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samedi, 17 novembre, 2018
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Figurant dans la liste des unités de l’EGT Est privatisables, l’hôtel El Hidhab, un établissement trois étoiles situé en plein cœur de Sétif, est depuis janvier 2006 entre les mains du groupe privé Sofafe (spécialisé dans la production de fils et câbles électriques) suite à une opération de rachat pour la somme de 65 milliards de centimes.

Récit d’un parcours cahoteux

29 janvier 2018 à 12 h 00 min

Construit en 1971 et mis en service en 1979, cet hôtel qui était l’un des fleurons du tourisme de la région Est a fonctionné durant 27 ans sous la responsabilité du secteur public. Une phase durant laquelle il a connu des évolutions avant de sombrer dans la dégradation et d’être privatisé par la suite dans l’objectif d’être redressé après validation par le Comité des participations de l’Etat (CPE) en juillet 2005 du dossier. A l’époque, les syndicalistes avaient clairement affiché leur rejet d’une telle décision, d’autant qu’ils s’étaient proposés pour reprendre la gestion de l’établissement et préserver leur outil de travail.

Le nouvel acquéreur, en l’occurrence Abdelhamid Madani, s’était engagé pour sa part à garantir les intérêts des travailleurs. «C’est ce que j’ai fait», a-t-il rappelé lors d’une conférence de presse organisée le 25 janvier au niveau même de l’hôtel où nous avons eu à effectuer une visite à travers différents points pour constater le changement opérés depuis le rachat de l’infrastructure hôtelière.

Justement, à travers cette sortie médiatique, Abdelhamid Madani a voulu montrer à la presse que l’hôtel n’a pas été abandonné mais réhabilité progressivement en dépit des blocages rencontrés dans ce projet cahoteux. Ce que nous avons constaté à travers une visite guidée sur les lieux et un exposé présenté lors de la conférence.

Un parcours des plus difficiles résumé dans le récit de M. Madani et qui illustre ainsi tous les enjeux d’une reprise d’un bien public avec des objectifs ciblés pour finalement se retrouver face à une machine administrative et politique «acharnée» contre cette reprise en quête d’évaluation.

C’est du moins le message que veut faire passer Abdelhamid Madani à travers son histoire puisqu’il accuse ouvertement l’ancien wali de Sétif, Abdelawahab Nouri, puis ministre de l’Aménagement du territoire, du Tourisme et de l’Artisanat (du 11 juin 2016 jusqu’au 24 mai 2017) d’être à l’origine de l’annulation de la privatisation de l’hôtel décidée juste avant le départ de Abdelmalek Sellal du Premier ministère. Comment expliquer cet acharnement ?

Cabale

«C’est une revanche personnelle. J’ai rencontré M. Nourri une seule fois pendant dix minutes à Hammam Ouled Yelles que je gérais. En 2000, j’avais reçu Karim Younes, alors ministre de la Formation professionnelle. Par la suite, M. Nourri a commencé par fermer le bain de Ouled Yelles en annulant la concession que j’avais pour des arguments qui ne tiennent pas la route. J’ai investi plus de 3 milliards de centimes dans cette station, et au final je n’ai même pas pu récupérer mes effets personnels lors de la fermeture.

On a fait appel à la garde communale pour me dégager des lieux. M. Nouri m’a pourchassé ensuite pour me déposséder du terrain que j’avais, là où se trouve actuellement le centre commercial Park Mall», nous confiera M. Madani avant de rappeler : «Ce projet était mon idée. Je l’ai proposé à l’APC qui l’a accepté. En 1998, l’APC m’a vendu ce terrain pour 2,5 milliards de centimes. Mais, la transaction n’a pas été achevée.

Je n’ai pas voulu continuer l’achat du terrain. Il y avait un problème de corruption qui s’est posé. J’ai refusé de donner de l’argent.» Selon M. Madani, ce sont l’ensemble de ses projets qui visés par ces blocages même en dehors de la wilaya de Sétif. «C’est le cas aussi pour le grand centre de vacances de Souk El Tenine à Béjaïa», nous précisera-t-il. Mais c’est surtout au niveau d’El Hidhab que M. Madani avoue sentir plus cette volonté de le «casser» sans pour autant céder à la pression.

Aujourd’hui, douze ans après la conclusion de l’opération de privatisation, la cabale se poursuit contre le nouveau propriétaire d’El Hidhab qui a versé jusque-là au Trésor 70% du montant du rachat, c’est-à-dire 40 milliards de centimes. «Au début, nous avons réglé 30%, c’est-à-dire 19,5 milliards de centimes et nous avons commencé à travailler.

Nous avions un plan business de l’ordre de 8 milliards de centimes. C’était le minimum à l’époque. Nous devions maintenir l’activité et respecter l’échéancier de paiement, c’est-à-dire payer 11 milliards de centimes chaque année. Pour la première échéance de 2008, nous avons versé 4 milliards de centimes avec la promesse de régler le reste (7 milliards de centimes) dans les plus brefs délais. L’EGT Est a refusé la proposition.

Nous avons reçu un écrit en ce sens», ajoutera M. Madani avant de nous remettre une copie de cet écrit. Par la suite, «en 2012, nous avons reçu une correspondance du directeur général du Trésor public nous demandant de nous acquitter de nos redevances après consultation de la SGP Gestour. L’affaire de l’annulation a été relancée cette année-là, mais nous avons continué à le réhabiliter. Nous avons investi 30 milliards de centimes, même si nous n’avions aucune garantie. Aujourd’hui, il me reste 25 milliards de centimes à verser, en plus des pénalités de retard.

Nous sommes prêts à le faire dès demain», s’est engagéa M. Madani en marge de la visite. «Certes, nous avons failli à l’un des points du cahier des charges, mais on pouvait rattraper cette erreur. Et pourtant, on a laissé faire dans d’autres cas. Pourquoi le deux poids, deux mesures ?» s’interroge encore le premier responsable d’El Hidhab, pour qui l’espoir est encore permis.

Pour une commission d’évaluation

«Au lieu de s’acharner contre nous, il fallait au moins nous accompagner dans cette aventure jugée au final positive malgré tous les couacs. Oui, le bilan est positif du moment que l’état des lieux a changé, que les emplois ont été préservés, et que ceux qui sont partis en retraite ont été indemnisés avec une prime de départ», reconnaîtra-t-il tout en restant confiant. «On a encore notre place dans le marché local. On pense récupérer ce qu’on a perdu avec tous les changements prévus.

On mise d’ailleurs sur l’attractif», ajoutera M. Madani. En effet, même si sur le plan juridique l’incertitude est là, M. Madani ne s’empêche de penser à lancer d’autres investissements de l’ordre de 40 milliards de dinars entre le spa, le parc aquatique, l’agrandissement du stade, la rénovation d’une vingtaine de chambres et de la réception. «Pourvu qu’on nous donne une chance et qu’on évalue ce qu’on fait depuis la reprise», dira-t-il et de lancer un appel aux autorités concernées d’envoyer une commission d’évaluation pour pouvoir statuer. Une demande exprimée depuis plus de trois mais sans impact.

Une réunion d’évaluation devait même avoir lieu au CPE, mais qui a finalement été annulée. «Nous avons fait beaucoup de choses et nous avons surtout préservé l’esprit de la privatisation», se défend-il invitant Gestour, l’EGT-Est, le ministère du Tourisme et celui de l’Industrie à effectuer le travail d’évaluation tant souhaité. C’est l’espoir qui reste pour notre hôtelier pour poursuivre son aventure. «Mais si c’était à refaire, je ne le referai pas.

La privatisation est un leurre. C’est plutôt une échappatoire pour les pouvoirs publics. Dans un secteur comme le tourisme, les responsables des EGT qui parlent au nom du gouvernement ne cherchent qu’à préserver leurs acquis, loin de l’intérêt de l’économie alors que l’Etat n’a rien à gagner en gardant la gestion des hôtels», regrettera M. Madani en conclusion.
 

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