Le marché de l’automobile déstabilisé par les quotas d’importation | El Watan
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Le marché algérien de l’automobile a perdu la splendeur qu’il avait du temps où les concessionnaires pouvaient importer sans compter dans l’unique souci de satisfaire une demande estimée à environ 2,5 millions de citoyens largement solvabilisés par les hausses de salaires octroyées en 2015, les revenus tirés des activités commerciales et, bien entendu, les crédits à la consommation généreusement accordés aux bas revenus.

Le marché de l’automobile déstabilisé par les quotas d’importation

13 février 2017 à 10 h 00 min

La compétition commerciale, qui se pratiquait du temps où les importations n’étaient pas soumises à restriction a, comme on le sait, pris subitement fin en 2016, depuis que le gouvernement, financièrement mal à l’aise, mais aussi et surtout, contraint de garantir à la firme française Renault la vente des véhicules montés dans son usine d’Oran, a décidé de soumettre les concessionnaires automobiles au régime des quotas.

Il faut, en effet, savoir qu’en 2016, seules 226 licences d’importation avaient été octroyées à une quarantaine de concessionnaires qui n’avaient pu importer que 98 400 véhicules au total, soit 201 600 unités de moins que l’année précédente. On en avait importé 300 000 en 2015.

Le quota de l’année en cours est de 50 000 unités.
Il est en deçà du quotas global octroyé en 2016 du fait de l’érosion de nos réserves de change et, bien entendu, de la volonté du gouvernement algérien de protéger la production de l’usine Renault d’Oran, qualifiée un peu trop pompeusement de production nationale, qui promet de mettre sur le marché 55 à 60 000 véhicules cette année.

C’est dire l’importance de la restriction de l’offre globale qui ne couvrira, dans le meilleur des cas, qu’environ 20% de la demande solvable en dépit des fortes hausses de prix qui disqualifieront de toute prétention d’achat une large partie de la clientèle potentielle (classes moyennes paupérisées).

Gérer la pénurie

Restreints à des quotas d’importations nettement inférieurs à la demande, les concessionnaires automobiles en sont aujourd’hui réduits à «gérer la pénurie» avec tous les désagréments causés à une clientèle habituée à davantage d’égards en matière d’accueil, de choix, de prix, de régime de garantie et de service après-vente. Le marketing, autrement dit, l’attrait de la clientèle au moyen du rapport qualité-prix, n’est en effet nulle part pratiqué et, comme au temps des sinistres monopoles d’Etat, la pratique du «à prendre ou à laisser» tend, comme on a pu le constater dans tous les showrooms algérois que nous avons visités, à se généraliser.

Ce retour quasi général aux pratiques monopolistiques est malheureusement accompagné par une entente sur des prix fixes et non négociables (comme au temps du monopole de la défunte Sonacome) très préjudiciables aux clients.

La concurrence, qui avait prévalu durant les années fastes, a totalement disparu. Le choix des marques proposées à la vente est restreint, avons-nous constaté dans les showrooms en attente désespérée de nouveaux arrivages et l’accueil que nous ont réservé les agents commerciaux n’était guère chaleureux, sans doute parce qu’ils n’avaient pas grand-chose à vendre.

Estimant leurs marges bénéficiaires insuffisantes et leurs gains globaux en net déclin, les concessionnaires hésitent en effet à opérer des réductions de prix au profit de leurs clients, préférant ainsi vendre à prix fermes et non négociables. On se demande alors à quoi l’introduction de nombreuses marques d’automobiles a bien pu servir, étant donné que les clients ne tirent plus aucun bénéfice de ce qui s’apparente à une mascarade concurrence.

L’entente commerciale, pourtant prohibée par la loi sur la concurrence, est de surcroît souvent pratiquée, mais aucune voix des responsables expressément chargés de veiller à sa bonne application (ministère du Commerce, Conseil national de la concurrence, Associations de protection des consommateurs etc.) ne s’élève pour mettre fin à ce type de malversation. L’indifférence des autorités concernées a même ouvert la voie à des comportements encore plus répréhensibles de certains concessionnaires qui, par appât du gain, n’assument même plus leurs obligations contractuelles pour ce qui concerne notamment la garantie et le service après-vente, bien souvent octroyées à la tête du client comme des faveurs et non pas comme des obligations contractuelles.

Parfaitement conscients que les acheteurs lésés ne saisissent que très rarement les tribunaux, certains concessionnaires n’hésitent plus à se dérober de leurs obligations contractuelles en leur faisant payer très cher des prestations relevant pourtant clairement du régime de la garantie.

Flambée des prix

Les prix des véhicules neufs disponibles dans les halls d’exposition mal achalandés ont véritablement flambé, même si les commerciaux que nous avons interrogés estiment à juste raison que les concessionnaires n’en sont pas la cause. Les hausses vertigineuses des prix constatées ces trois dernières années ne sont effectivement pas l’œuvre des concessionnaires mais celle des pouvoirs publics algériens qui ont dévalué au minimum de 20% la valeur du dinar par rapport au dollar américain et soumis les véhicules neufs à toute une panoplie de taxes dépassant, dans certains cas, de moitié la valeur économique du véhicule

La restriction aussi subite qu’importante des importations de véhicules a évidemment ouvert la voie au marché informel qui se développe un peu partout dans le pays et dont on peut déjà observer les showrooms improvisés sur les trottoirs et parkings de nombreux quartiers d’Alger. Des véhicules flambant neufs de diverses marques directement importés ou acquis dans des conditions troubles auprès de concessionnaires, qui déclaraient pourtant être en rupture de stock, vous sont proposés à des prix excessifs mais avec des avantages que les concessionnaires ne peuvent pas vous offrir (disponibilité immédiate du véhicule, transfert de propriété effectué auprès de l’APC dans l’heure qui suit l’achat, service après-vente personnifié,  etc.).

La restriction de l’offre provoquée par l’octroi de quotas d’importation de véhicules neufs nettement inférieurs à la demande nationale a, comme on a pu le constater, exacerbé «l’esprit de monopole» qui, sous l’effet d’une pénurie désormais effective, n’a pas tardé à se réinstaller sur le marché de l’automobile.

Certains concessionnaires vont même jusqu’à vous présenter l’acquisition d’un véhicule pourtant très chèrement payé comme une faveur qui, par conséquent, ne saurait vous ouvrir droit aux avantages concurrentiels qui distinguent un marchand d’un autre (qualité de l’accueil, réductions de prix, formules de garantie et de service après-vente plus avantageuses, etc.). Un concessionnaire automobile domicilié à Bir Mourad Raïs nous apprend que du temps où l’importation de véhicules était libre, sa société se permettait d’accorder de fortes remises, notamment à l’occasion des Salons de l’automobile et des achats groupés formulés par de grandes entreprises et institutions publiques. «Pourquoi voulez-vous que je fasse des remises de prix ou des faveurs commerciales, puisque je n’éprouve aujourd’hui aucune difficulté à vendre le peu de véhicules qu’on m’a permis d’importer», nous affirme-t-il, sur un ton, mêlant à la fois, amertume et satisfaction.

Pas d’issue dans l’immédiat

En visite dans un showroom situé à Alger-Centre, un citoyen, visiblement désabusé par le niveau exagérément élevé des prix et le choix restreint de véhicules proposés à  la vente, pose à l’agent commercial qui l’avait accueilli la question de savoir pourquoi les citoyens algériens ne seraient pas autorisés à acquérir le véhicule de leur choix directement dans le pays où ils sont fabriqués ?
Ils seraient, dit-il, certains de faire d’importantes économies et d’obtenir de meilleures conditions de garantie, en faisant jouer la concurrence effective qui prévaut dans ces pays producteurs de véhicules.

C’est une possibilité qui est en réalité offerte aux citoyens résidant en Algérie, mais la difficulté de la mettre en œuvre réside dans le fait que les banques algériennes n’autorisent pas les transferts en devises pour ce genre de transaction. Pour importer directement son véhicule, il devra se débrouiller de la devise sur le marché parallèle où les taux de change sont si prohibitifs qu’ils ôtent toute chance de faire des économies sur le prix final de l’automobile acquise.

Le seul avantage que l’importation directe peut effectivement lui offrir est le choix du véhicule et sa disponibilité immédiate.
Cette morosité, qui caractérise actuellement le marché de l’automobile, court évidemment le risque de s’exacerber dans les prochaines années, en raison d’une offre qui se réduira sans doute encore plus, du fait du déclin de nos réserves de change.

Le marché d’occasion dopé par les ventes massives opérées par les classes moyennes paupérisées et l’arrivée prochaine d’un nombre important d’automobiles qui sortiront des usines de montage en projets (Peugeot, Volkswagen, Hyundai, Nissan, etc.) pourraient atténuer quelque peu le déséquilibre entre l’offre et la demande qui prévaut actuellement en Algérie, mais on est encore loin de cette échéance. Les conditions générales d’équilibre du marché n’étant pas réunies, il n’est évidemment pas permis d’espérer un retour prochain au bénéfique régime de la concurrence.


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