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Pesticides, irrigation avec des eaux usées, traçabilité en attente… : Des indices révélateurs de l’absence de l’État

17 septembre 2018 à 0 h 10 min

Les scénarios se répètent et se suivent. Pour des problématiques déjà connues et identifiées, il faut à chaque fois que des catastrophes éclatent au grand jour ou que des difficultés surgissent dans certains chantiers ou projets pour que les pouvoirs publics se penchent sur tel ou tel dossier lié justement à la situation.

Ce ne sont pas les exemples qui manquent. Ils touchent plusieurs secteurs : de l’habitat à l’agriculture, en passant par les travaux publics, l’environnement, la santé et l’éducation.

C’est justement dans les secteurs les plus sensibles que les conséquences sont les plus lourdes et illustrent le laisser-aller et le laxisme marquant leur gestion. Les cas de choléra enregistrés cet été ont permis d’ailleurs de dévoiler au grand jour tous ces dysfonctionnements en matière de gouvernance et de prise en charge des préoccupations citoyennes.

Les cas de choléra sont l’aboutissement logique et prévisible de nombreuses causes, toutes liées au système politique, juridique et économique dans lequel nous baignons», estime à ce sujet l’expert en développement Ahmed Bouguermouh, qui lie cette situation à la disparition de la gestion mise en place dans les années 70.

«Cette gestion n’était certainement pas plus compétente, mais la discipline instaurée permettait malgré tout une certaine qualité de vie au quotidien», précisera-t-il, regrettant les dérives et les dérapages qui s’en sont suivis.

Un héritage revenu aux autorités locales, appelées à faire face à des situations délicates, à l’image des inondations, comme c’est le cas actuellement après les premières pluies de l’automne à Tébessa et à l’ouest du pays, notamment. Chaque année, en cette période, l’on se rend compte du non-respect des normes en matière d’urbanisme et de construction. Si cet exemple revient annuellement, dans d’autres situations des faits surviennent «occasionnellement» pour rappeler des priorités à prendre en charge. Des urgences qui mettent à nu les pratiques illicites et dangereuses pour la santé publique.

Dépassements

Le secteur de l’agriculture a été justement touché ces deux dernières années par de tels faits. Il y a eu la putréfaction des viandes ovines en 2016 et 2017 (durant l’Aïd) qui ont dévoilé les pratiques douteuses des éleveurs, puis la coloration artificielle des poires avec des substances chimiques, l’alerte sur la dangerosité des produits destinés à l’exportation en juin dernier, et tout récemment après l’épisode du choléra la question de l’irrigation des terres agricoles avec des eaux usées.

«La situation est connue : l’absence de l’Etat permet tous les dépassements, et c’est encore pire dans les petites villes et en milieu rural, où les appétits sont encore plus voraces et l’incompétence plus insondable», déplorera M. Bougermouh.

«On ne peut expliquer le retour du choléra en Algérie sans le relier à la gouvernance globale et locale du pays : l’absence de morale, de discipline, de sanctions (positives ou négatives), de direction et de directives conduit à la situation que nous connaissons», poursuivra notre interlocuteur, pour qui «il s’agit des conséquences du système à travers la peur de l’Etat central face à la décentralisation».

«Les collectivités locales n’ont pas les prérogatives nécessaires pour mener le combat en matière de contrôle et de préservation de l’environnement», constatera l’expert en développement local. Même conclusion en ce qui concerne la gestion des finances et de l’économie. Mais la ressource humaine reste l’une causes majeures. «l’élite nationale se rétrécit dangereusement. Les compétences, le sens de l’Etat, le sens civique, la motivation reculent et permettent les dérives que l’on connaît», résume M. Bouguermouh.

Pour ce dernier, c’est un symptôme significatif de la crise globale de l’Etat algérien. «Il est tout à fait similaire à l’affaire de la cocaïne, celle du port de Annaba… et de toutes les autres affaires qui montrent la faiblesse de nos institutions face à l’argent, les dérives de la religion, les intérêts divers», résume-t-il. Ce qui explique la panique et l’agitation qui s’est emparée de nos ministres ces derniers temps.

Agitation

Abdelkader Bouazgui, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, a justement multiplié les sorties pour tenter de rassurer, depuis l’affaire du refoulement des produits agricoles à l’exportation en juin dernier jusqu’au dossier de l’irrigation des terres agricoles avec les eaux usées. La semaine dernière, abordant cette question, il a fait état de 86 infractions d’irrigation avec les eaux usées sur une superficie de plus de 4 000 hectares, rassurant sur la qualité des produits agricoles proposés dans les marchés et précisant dans le même sillage que les auteurs ont été déférés à la justice et ont fait l’objet de sanctions sévères. Il a également rappelé l’existence d’une commission spécialisée qui suit les exploitations agricoles et qui veille à déjouer toute tentative d’irrigation avec des eaux usées, Pourquoi donc avoir attendu l’apparition du choléra pour aborder cette question et qu’a fait jusque-là cette commission ?

Si pour le ministre les services compétents des secteurs concernés au niveau local ont recours à des mesures coercitives à travers les poursuites judiciaires, les saisies des équipements d’irrigation et la destruction des cultures, souligne la même source, il reste à s’interroger aussi sur l’efficacité de tels dispositifs connaissant les lenteurs dans la mise en application des décisions de justice.

Autre exemple, toujours dans le secteur agricole : le refus des produits algériens à l’étranger (Canada et Russie) pour une question d’homologation des pesticides utilisés.

Là aussi il a fallu que des produits agricoles destinés à l’exportation soient refoulés pour qu’on daigne se pencher sur ce dossier. Et ce, en se mettant sur la défensive en parlant d’«allégations infondées et de complot» du côté de l’agriculture, alors que la Chambre nationale de l’agriculture a carrément évoqué une campagne de destablisation qui viserait l’agriculture algérienne. Heureusement que le ministre du Commerce n’a pas versé dans le justificatif. Il a annoncé de nouvelles mesures d’encadrement des exportations agricoles à mettre en place prochainement du côté du commerce.

Promesses

«On va aller vers une procédure d’encadrement de l’exportateur, il y aura un couloir annexe où il peut s’informer sur les documents et les contrôles nécessaires afin d’avoir des produits sains et exportables et sauvegarder l’image de l’Algérie», a déclaré le ministre du Commerce, Saïd Djellab, en juin dernier.

Un travail qui aurait pu être fait bien avant que l’incident ne se produise, surtout que dans le discours officiel, l’accent est mis sur la promotion des exportations hors hydrocarbures. Mais, sur le terrain, les mesures ne sont pas effectivement appliquées, mettant en doute la fiabilité et la qualité de la production nationale et réduisant ses chances d’accéder au marché international.

Et dire que les exportateurs ne demandent qu’à être appuyés et orientés ! Ce qui se fera, selon le ministre, dans le cadre la Stratégie nationale à l’export 2019-2023, qui sera soumise au gouvernement pour adoption avant la fin de l’année, parallèlement à une plateforme logistique pour les fruits et légumes, où les exportateurs peuvent prendre contact directement avec les producteurs pour réaliser des opérations d’exportation. Des promesses en attendant des solutions efficaces à des problèmes récurrents. Déjà qu’on tarde à assurer la traçabilité des produits, en dépit de son importance d’abord au plan interne…

 

Indices : 

> Selon une étude menée par l’Ecole nationale supérieure d’agronomie, la quasi-totalité des STEP existantes actuellement en Algérie ne sont pas munies d’un traitement complémentaire à l’azote et au phosphore ni de désinfection.
Elles ont été conçues pour des objectifs de qualité de rejet en milieu naturel et non pour une réutilisation des eaux usées épurées.

>Cadre réglementaire et normatif pour la réutilisation des eaux usées épurées :

La réglementation relative à la réutilisation des eaux usées épurées en Algérie comprend plusieurs textes de loi, décrets et arrêtés, et en particulier les suivants :

– Loi n°05-12 du 4 août 2005 relative à l’eau ;

– Décret n° 07-149 du 20 mai 2007 ;

– Arrêté interministériel fixant la liste des cultures pouvant être irriguées avec des EUE ;

– Arrêté interministériel fixant les spécifications des EUE utilisées à des fins d’irrigation ;

– Projet d’arrêté interministériel fixant la liste des laboratoires effectuant les analyses de la qualité des eaux usées épurées utilisées à des fins d’irrigation.

La norme algérienne NA 17683 :2014,

«Protection de l’environnement – Réutilisation des eaux usées épurées à des fins agricoles, municipales et industrielles Spécifications – physicochimiques et biologiques », qui donne les dénominations et les spécifications physicochimiques et biologiques des EUE destinées à être réutilisées à des fins agricoles, municipales et industrielles.

Elle donne aussi les fréquences analytiques et les méthodes d’essais pour l’évaluation
de la qualité des eaux usées épurées destinées
à la réutilisation.



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