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Nazim Zouioueche. Expert pétrolier, ancien PDG de Sonatrach : «Un retour des prix du pétrole au niveau de 2019 est hypothétique»

07 mai 2020 à 9 h 29 min

-Suite à l’entrée en vigueur de l’accord de l’Opep++, comment analysez-vous la situation du marché pétrolier et l’impact des réductions annoncées ? La saturation des capacités de stockage et la persistance de la pandémie de Covid-19 ne sont-elles pas un frein aux objectifs de l’alliance ?

Le marché a déjà réagi à l’annonce de la réduction de production, de l’ordre de 9,7 millions de barils par jour, décidée par OPEC++. Les prix se sont nettement ressaisis.

Il faut remarquer que la prévision était de réduire la production de 10 millions de barils par jour, mais pour garder le Mexique au sein d’OPEC++, il a fallu se contenter d’une cote mal taillée ; on a décidé de baisser de seulement 9,7 millions pour permettre au Mexique de limiter sa participation à 100 000 barils, au lieu de 400 000 barils. Ce n’est pas nécessairement un bon signal donné au marché. Le déséquilibre offre/demande reste important ; on estime que le marché n’absorbe qu’une quantité de l’ordre de 35 millions de barils au lieu des 100 millions de barils du début 2020.

La réduction annoncée, si elle est parfaitement respectée, ne diminuera le déficit que d’environ 30%, avec des stocks au niveau maximum, chacun essayant d’acheter au maximum à un prix bas en prévision d’une future reprise. Les gens ne prennent plus leur voiture, les avions sont cloués au sol et l’économie est à l’arrêt. On prévoit un retour à la situation de 2019 dans seulement 2 ans !

Effectivement, il faut que toutes les activités reprennent (nécessité de mise au point d’un vaccin) et que les stocks soient ramenés à leur niveau de 2019 pour sortir de cette situation ; cela à condition que la neutralité carbone ne devienne pas l’enjeu de l’après-pandémie. Déjà des voix s’élèvent pour réclamer une reprise avec une économie «verte» ; le fonds souverain norvégien s’interroge sur l’opportunité de continuer à investir dans les hydrocarbures. Un retour des prix du pétrole au niveau de 2019 semble hypothétique.

-La mésentente russo-saoudienne ayant conduit à l’échec des accords du 6 mars 2020 est-elle juste un incident de parcours, ou risque-t-elle de survenir de nouveau ?

La guerre pour les parts de marché déclenchée suite au ralentissement des activités provoqué par la pandémie pourrait se trouver de nouveau à l’ordre du jour.

N’oublions pas qu’en 2014 le royaume d’Arabie, pour défendre ses parts de marché grignotées par le schiste américain, a provoqué une réduction des prix du pétrole, qui a ramené les prix d’un niveau de l’ordre de 100 dollars le baril à environ 60 dollars.
Dire que nous sommes à l’abri d’une telle situation ne serait pas exact, à moins que les prix de revient prohibitifs du pétrole non conventionnel ne l’écartent du rôle central qu’il occupe depuis presque une décennie. Le pétrole conventionnel reprenant sa place d’antan.

-L’épisode inédit de la baisse dans le négatif des prix du pétrole américain peut-il se reproduire, selon vous ?

L’épisode des prix négatifs n’est pas nécessairement à écarter. Il suffit que l’économie mondiale ne reprenne pas comme attendu, et que le schiste américain se maintienne au niveau de progression annoncé en 2019, malgré son prix de revient très élevé (au moins 50 dollars le baril), et les subventions implicites, à cela peut aussi s’ajouter une tendance, qui semble se dessiner, à un meilleur respect des accords de limitation du réchauffement climatique. Cette pandémie a tellement changé la donne que la situation d’après est difficile à imaginer aujourd’hui.

-Quel serait, selon vous, le prix d’équilibre des prix du pétrole pour l’Algérie, en comparaison avec le prix de production du baril ?

Le prix d’équilibre pour l’Algérie est difficile à prévoir ; si les choses continuent comme par le passé, il nous faudrait un prix supérieur à 100 dollars le baril. Quelles mesures va-t-on prendre ? Tout dépend de notre réelle volonté à sortir du tout «hydrocarbures».
Il faut, en tout cas, ne plus nous focaliser sur le prix du pétrole, mais plutôt sur le prix de revient qui est le seul paramètre que nous pouvons maîtriser. Il nous faut connaître ce coût au fur et à mesure pour mieux le contenir ; cela passe par la mise en place dans les meilleurs délais, d’une comptabilité adéquate pour connaître ce coût en temps réel.

-En plus de la baisse des prix du pétrole, l’Algérie pourrait être pénalisée par la baisse des prix du gaz, mais aussi par la perte de parts de marché en Europe. Qu’en pensez-vous ?

Effectivement, le prix du gaz lié au prix du pétrole entraîne une baisse du prix de vente. En tout cas, pour nous il est nécessaire de réfléchir à d’autres solutions pour maximiser nos revenus provenant de la vente de gaz, tout en sauvegardant nos parts de marché, surtout en Europe du sud avec laquelle nous sommes liés par trois gazoducs. Par ailleurs, le torchage du gaz doit être réellement prohibé comme le prévoit la loi. Ce gaz récupéré servira soit pour le marché national, soit pour l’export.

Il nous faut aussi prendre toutes les mesures adéquates pour une exploitation optimale de nos gisements. On doit noter qu’au-delà des répercussions sur l’environnement du gaz de schiste, son prix de revient prohibitif rend son exploitation très problématique.

Entretien réalisé par  Zhor Hadjam



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