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Les entreprises algériennes s’inquiètent des coûts engendrés par la nouvelle organisation et de la crise qui les guette

L’industrie algérienne à l’ère du Corona

29 juin 2020 à 10 h 02 min

Plus dure sera la reprise. Les industriels algériens se préparent à vivre avec le coronavirus, mettant en place des mesures d’adaptation aux exigences de lutte contre la pandémie de Covid-19 (distanciation sociale, port obligatoire du masque, désinfection périodique des lieux  de travail et dispositions de décontamination de la matière première). Ils s’inquiètent notamment des coûts engendrés par la nouvelle  organisation et de la crise qui les guette. Certains y jouent leur survie.

Comment reprendre la production à l’ère de la distanciation physique ? Combien de temps pour que les choses reviennent à un niveau normal ?

Comment faire respecter les règles de distanciation et supporter les coûts qu’elles engendrent sur la longue durée ? Ce sont là quelques unes des interrogations qui taraudent les chefs d’entreprises.

Une chose est sûre : le confinement et la fermeture des commerces ont eu des retombées néfastes sur certains secteurs économiques. Mis à part les produits agroalimentaires de première nécessité (farine, semoule, huile, sucre…) et certains produits pharmaceutiques, la baisse de la consommation s’est répercutée négativement sur les secteurs industriels.

Ali Hamani, président de l’Association des producteurs algériens de boissons (APAB), explique que bon nombre d’entreprises ont choisi de fermer leurs usines durant la période de confinement, s’appuyant sur leurs stocks pour approvisionner le marché.

Le fait est, explique-t-il, que la fermeture des commerces a entraîné une baisse de la consommation qui a poussé les entreprises à réduire leur production.

En moyenne, les producteurs de boissons ont opté pour une baisse de rideau pendant une période de 15 jours. «C’est qu’en l’absence des restaurants, des cafés et des fêtes, la consommation de boisson baisse de manière drastique», explique M. Hamani.

Aucun secteur n’a été épargné. Dans le secteur pharmaceutique, et comme le souligne Abdelouaheb Kerrar, représentant de l’Union nationale des opérateurs en pharmacie (UNoP) et directeur des laboratoires Biopharm, les unités de production dans leur grande majorité n’ont pas cessé de fonctionner, même si elle ont vu dans certains cas leur activité réduite du fait de la baisse de la demande sur certains produits à cause de la crise.

Ce secteur a néanmoins été affecté indirectement par un ensemble d’éléments qui ont conduit à restreindre le rythme ordinaire de la production. Abdelouahed Kerrar explique : «Nos entreprises, de par la nature de leur activité, c’est-à-dire fournir des produits pharmaceutiques aux professionnels de santé et, in fine, aux malades, devaient coûte que coûte assurer la continuité de leur activité. Cela tenait à l’impérativité du maintien de la ‘‘supply chain’’ afin de recevoir nos matières premières importées et locales.»

«Le climat d’urgence sanitaire prévalant à l’échelle mondiale a entraîné des restrictions généralisées sur les approvisionnements en matières premières et, par là même, certaines augmentations des prix des matières premières qui, ajoutées à celles du taux de change, mettent à mal les finances de nos entreprises», commente-t-il.

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Les opérateurs pharmaceutiques ont dû faire face à plusieurs challenges, en pleine tempête sanitaire, pour assurer l’approvisionnement du marché. D’abord, souligne le président de l’Unop, il a fallu veiller à ce que les conditions de fonctionnement des usines soient assurées en respectant les dispositions prises par les autorités afin de lutter contre la pandémie.

Ensuite, il fallait continuer de livrer les pharmacies de manière régulière malgré le couvre-feu. «Ces actions, souligne Abdelouaheb Kerrar, ont nécessité au-delà des actions vis-à-vis de nos partenaires un grand effort de concertation et de coordination avec les pouvoirs publics mais également les associations du secteur, comme le Snapo.»

Et de poursuivre : «Nous pouvons, sans exagérer, dire que si la crise sanitaire n’a pas été marquée par des perturbations sur le marché pharmaceutique c’est principalement grâce au fait que notre pays a fait le choix de développer une jeune industrie pharmaceutique qui produit aujourd’hui plus de 50% des besoins des Algériens.»

Nouvelle normalité

Dans les usines, distanciation physique, masques et gels deviennent la nouvelle normalité. Cette crise sanitaire a obligé les chefs d’entreprise à acquérir de nouveaux réflexes.

N’ayant pas stoppé les machines pendant le confinement, l’industrie pharmaceutique a dû très vite s’adapter à la situation sanitaire en repensant sa manière de travailler.

«Nos entreprises, affirme encore Abdelouahed Kerrar, ont été appelées, dans un contexte d’urgence, à prendre des mesures afin d’assurer la sécurité des collaborateurs et partenaires, ce qui a été notre première priorité».

«Pour ce faire, poursuit-il, nous avons mis en place des protocoles d’hygiène et de sécurité stricte (contrôle de température à l’accès, habillement, règles de nettoyage des zones de travail, traitement des cas suspects de contamination, etc., nous avons aménagé les horaires de travail pour répondre aux règles de confinement, nous avons assuré le transport de tous nos collaborateurs compte tenu de la suspension des transports publics et développé le télétravail chaque fois que cela était possible», explique M. Kerrar.

Dans les faits, la distanciation sociale a obligé les gestionnaires à doubler les dispositifs de transport du personnel, ne prenant en charge que 12 personnes en dépit des 25 places disponibles.

Dans les unités de production pharmaceutiques notamment, il a été créé des «sous-groupes» de 3 ou 4 personnes, qui ont pour instructions de ne pas se côtoyer.

«Le fait est que, dans une usine, si l’un des employés tombe malade, il risque de contaminer l’ensemble du personnel. Aussi avons-nous choisi de créer ces sous-groupes afin de mieux gérer les mises en quarantaine, si besoin il y a», précise M. Kerrar.

Télétravail

Récemment, les cantines ont rouvert dans certaines usines pharmaceutiques, mais au lieu des deux heures habituels de pause déjeuner, le repas s’étale sur trois heures, en raison des règles de sécurité.

Et puis, il y a une multitude d’autres dispositions supplémentaires, comme la décontamination des matières, la mise en congé des personnes à risques et autres mesures d’hygiène.

Les entreprises ont également mis en place un système de télétravail pour les métiers qui peuvent s’y adapter. Mais le problème réside dans le fait que ce télétravail n’est pas encadré juridiquement.

«Si un malheur arrivait à l’employé, il n’est pas protégé car il est dans l’illégalité. C’est aujourd’hui l’occasion d’entamer une réflexion pour doter le télétravail d’un cadre juridique», plaide M. Hamani.

Le directeur des laboratoires Biopharm souligne qu’il s’est avéré que certains éléments sont très efficaces en pratiquant le télétravail. «C’est donc un mode de travail que nous comptons adopter même après la crise sanitaire», glisse-t-il. Quid de la reprise économique et industrielle ?

Le cas de l’Algérie est particulier du fait que les entreprises souffraient déjà, après une année 2019 «très compliquée», selon les mots du président du Forum des chefs d’entreprise, et font face actuellement à un triple choc : crise sanitaire, crise politico-économique héritée de «l’ancienne gouvernance» et baisse des prix du pétrole.

Mohamed Sami Agli estime qu’il est difficile de quantifier les pertes enregistrés par les entreprises algériennes à cause de la crise sanitaire, mais il se veut optimiste, considérant que la reprise industrielle se fera crescendo (lire l’entretien).

«La situation est inimaginable !»

Il apparaît néanmoins patent que pour les pme le choc sera plus rude.

Pour Boualem Merrakech, président de la Confédération algérienne du patronat (Cap), «la situation est inimaginable !» et nécessite une prise en main à travers «un protocole de travail» qui serait une sorte de «plateforme permettant aux entreprises de gagner sur la fatalité».

«Le monde entier a été à l’arrêt, dit-il, l’économie mondiale est coincée. Nous sommes pour une mise en place d’une ligne de conduite.

Il est clair que la santé des Algériens passe avant toute chose et que l’opérateur doit offrir tous les moyens à ses employés. Ceci dit, on sait que l’on remportera la bataille contre le virus, mais l’on ne sait pas ce qu’il sera des autres combats à mener», affirme le président de la Cap.

Il plaide pour la mise en œuvre d’une commission mixte, composée des représentants des pouvoirs publics et des opérateurs, pour définir les difficultés, les démarches et les orientations relatives à la reprise des entreprises. Il est important d’agir, selon lui, pour que «la blessure ne soit pas trop profonde».

La création de cette commission, qui devrait mettre en place des cellules de veille et de suivi, permettra une application méthodologique des décisions prises. «S’adapter à la crise, ce sont des techniques qui doivent être complétées par des actions constantes et régulières.

Au niveau des grands ensembles où il y a une grande masse qui se croise, des préventions particulières sont à prendre et il faut impliquer un respect des actions prises.

C’est cette commission qui va échanger pour créer les dispositifs nécessaires. Avec cette approche, nous pouvons partir d’un pied sûr», dit Boualem Merrakech.

Abdelouahed Kerrar, quant à lui, pense qu’il est trop tôt aujourd’hui pour évaluer l’impact de la crise sanitaire sur la production, car la crise n’est pas derrière nous, même si la situation s’améliore.

«Nous sommes frappés par le contraste entre, d’une part, la volonté clairement affichée des plus hautes autorités à soutenir et développer ce précieux tissu industriel et la persistance, d’autre part, d’un immobilisme bureaucratique incompatible avec les objectifs tracés par le gouvernement», lance-t-il, en faisant référence à près de 600 produits pharmaceutiques fabriqués localement qui sont en souffrance d’enregistrement depuis presque deux ans et vont être incinérés. A ses yeux, l’impact de la bureaucratie est bien plus néfaste que celui de la pandémie. 



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