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dimanche, 17 février, 2019
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Mourad Zerhouni. Consultant, spécialiste en gestion de projets

«Prioriser les projets dans une optique de rentabilité»

11 février 2019 à 11 h 00 min

Une sélection rigoureuse, une priorisation et une visibilité sur les ressources à engager sont les clés de la réussite des projets, selon Mourad Zerhouni, consultant, formateur et spécialiste en gestion de projets, qui revient dans cet entretien sur les conditions à assurer pour aller vers plus de performance et de rentabilité, notamment dans le secteur public. Il s’agit, selon l’expert, d’adopter des processus prédéfinis et optimisés pour mieux cibler les dépenses entre autres.

– Les entreprises publiques continuent à se débattre dans les difficultés avec un fort endettement en dépit des différents plans d’appui. Comment expliquez-vous cette situation ?

Les causes sont malheureusement nombreuses et ont été longuement explicitées par les experts économiques et financiers. Je préférerai, si vous le permettez, vous donner un point de vue relié à mon expertise en gestion de projet.

Si on imagine l’Algérie comme une entreprise recherchant de la rentabilité et faisant face à une multitude de projets à lancer et à gérer (les entreprises publiques), le concept de «gestion de portefeuille de projets» trouvera naturellement sa place.

Néanmoins, il exigera dans sa mise en œuvre une sélection rigoureuse et une priorisation dans lesdits projets, l’objectif étant de s’assurer de gérer les meilleures d’entre eux au bon moment.

Avec un gestionnaire de portefeuille de projets, on voudra voir l’alignement des projet choisis aux objectifs stratégiques de l’entreprise et une visibilité sur les ressources à engager, les risques encourus, les contraintes financières à prendre en compte, voire à lever, etc.

On comprend donc que si la rigueur dans le choix des projets n’a pas été respectée et la cartographie des exigences de ses derniers (en termes de risques et de ressources financières à mobiliser) n’a pas été élaborée, on aboutit à un genre de saupoudrage de ressources qui a fait que les plans d’appui n’étaient pas complètement alignés avec les besoins réels des entreprises.

Il aurait fallu donc, dans une optique de rentabilité, prioriser les projets (les entreprises publiques donc) en fonction de critères choisis (rentabilité prévue, alignement avec la stratégie globale de tel ou tel secteur).

Pour finir, et peut-être le point le plus important, un suivi rigoureux de tous ces projets lancés aurait permis de repérer ceux d’entre eux qui ne sont plus pertinents, d’annuler certains et de réallouer les ressources engagées à d’autres plus prioritaires.

– Quel impact justement sur la performance et la rentabilité de ces entreprises, notamment en cette période où l’on cherche à diversifier l’économie ?

Les bras armés des entreprises ce sont leurs ressources humaines, lesquelles doivent être formées, soutenues et encouragées par la direction et ses cadres dirigeants. Ceci étant dit, on constate souvent, malheureusement, que les projets sont livrés tardivement, dépassent les budgets ou ne répondent pas aux exigences attendues.

Alors que pour faire face à la concurrence locale (produits importés) et demain à la concurrence internationale (ambition affichée par certaines entreprises), il devient plus que nécessaire, aujourd’hui, aux entreprises d’adopter ou de tendre vers des méthodes de travail dites en «mode projet».

En effet, travailler en mode projet est désormais la plus indiquée pour les entreprises en raison de son efficacité axée sur le travail collaboratif aboutissant, entre autres, à une planification proactive à 360 qui aide à améliorer leur productivité et leur réactivité.

Gagner le défi de la diversification de notre économie nous impose un peu plus d’efficacité en se posant, tout simplement, les bonnes questions, du type :

• Un projet va être confronté à des problèmes majeurs. Voulons-nous le gérer de manière proactive ou le résoudre comme ça vient ?

• Un projet va être confronté à des risques potentiels. Voulons-nous les résoudre avant qu’ils n’arrivent où attendre jusqu’à ce que les problèmes se présentent ?

• Allez-vous communiquer de manière proactive ou supporter les conflits et les incertitudes causés par l’absence d’information au sujet du projet ?

• Allons-nous gérer le contenu ou supporter des dépassements de coûts et de délais causés par un travail effectué en plus de ce que le budget peut supporter ?

• Allons-nous intégrer la qualité dans notre processus ou résoudre les problèmes plus tard, quand leur résolution deviendra plus coûteuse ?

Aujourd’hui, il faut savoir que les organisations qui suivent généralement de bons processus prédéfinis et optimisés réussissent mieux que celles qui n’en utilisent pas. Il s’agit alors de travailler en mode projet car, et au risque de me répéter, les bénéfices sont innombrables.

Pour rappel, une bonne méthodologie de management de projet fournissant le cadre, les procédés, les lignes directrices et les techniques pour gérer à la fois les gens et le travail, permettra à nos entreprises de :

• Mener à terme tous les projets plus rapidement et à moindre coût

• Etre plus prévisible

• Réduire l’effort de travail et les coûts avec une gestion proactive du contenu

• Trouver une solution meilleure qui «convient» dès le départ, grâce à une meilleure planification

• Résoudre les problèmes plus rapidement

• Gérer les risques avant l’apparition des problèmes

• Communiquer et gérer plus efficacement les attentes des clients, des équipiers et des autres parties prenantes

• Concevoir un produit de meilleure qualité dès la première fois

• Repérer les mauvais projets et ne pas les accepter avec plus de célérité

• Améliorer la gestion des finances

• Prendre des décisions basées sur des faits avérés

• Améliorer le climat de travail.

Par conséquent, la rentabilité et la compétitivité des entreprises algériennes seront une résultante naturelle de cette bonne gestion.

– Qu’en est-il du secteur privé ?

Le secteur privé, souvent confronté dans certains secteurs à une grosse concurrence, a compris l’importance de travailler en mode projet car, aujourd’hui, beaucoup d’initiatives d’affaires se déclinent en mode projet, avec tous les risques d’échec que nous pouvons imaginer.

Des initiatives telles que lancer un nouveau produit, conquérir un nouveau territoire, exporter vers une nouvelle destination doivent se déployer en mode projet, car elles répondent aux caractéristiques d’un projet :

• Jamais entrepris auparavant

• Avec une date de début et une date de fin (limitée dans le temps)

• Avec un budget prédéfini

C’est pour cela que certaines entreprises ont décidé de monter en compétences leurs gestionnaires de projet en les formant aux techniques de projet, lançant même des programmes en vue de certification internationales de type PMP (une des certifications internationales les plus reconnues dans le monde) afin de pouvoir déployer leurs projets respectifs selon la même méthodologie et les mêmes standards que les entreprises étrangères les plus pointues.

Il y a même aujourd’hui sur le marché algérien des entreprises et des chefs d’entreprise sensibles à l’importance des outils de management de projet participant à instaurer une culture d’organisation efficace au profit du secteur socioéconomique et qui développent en interne des programmes en gestion de projet de très haut niveau, à l’image de Cevital ou d’Adex Technology, un des leaders algériens dans le secteur des solutions d’intégration informatique et bien d’autres.

La seule différence se situant au niveau du professionnalisme et de la mentalité de la composante humaine chargée de mener à bien les projets, mais ceci est une autre histoire…

– Comment remédier à une telle situation dans le contexte actuel ?

Une des différences marquantes en matière de gestion de projet entre le monde occidental et les pays en développement se situe dans la manière de gérer la planification des projets lancés.

En effet, en Occident, un projet se planifie longuement de manière à essayer d’anticiper et de répondre, de manière proactive, à toutes les composantes d’un projet (gestion de la communication, du temps, des ressources, des risques, de la qualité).

En Algérie, très souvent, c’est l’inverse que nous constatons, on lance un projet sans réflexion réelle et approfondie sur sa faisabilité, la manière de le dérouler et de l’exécuter (souvent parce que celui qui donne l’ordre de lancer le projet ne connaît pas les bénéfices d’une gestion de projet efficace) en mode intuitif généralement.

Ceux-ci sont nombreux, nous pourrions citer principalement :

– La bonne conduite de projet qui apporte plus de fluidité dans la gestion du travail, car chaque membre connaît son rôle et ses responsabilités (s’il les respecte…).

– Une bonne gestion de projet permet d’évaluer le degré de réussite possible et la faisabilité de leur projet, et donc de décider de sa faisabilité.

– La gestion de projet permet d’avoir une vision globale mais aussi sur un plus long terme.

– Une bonne gestion de projet permet de préparer le travail et donc d’y passer souvent moins de temps que prévu.

– Une bonne gestion de projet permet d’aider les entreprises à être plus performantes, de coordonner et de maximiser les ressources, de s’assurer que les objectifs fixés sont atteints, de guider l’équipe projet dans la réalisation de ses tâches, d’aider à respecter les délais imposés et le budget alloué.

Une bonne gestion de projet permet de faire des économies. Ce qui en ces temps difficiles aiderait les entreprises à améliorer leurs performances, à augmenter leur part de marché et à aller vers l’international.

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