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Mahfoud Kaoubi. Economiste : «Le recours au financement extérieur sera inéluctable dans 18 mois…»

22 novembre 2020 à 10 h 46 min

L’économiste Mahfoud Kaoubi analyse les faiblesses de la loi des finances 2021 à la lumière des choix trop risqués faits par l’Exécutif alors que la situation, aggravée par la crise de la pandémie et son corollaire, la récession mondiale avec toutes les incertitudes qu’elle comporte, exigeait plutôt plus de rigueur dans sa conception et une franche volonté de mettre le holà aux multiples foucades sans lendemain.

– L’Algérie a le don de vivre dans le présent si l’on en juge par les dernières mesures contenues dans le projet de loi de finances 2021, adopté mardi dernier par l’APN. Il n’y a absolument rien qui pourrait conforter l’idée qu’une solution est recherchée à la crise de notre système économique…

Le projet de loi de finances 2021 se distingue par la primauté du volet budgétaire sur celui réservé aux dispositions législatives destinées à transformer les rigidités structurelles à l’origine des déséquilibres qui caractérisent les différentes sphères de l’économie nationale.

En dehors des dispositions de nature fiscale, ce projet se singularise par un manque remarquable de dispositions annonçant, comportant ou traitant des réformes tant annoncées, mais malheureusement à chaque fois reportées. Indispensables, ces réformes si elles ne sont pas menées de façon volontaire, le seraient sous l’observation des institutions monétaires internationales et avec des conditionnalités très sévères sur le plan social, plus particulièrement.

Par ailleurs, les hypothèses ayant servi pour la confection des projections se caractérisent par un optimisme notoire qui risquerait d’être remis en cause par une réalité économique aussi bien nationale qu’internationale marquées par des incertitudes justifiant de suivre une démarche plus prudente que celle adoptée par l’Exécutif.

– Les déficits budgétaires et de la balance des paiements sont tels que le pays semble avoir épuisé tous les recours avant de devoir se diriger vers l’option qu’on a cherché pourtant à éviter tout au long de ces dernières années. L’endettement extérieur semble inévitable, et ce, à court terme…

Les déficits, budgétaire et celui de la balance de paiement se creusent et s’installent dans la durée. Leur part dans le PIB devient de plus en plus significative, pesante et peu recommandable.

Le déficit budgétaire annoncé pour 2021, malgré des hypothèses optimistes en matière de recettes, représentera 13,75% du PIB pour un montant avoisinant les 2700 milliards de dinars. Le déficit du Trésor pour la même période se chiffrera à 3600 milliards de dinars soit plus de 17% du PIB et risque d’accroître significativement le niveau de l’endettement intérieur.

Celui-ci ayant connu une accélération forte et atypique depuis les quatre dernières années après épuisement des ressources que permettait le Fonds national de régulation des recettes. Le déficit de la balance des paiements annoncé pour 2021 s’élèverait, selon les prévisions de la loi de finances 2021, au montant de 3,6 milliards de dollars, soit -2,7% du PIB.

Nous rappelons que le déficit prévisionnel de la balance des paiements pour 2020 (LFC 2020) se chiffrerait à 18,83 milliards de dollars, soit -14,2% du PIB. Il risquerait d’être relativement plus important à la clôture de l’exercice actuel.

Une telle réduction serait une performance plus que souhaitable, seulement il est recommandé de signaler qu’elle est loin (la réduction) d’être réaliste si nous considérons, d’une part, le niveau incompressible de certains postes de produits importés et leurs renchérissements sur le marché mondial (pourtant, l’Exécutif table sur une réduction de 10% du volume des exportations et surtout de 20% en valeur pour l’année 2021) et, d’autre part, un marché des hydrocarbures marqué par une compression de l’offre et une concurrence de plus en plus rude (le projet table sur un niveau de prix moyen de 45 dollars le baril et une augmentation des exportations de 10% en volume).

Enfin, un montant de 5 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures est un objectif qui a de faibles chances d’être atteint.

L’endettement extérieur est un choix exclu pour le moment, du moment que réserves de change existantes le permettent. La question devrait être nuancée et abordée de façon plus sereine, permettant à l’analyse de la rentabilité des projets, aux opportunités que peut offrir un financement – qu’il soit intérieur ou extérieur – d’avoir une place dans le débat.

Dans tous les cas et si la dégradation de la situation financière extérieure continue au même rythme que celui observé ces quatre dernières années, le recours au financement extérieur sera inéluctable dans 18 mois dans les meilleurs des cas.

La question alors serait surtout : dans quelles conditions nous irons négocier des crédits, et ce, aussi bien en matière de montant, de délais ou de taux d’intérêts ?

– Pensez-vous sérieusement que le financement monétaire reste la meilleure manière de faire face à la rareté de la ressource financière lorsque l’on connaît les contrecoups à enregistrer sur le pouvoir d’achat des Algériens ?

Après avoir épuisé toutes les possibilités offertes pour le financement du déficit (Fonds de régulation des dépenses, emprunt obligataire, affectation des bénéfices et réserves de la Banque d’Algérie, financement non conventionnel…), l’annonce pour 2021 est de financer le déficit par les instruments de la politique monétaire.

Ceci ne change pas sensiblement des instruments antérieurement utilisés. Emission de bons du Trésor, réintroduction du réescompte des titres par la Banque d’Algérie, ou encore réaménagement une nouvelle fois des dispositions de la loi sur la monnaie et du crédit pour permettre un financement plus expansif du Trésor public, nous serons toujours dans un financement monétaire, soit un recours à l’endettement.

En l’absence de réformes sérieuses et rapides et avec l’utilisation des mêmes outils de la gouvernance actuelle, ceci se traduira certainement par des poussées inflationnistes de plus en plus sensibles.

– Jusqu’où pourrait dégringoler la valeur du dinar compte tenu du déséquilibre macro-économique du pays et quelles sont les conséquences possibles sur les entreprises et les ménages ?

L’accélération des déficits et la dégradation des indicateurs macro et microéconomiques annoncent d’une certaine façon la perte de compétitivité de l’économie nationale par rapport aux autres économies du monde.

Considérant les rigidités actuelles qui caractérisent la sphère de l’économie réelle, le retard dans la mise en œuvre des réformes et la très grande dépendance de l’économie algérienne aux revenus des hydrocarbures, le dinar connaîtra une sensible dépréciation sur les très courts termes. Ceci ne manquera pas de renchérir aussi bien les biens que les services, tant pour les entreprises que pour les ménages.

Les équipements, les intrants, les biens et les services couteront plus cher. La consommation, l’épargne, ainsi que l’investissement seront sensiblement affectés, l’emploi aussi

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