout les moyens à mettre en place pour sortir de la crise. C’est certain, il y a de la bonne volonté et de l’écoute. Pour tout ce qu’on a demandé, on a été très écoutés et avec beaucoup d’attention. Il y a surtout une volonté de concertation. Le changement est palpable ; avant, on subissait les lois, aujourd’hui on est acteurs et complètement associés à la prise de décision. La dernière réunion avec le gouvernement et les partenaires sociaux prouve totalement cette bonne volonté que nous avons constatée depuis des mois. Elle confirme l’intention d’aller trouver des solutions ensemble dans le cadre d’une action collective.

La réunion a été sanctionnée par la création d’une commission dans laquelle nous sommes actifs. On a travaillé avec l’ensemble des départements de l’économie nationale. La commission est présidée par le président du Cnes, un organe important de réflexion sur l’économie et la prospective, et coprésidée par le ministre délégué en charge de la Prospective, le professeur Belmihoub, qui a la maîtrise des questions économiques et du monde de l’entreprise. Je pense qu’elle peut aboutir à des solutions réalistes. Encore une fois, je dois dire qu’il faut être réaliste en ce qui concerne aussi bien les demandes des chefs d’entreprise que dans la prise de décision.

On traverse des moments difficiles dus à la crise internationale, qui a été compliquée chez nous par l’héritage de tout ce que nous avons vécu ces trois dernières années, après la chute des prix du pétrole. Pas seulement : l’année 2019 a été une année très spéciale pour l’économie nationale, impactée de manière directe par la crise sociale et politique qu’a connue le pays. Elle a été une année blanche pour l’économie. On avait tout misé sur l’année 2020, malheureusement la crise sanitaire est survenue, ébranlant l’économie mondiale et induisant la baisse historique des prix du pétrole. On a parlé de prix négatifs. On n’a jamais connu pareille situation. Le fait que la crise sanitaire due à la Covid-19 perdure a aggravé encore plus l’impact sur notre économie.

-Avez-vous une évaluation de l’impact de la crise sanitaire sur l’économie ?

Le but de la réunion de la semaine dernière avec le gouvernement était de sortir avec une évaluation de la situation, dont il est difficile aujourd’hui d’avoir des données statistiques. Notre évaluation est faite sur la base de ce qu’on est en train de voir sur le terrain. Il y a des secteurs qui sont touchés plus que d’autres. Le tourisme, par exemple, est un secteur qui est sinistré. On est en pleine saison estivale que les gens ont préparée pendant une année. Hélas, on voit des hôteliers qui n’ont pas travaillé depuis quatre mois. Tout simplement, ils n’ont pas eu de chiffre d’affaires en raison de la fermeture des frontières, du confinement des wilayas et la fermeture des établissements pour éviter la propagation. Le secteur des services – des petites entreprises qui étaient dans la communication et les autres services, digitales ou autres – subit la crise de plein fouet. Il y a beaucoup d’industries qui sont impactées également par la crise. Beaucoup d’entreprises parlent de perte de chiffre d’affaires de 60 à 80%. Le BTPH est une activité qui est en danger aujourd’hui. La crise est transversale.

Ceux qui résistent, ce sont les entreprises qui sont bien structurées avec une trésorerie qui peut faire face à la crise, mais pour combien de temps encore ? Beaucoup sont vulnérables car 90% des entreprises en Algérie sont des TPE et PME. Ont-elles les capacités pour faire face à cette crise ? Jusqu’à maintenant, certaines ont joué le jeu, chacune selon ses moyens. Jusqu’au mois de Ramadhan, il y a eu une solidarité entre employés et employeurs. Les gens ont pris leurs congés, il y a même ceux qui ont demandé et pris leurs congés par anticipation. Mais aujourd’hui, ce n’est plus une question de vouloir mais de pouvoir tenir. Combien de temps allons-nous tenir ? De par le monde, les dégâts produits par la crise sont énormes.

-Quelles sont alors, selon vous, les mesures à prendre pour amortir l’impact sur l’économie, l’entreprise et l’emploi ?

Pour notre part, nous avons fait des propositions sur les priorités et les décisions à prendre. Mais le but, c’est l’accompagnement. Nous n’avons jamais demandé que l’Etat finance ou qu’il intervienne par une amnistie fiscale. On sait que le pays est en crise. L’accompagnement peut se faire de différentes manières. Par exemple, le report était une de nos demandes. On l’avait formulé en mars et avril. Mais l’on voit que l’administration demande aux entreprises de s’acquitter de 3 mois en même temps. Un autre report s’impose aujourd’hui, ce n’est pas un choix, c’est une obligation. Les mesures prises lors du dernier Conseil des ministres sont à saluer. En parallèle, il faut trouver des solutions pour se projeter dans les prochains mois. Ce qui est demandé aujourd’hui, c’est le rôle des banques. Il n’y a pas eu une activité importante des banques. C’est une faiblesse que nous avons dans le dispositif. Les banques doivent jouer plus que jamais leur rôle aujourd’hui, en proposant de nouveaux services pour accompagner l’activité économique et préserver les emplois.

-Voulez-vous dire que les banques ne jouent pas leur rôle ? Ne financent-elles pas les investissements ?

D’après les informations qui remontent, il n’y a pas eu des financements d’activités réellement faits. Il y a très peu de financements par les banques, qui sont aussi impactées par la crise. Leurs effectifs ont été réduits de 50 à 60%. On s’attendait à ce que l’activité diminue de fait, mais la banque doit jouer encore plus son rôle aujourd’hui. C’est un accompagnement qui n’est pas gratuit. Elle doit accomplir son rôle d’accompagnateur et maintenir l’activité économique. On sait que la situation est compliquée aussi bien pour l’entreprise que pour les pouvoirs publics. Il faut aller à la diversification des solutions de financement. Des réformes profondes sur les modèles économiques et du secteur bancaire s’imposent. C’est ce que nous avons demandé. On est très content de l’engagement pour la réforme fiscale en Algérie.

Il y a eu une intervention de qualité du ministre des Finances qui a mis le cap et la vision sur cette volonté réelle de diversification du système bancaire. Je pense que c’est une priorité absolue d’aller vers cette réforme, qui a pour objectif de diversifier les moyens de financement pour avoir plus d’offres sur le marché, surtout maintenant. Il y a des entreprises qui existent depuis plusieurs années, il y a un capital qui est là, il faut le préserver. Préserver les emplois, c’est préserver le pouvoir d’achat qui est la locomotive de l’économie. Et l’entreprise c’est la trésorerie. Quand elle n’en a pas, elle ne peut pas se projeter. C’est pour cela qu’il faut aller vite dans des réformes importantes du système économique algérien. On sent une réelle prise de conscience aujourd’hui des pouvoirs publics et de l’entreprise.

-Vous êtes appelés à la rencontre des 16 et 17 août prochain entre le gouvernement, les opérateurs économiques et les partenaires sociaux… quelles sont vos attentes en tant que patronat ?

L’accompagnement des entreprises met la question de l’économie au centre des priorités que ce soit du président de la République ou du Premier ministre. On ne peut prétendre à la relance du pays sans une économie forte. La prochaine rencontre est une opportunité de concertation pour trouver des solutions à la relance de l’économie. Le plus important est de préserver le modèle social aujourd’hui, ne pas toucher aux acquis sociaux. Mais il faut le repenser de manière profonde. Les subventions sont-elles nécessaires pour les 42 millions d’Algériens ? Je pense que non. Offrir de l’énergie à tout le monde au même prix, ce n’est pas raisonnable. Il y a des chancelleries qui profitent de l’énergie subventionnée, il y a des gens socialement bien lotis qui payent l’essence, le gasoil et l’électricité au même prix que le smicard.

Ce sont des questions très importantes et des décisions courageuses qu’il faut prendre. Il faut oser. La subvention massive est une question qu’il faut soulever aujourd’hui. Je pense qu’elle est même inéquitable.

Avec une subvention ciblée, on donnera plus d’aides aux nécessiteux. L’autre question qu’il faut traiter est celle qui a trait à l’informel. L’informel est aujourd’hui un danger pour l’économie. Il déstructure complètement l’économie et crée une concurrence déloyale. Vous avez d’un côté des acteurs économiques qui sont installés dans une filière donnée, ils emploient, payent leurs impôts, déclarent leurs employés, payent les charges fiscales et parafiscales. Et vous avez de l’autre, dans la même activité, des gens qui ne s’acquittent d’aucune charge ni d’aucune taxe. Cela tue l’économie. La réforme s’impose. Il faut, en effet, beaucoup de confiance pour que les gens en possession de cette masse monétaire très importante, certains l’évaluent à plus de 60 milliards de dollars, nous on a dit entre 60 et 80 milliards, entrent dans le circuit formel. C’est l’équivalent de ce qu’est notre PIB réellement.

C’est un réel danger. Si on arrive à trouver des solutions à l’informel, cela peut constituer une très sérieuse solution à la crise, car elle va permettre le renflouement des banques et le financement de l’économie. Pour pouvoir attirer des investissements, il faut trouver une solution à l’informel.

Entretien réalisé par Saïd Rabia

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