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Industrie de l’électroménager

L’Eniem en quête d’une ultime bouée de sauvetage

03 décembre 2020 à 10 h 46 min

«Ce n’est pas de gaieté de cœur que l’on a fermé l’entreprise», nous a affirmé hier le PDG de l’Eniem, Djilali Mouazer, au cours d’en entretien téléphonique. Une commission ministérielle s’est rendue au siège de la direction de l’entreprise où elle a rencontré le 1er responsable de l’Eniem pour s’enquérir de la situation.

Considérée jadis comme l’un des fleurons de l’industrie algérienne naissante, l’entreprise Eniem de l’électroménager (Tizi Ouzou) a du mal aujourd’hui à relever la tête. Mardi dernier, des centaines de travailleurs de l’usine de Oued Aïssi sont sortis dans la rue pour éructer leur colère contre une fermeture «technique» de l’entreprise pendant un mois.

Faute de matière première, la direction de l’entreprise décide d’arrêter, encore une fois, la production pour envoyer ses 1700 travailleurs en «chômage technique», sans doute l’une des plus emblématiques et la plus grande en termes d’effectifs dans la région de Tizi Ouzou, qui souffre déjà d’un désinvestissement criant depuis de nombreuses années.

«Ce n’est pas de gaieté de cœur que l’on a fermé l’entreprise», nous a affirmé hier le PDG de l’Eniem, Djilali Mouazer, au cours d’en entretien téléphonique. Et pour cause, certains parmi les manifestants qui sont descendus dans la rue font porter le chapeau à la direction de l’entreprise.

Ce que rejette catégoriquement Mouazer, qui attribue cette action «au manipulations politiques et syndicales». Notre interlocuteur qui rejette ainsi l’idée d’un « échec personnel» affirme, en réponse au mécontentement des travailleurs, que ceux-là devraient percevoir un salaire de pas moins de 70% de ce qu’ils touchaient en temps normal.

Ce qui lui fait dire que ces derniers ne devraient pas être très deçus du fait que les retenues sur salaires pour raison de prêts ou autres ne seraient pas non plus concernées durant ce moins d’arrêt technique de l’entreprise.

Le premier responsable de l’Eniem préfère plutôt se concentrer sur l’origine de la crise et mettre ainsi le doigt sur la plaie afin d’identifier le vrai problème que traverse son entreprise depuis maintenant plusieurs années.

D’abord, et pour mieux évacuer tous les nuages qui planent sur ce fleuron industriel des années 1970, il affirme que pour sortir «définitivement» de l’ornière, les pouvoir publics se doivent de faire un effort pour le soutien de cette entreprise. «Nous avons un vrai projet de développement», a-t-il lancé à qui veut bien l’entendre.

Il rappellera dans la foulée que l’usine a des équipements qui datent de plus de 50 ans. Aujourd’hui, ces machines ont plus que jamais besoin d’être renouvelées. Mais, toujours selon lui, sa situation financière est des plus chaotiques. L’Eniem croupit sous des dettes qui s’élèvent à pas moins de 600 milliards de centimes.

Et c’est justement là, semble-t-il, la source de tous ses problèmes. Pour mieux assurer sa défense contre ses pourfendeurs qui le tiennent pour premier responsable dans cette situation que vit l’entreprise, il arbore son argument de poids : «Quand je suis arrivé, j’avais déjà trouvé une dette de 600 milliards !»

Il s’agirait ainsi d’un niveau de dette dont l’entreprise a eu du mal à se défaire durant toutes ces années alors que le pays a engrangé des milliards de dollars à la faveur d’une embellie du marché pétrolier.

Elle traîne cette dette comme un boulet… Et c’est ce que la Banque extérieure d’Algérie (BEA) ne veut plus devoir supporter à l’avenir, si l’on s’en tient aux déclarations de notre interlocuteur. «Nous avons reçu un écrit de la part de la BEA qui refuse de nous accorder de crédit à cause du montant de la dette qu’elle considère trop élevé», nous a affirmé le Pdg d’Eniem.

Aussi, la matière première est elle aussi bloquée en sous-douane pour une question de délai d’autorisation qui a expiré. Y aura-t-il possibilité de lever l’interdit ? La question reste ouverte car, selon notre interlocuteur, le déblocage de la marchandise va permettre de reprendre l’activité aussitôt et mettre fin au chômage technique pour encore deux ou trois mois.

Pas plus. C’est dire à quel point la difficulté que rencontre l’Eniem reste un vrai casse-tête qu’on ne peut donc évacuer au travers d’une simple mesure d’autorisation quelconque, y compris de la part de la banque tant que le problème fondamental, à savoir le type de modèle de développement, reste entier et oublié dans les tiroirs des bureaux de ministres qui en ont la charge.

Aujourd’hui, de quoi il s’agit au juste ? L’entreprise, tel un navire en détresse, joue sa survie dans un contexte économique et de concurrence pour le moins cruel.

Djillali Mouazer déclare : «On ne veut pas de compression d’effectifs», même s’il concède que l’entreprise est en net sureffectif avec ses 1700 travailleurs. Mais pour maintenir la tête hors de l’eau, il demande carrément l’intrevention des pouvoirs publics.

Pas de réponse de la bea

Le gouvernement n’est-il donc pas au courant de la situation ? Le pdg affirme avoir informé les autorités de tutelle de la fermeture prochaine de l’usine pour les raisons sus-citées. Jusqu’ici, notre interlocuteur n’a enregistré que la réponse de la BEA qui lui a signifié la fin de non-recevoir de la demande de crédit.

Les pouvoirs publics sont-ils en train d’examiner ce dossier ? En attendant la réponse, Mouazer estime les besoins de financement et d’investissement de l’entrepriset à quelque 15 milliards de dinars.

Il affirme à ce propos que si jamais les pouvoirs publics étaient intéressés, le projet de développement est fin prêt pour essayer de lancer un programme de rénovation et d’innovation des produits Eniem.

Le gouvernement est-il intéressé, ou a-t-il, lui, d’autres projets en secret pour ce rescapé, ce miraculé, du secteur industriel public de l’ère de l’économie planifiée livré pieds et poings liés à l’impitoyable concurrence des géants étrangers qui ont pignon sur rue en Algérie à la faveur du lancement du privé dans l’industrie de montage sous l’ère Bouteflika ?

Car, de quelque bord qu’on puisse aborder le sujet, il va sans dire que l’ouverture de l’économie a sonné le glas de cet électroménager national (cuisines, frigos, climatiseurs…) qui a cédé petit à petit devant la concurrence, le plus souvent déloyale il faut le dire, en plus des méfaits d’une gestion en décalage total avec l’esprit de l’économie de marché.

Mouazer nous assure que son entreprise a perdu de grandes parts de marché. «Nous étions à 60% de parts de marché avant les années 2000, nous en sommes à moins de 10 actuellement», affirme-t-il.

Et d’enchaîner : «Nous ne pouvons pas concurrencer les Chinois et autres mastodontes…». L’ouverture du CKD au privé a eu raison de cette industrie qui n’a finalement pas eu le soutien escompté de la part des pouvoirs publics.

Les pesanteurs et autres forces d’inertie qui grèvent l’acte de gestion du secteur public économique d’entraves multiples ont fait le reste. S’agissant de l’Eniem, la multiplication des points de vente dans certaines grandes villes d’Algérie n’ont pas encore donné la preuve de leur efficacité commerciale.

Aujourd’hui, la BEA ne veut plus faire face à un problème qui s’éternise et les pouvoirs publics qui ont encouragé l’entrée du privé dans l’industrie du skd-ckd en récoltent aujourd’hui les fruits. Le gouvernement va-t-il mettre la main à la poche encore une fois ?

En a-t-il déjà les moyens, à l’heure où les finances publiques se raréfient ? Et la BEA jouit-elle de la même solidité financière avec la chute des revenus des hydrocarbures ?

L’état d’urgence sanitaire à cause de la pandémie a aggravé la difficulté en ayant un impact sévère sur l’usine. «Nous avons perdu quelque 3 milliards de chiffres d’affaires depuis mars dernier, ce qui représente plus de la moitié de notre chiffres d’affaires annuel de l’année dernière», conclut le PDG de l’Eniem.

A l’heure où nous mettons sous presse, le premier responsable nous a informés qu’une commission ministérielle s’est présentée au siège de la direction de l’entreprise pour s’enquérir de la situation : «Un compte rendu leur a été fait sur ce qui a amené la fermeture de l’entreprise conformément au règlement intérieur.

Et nous leur avons expliqué qu’il n’ y a pas de syndicat au sein de notre entreprise depuis longtemps. Et puis, ils ont dit qu’ils ont pris note».


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