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Repères économiques

Quelques réflexions sur le phénomène démographique

23 septembre 2018 à 22 h 44 min

Les données démographiques font partie des phénomènes les plus précis à saisir statistiquement et les plus complexes à analyser économiquement. Les conséquences des actes démographiques sont également examinées avec des opinions souvent prédéterminées. Il y a lieu de préciser que c’est un phénomène dont on peut orienter les résultats par des politiques volontaristes bien conçues.

De nombreux pays développés, surtout européens, se plaignent d’une croissance démographique insuffisante qui n’arrive même pas à permettre à la population de se reproduire. C’est ce qui explique le degré d’ouverture de l’Allemagne, poussée par le patronat, vers une politique de plus grande tolérance envers l’immigration, mais qui produisit une réaction brutale de l’extrême droite. Tandis que beaucoup de pays du Tiers-Monde se plaignent d’une démographie galopante qui siphonne leurs efforts de développement et constitue une menace pour leurs ressources limitées. On voit bien que la problématique démographique est différente d’une situation à une autre.

Ceci explique que les paramètres souhaités de la croissance démographique doivent être harmonisés avec la situation du pays. C’est en analysant les réalités économiques du pays que l’on pourrait repérer la proportionnalité qui doit exister entre les données économiques et la réalité démographique. Un pays comme l’Inde, malgré des taux de croissance supérieurs à 7%, fournit des efforts considérables de maîtrise démographique avec des résultats mitigés. Nous devons disposer de modèles d’analyses pour situer les actions à mener en matière démographique.

L’ économie n’est pas l’unique préoccupation des êtres humains, bien qu’ elle soit très importante. On peut vouloir une croissance démographique forte pour peser plus sur les contextes géopolitiques. La Grèce (11 millions d’habitants) fait tout pour atteindre un volume de population proche de son voisin turc pour des raisons géostratégiques. Cependant, nous serions surtout intéressés par la question économique, laissant aux sociologues et aux spécialistes des sciences politiques de nous montrer l’ampleur des phénomènes démographiques dans leurs sphères de compétences.

La question n’est pas tranchée

Pour de nombreux observateurs, la question démographique serait simple : si on réduisait la croissance démographique, tout ce qui est gagné en réduction de la taille de la population serait gagné en pouvoir d’achat pour les heureux élus qui vont subsister sur terre. Cette manière de voir les choses n’est pas fausse, elle est seulement incomplète. On oublie d’y intégrer les deux phénomènes importants dont on fait abstraction : le potentiel de ressources disponibles et l’efficacité avec laquelle les facteurs de production sont utilisés. Les économistes ont des termes techniques pour les caractériser, mais nous allons en simplifier les contenus. Les statisticiens savent bien calculer l’efficacité marginale du capital et de la main-d’œuvre. C’est cette dernière qui nous intéresse particulièrement. C’est-à-dire lorsqu’on met les derniers êtres humains au travail combien vont-ils produire par unité de temps (avec un montant de capital donné) et quelle serait leur rémunération ?

Cette piste d’analyse nous permet de mieux situer le problème au sein d’un contexte donné. Cette manière de voir est beaucoup plus profonde et plus prometteuse que l’analyse traditionnelle en termes de taux de croissance qui reste quand même valide et utile. Selon cette dernière, on commence par situer la croissance économique moyenne autour de 3,5 à 4% ces dernières années dans notre pays.

On prend la croissance démographiquee qui, par exemple, se dirige vers les 2,5%. La différence, c’est-à-dire 1%, serait l’amélioration du niveau de vie avec une croissance de ce genre. Elle serait trop lente pour permettre de rattraper les pays émergents ou développés. On va conclure donc qu’il faut agir sur les deux paramètres conjointement : réduire la croissance démographique et améliorer l’expansion économique. Ceci est plus facile à dire qu’ à faire. Ceci constitue le SMIG de l’analyse démographique. Il faut faire cette analyse et ne pas s’en tenir uniquement à ses résultats et ses recommandations.

Notre contexte

Une forte croissance démographique met sous pression tous les secteurs de la vie économique : logement, école, lits d’hôpitaux, sièges de transport de divers types, importations, postes de travail, etc. mais d’un autre côté, il faut disséquer le potentiel de production des ressources humaines du pays. En Algérie, on a plus d’un million de naissances par an. Il nous faut disséquer le potentiel d’évolution de chaque secteur pour anticiper les problèmes futurs.

A la lecture de ces données, on arrive à prévoir les problèmes de pénuries qui vont se produire dans le pays. Et en réalité, elles seront nombreuses. Rien que dans le domaine du logement, des calculs simples montrent qu’il faut produire plus de 600 000 logements par an sur vingt ans pour espérer avoir une situation normalisée (en tenant compte de la vétusté du parc de logements et la nécessité de reconstruire les habitations de plus de 60 à 70 ans). Les spécialistes peuvent calculer la même chose pour la santé, l’ éducation, etc. C’ est un travail à faire.

Mais on approfondit l’analyse démographique aussi ainsi. Le salaire moyen d’une personne employée dans notre pays serait aux environs de 35 000 DA mois. La productivité marginale de la main-d’œuvre serait de 12 à 18 000 DA hors hydrocarbures (selon les méthodes utilisées). Ce qui implique que plus de la moitié des salaires sont subventionnés par la rente pétrolière. Pour ces considérations, bien qu’en matière d’espace et de potentialités le pays peut se permettre une croissance démographique du type que nous vivons aujourd’hui, pour des considérations d’efficacité économique il serait hasardeux de continuer dans cette voie. Il serait aisé de stipuler qu’on devrait améliorer nos politiques économiques et révolutionner nos méthodes managériales.

Mais personne n’a su le faire depuis l’indépendance. Il serait donc utile de jouer sur les deux tableaux : promouvoir un programme national d’harmonisation de la croissance démographique avec le potentiel économique. Ce n’ est que lorsque l’efficacité économique atteint un certain niveau qu’on peut se permettre de libérer la démographie pour de nombreuses décennies encore. Pour le moment, il serait censé de démultiplier les efforts pour réduire un tant soit peu la pression démographique.

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