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Le Pr Nour Meddahi s’exprime sur l’asphyxie financière qui touche le pays : «Injecter des liquidités par la BA est inévitable»

09 août 2020 à 9 h 50 min

La grave crise financière que vit le pays est surmontable mais les «défis qui attendent le pays nécessitent un large consensus politique à construire (…)».

L’appel est de Nour Meddahi, professeur des universités, lancé dans une longue contribution que nous avons reçue sur les mesures à entreprendre afin de sauver le système bancaire qui est «au bord de l’asphyxie». «La crise politique et l’absence d’une assemblée d’élus du peuple compliquent davantage la situation et empêchent les débats sur la crise économique», souligne-t-il.

Il est impératif aujourd’hui, soutient l’économiste, «d’injecter des liquidités par la Banque d’Algérie à travers la distribution d’un dividende exceptionnel de la BA au Trésor provenant de ses provisions, ou par la planche à billets (directe ou indirecte), ou les deux». L’économiste estime qu’il n’y a pas d’autres options en sus de la restauration de la confiance en commençant par la publication des chiffres économiques réels.

Le manque de liquidités dont souffre la finance nationale proviendrait de quatre raisons principales. Meddahi cite le déficit de la balance des paiements, la structure des prêts bancaires (les sociétés du secteur public empruntent beaucoup auprès des banques, à très long terme et avec des périodes de grâce de remboursement.

Ce type de prêt ne devrait pas être du ressort des banques mais des marchés des capitaux), le montant de l’argent hors circuit bancaire est très élevé et l’investissement massif dans l’infrastructure dont la rentabilité est faible à court terme. «Sous Bouteflika, le pays a massivement investi dans l’infrastructure (routes, barrages, logements, écoles, universités) et sur fonds propres».

L’économiste souligne une série de mesures à prendre par la Banque d’Algérie et par le gouvernement. A commencer par une baisse du taux de réserve obligatoire (TRO) des banques. «Les banques sont tenues de déposer auprès de la BA (contre une rémunération de 0,5%) un pourcentage (dit TRO) des dépôts dans leur compte.»

Chaque pourcentage libérera un montant proche de 110 milliards de dinars de liquidités. L’économiste propose également de reprendre la baisse du dinar. «Un élément de premier ordre dans la réduction du déficit de la balance des paiements est la valeur du dinar. Il est très surévalué étant donné les montants des déficits externes… La baisse du dinar par rapport au dollar doit reprendre et se faire de manière graduelle pour que son impact sur l’inflation soit lissé dans le temps, comme ce fut le cas entre 2014 et décembre 2015.»

Troisième action à entreprendre par la BA est l’opération d’open market ou les banques commerciales prêtant de l’argent à court terme. «L’open market est l’outil moderne le plus important pour la gestion des liquidités et c’est celui qui permet le mieux la transmission de la politique monétaire d’une Banque centrale, car les taux pratiqués sont très proches du taux directeur de la Banque centrale.»

Une opération qui doit être accompagnée par d’autres, comme celle de réescompte ou de refinancement des prêts d’une banque par la BA. Sans omettre le financement du Trésor par la BA, toujours à travers des prêts directs ou indirects. «L’épisode de la planche à billets de l’automne 2017 est bien connu… Entre novembre 2017 et janvier 2018, la BA sous la gouvernance de Loukal a imprimé 6556 milliards de dinars, inondant le marché bancaire de liquidités et neutralisant les outils de politique monétaire mis en place par son prédécesseur, en particulier l’open market… La BA vient de faciliter le financement du Trésor à travers les banques commerciales…

C’est donc de la planche à billets via les banques commerciales, alors que l’épisode de 2017 fut un financement direct de la BA au Trésor… Maintenant, il faut regarder les choses en face. Que la BA prête de l’argent au Trésor directement ou indirectement est secondaire. Le problème n’est pas économique mais politique», estime Meddahi en suggérant que le Président n’aura aucun mal à nommer un gouverneur qui rééditera la politique menée en octobre 2017 et janvier 2019.

«Quelle politique économique veut le Président ?»

Ce qui importe, dit-il, c’est «de savoir quelle politique économique le Président compte mener, à commencer par la consolidation des déficits interne et externe, et les réformes économiques qu’il veut lancer, en particulier celles qui seront impopulaires.

Veut-il comme son prédécesseur continuer le statu quo et livrer le pays au FMI ou veut-il mener le redressement économique du pays ?» L’économiste considère qu’un mode opérationnel adéquat serait de «définir la trajectoire des déficits du Trésor au cours du mandat du Président et de fixer les montants maximums de création monétaire par la BA pour chaque mois à venir sur cette période. Tout le reste est secondaire. Il est essentiel que ça soit le Président qui prenne les engagements et non pas le Premier ministre, car ce dernier peut avoir sa fin de mission à tout moment». Le gouvernement se chargera, quant à lui, de réduire les déficits de la balance des paiements, de refinancer les prêts bancaires et établir un moratoire pour les entreprises publiques, de mettre les mauvais crédits dans une entité à part.

Il s’agira également de démonétiser l’économie en favorisant les moyens de paiements scripturaux et le m-paiement, de fusionner Algérie Poste et Mobilis pour faire une banque postale, notamment une banque spécialisée dans le m-paiement. Le gouvernement pourra aussi inciter à l’émission d’obligations attractives, à l’innovation financière par les banques publiques. «Le lancement par deux banques publiques de produits financiers compatibles avec la charia est à saluer, même s’il ne faut pas s’attendre à des miracles à court terme.

Ce sont principalement les dépôts à vue qui vont aller vers ces produits. Plus généralement, collecter 1% du PIB (200 milliards de dinars) pour ces produits la première année serait un excellent résultat», note le spécialiste des questions financières, qui appelle au recours à d’autres produits modernes utilisés ailleurs.

Entre autres suggestions, l’économiste incite à attirer des fonds étrangers à travers des investissements et souligne, au sujet de l’endettement extérieur, que les seuls prêts à obtenir seraient des emprunts à des taux très élevés et à des maturités très courtes, ce qui étranglerait le pays dans quelques années. «Nous pensons qu’il faut d’abord réduire les deux déficits et aussi ramener le dinar à sa vraie valeur, avant d’emprunter sur les marchés des capitaux internationaux, ce qui paraît inévitable à terme.»



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