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lundi, 30 novembre, 2020
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Kamel Benkhabecheche. Economiste, conseil en investissements sur les marchés financiers : «Le financement du déficit budgétaire doit se faire via le marché de la dette»

21 novembre 2020 à 10 h 58 min

– Cela fait 11 mois que le gouvernement est en place, mais concrètement il n’y a rien qui a été fait. On tourne en rond. Pourquoi cela ne démarre pas ?

On tourne en rond depuis plusieurs décennies, rien de nouveau. C’est juste que cette fois-ci, c’est plus perceptible.

Plus précisément, dans le domaine économique, tant que vous avez la même politique au niveau budgétaire (déficits récurrents hors normes) et monétaire (planche à billets), vous ne pouvez pas avoir d’investisseurs.

L’investissement a besoin de visibilité (inflation contenue, une monnaie stable, etc.). L’une des clés est dans la politique conjoncturelle (budgétaire et monétaire).

Quand vous donnez une stabilité à votre monnaie, les investisseurs auront intérêt à faire du business/ investissement, et les ménages à épargner (ce qui est bon pour le financement de l’économie, la balance commerciale), etc.

– Qu’est-ce qui fait qu’on n’arrive pas à mettre en place les mêmes ingrédients, qu’on n’arrive toujours pas à éradiquer le marché noir du change ?

Concernant le marché parallèle, il y a plusieurs volets :

– Les gens ont des besoins : financer leurs études à l’étranger, faire du tourisme, acheter des médicaments introuvables en Algérie, etc. Si la Banque d’Algérie répond à cette partie de la demande, les gens n’iront plus au square Port Saïd, voire moins.

– Est-ce que les réserves de change peuvent répondre à la demande qui va au Square ? A mon avis, «la production industrielle» de dinars est le moteur du marché parallèle.

Le cercle vertueux serait une maîtrise des dépenses publiques et donc du déficit budgétaire.

Le financement du déficit budgétaire doit se faire via le marché de la dette et non pas via la Banque d’Algérie(planche à billets). Toute augmentation de dinars entraîne une augmentation de la demande de devises.

En parallèle, la Banque d’Algérie, à l’image des grandes Banques centrales de la planète, devra (via les taux directeurs et/ou via les opérations Open Market) gérer la quantité de DZD sur le marché.

Toute pression sur les réserves de change devrait entraîner un retrait de dinars du marché monétaire (augmentation des taux, vente de titres du Trésor détenus) et inversement.

  Quand vous arriverez à atteindre cet équilibre, le marché parallèle aura de moins en moins de demande et, ainsi, l’écart entre les deux taux de change tendra à disparaître.

Progressivement, les non-résidents n’auront plus intérêt à aller au Square pour vendre leurs devises, ils le feront par le canal officiel : impact positif sur la balance des paiements.

Règle de base : plus vous imprimez des DZD, plus vous alimentez la demande de devises et donc le marché parallèle.

Le gouvernement mise pourtant beaucoup sur le financement monétaire du déficit budgétaire qui est important.

Il n’a pas le choix :

1)- les Banques n’ont pas de cash ;

2)- les particuliers ne veulent pas acheter les bons du Trésor (à raison, vu le niveau d’inflation actuel et à venir). Que reste-t-il ? La planche à billets ou l’emprunt international ?

– Pouvez-vous être plus explicite ?

Quand un gouvernement a un déficit, il émet de la dette (bons, obligations). Cette dette est achetée par des souscripteurs (banques, compagnies d’assurance, fonds de pension, particuliers).

Ainsi, le déficit est financé par de l’argent existant, qui a été épargné : point positif pour la stabilité de prix. Dans le cas de l’Algérie, les banques souffrent, elles n’ont pas de liquidités.

Le cash hors circuit bancaire dépasse les 32% de la masse monétaire (c’est énorme). Il reste les particuliers, mais ces derniers ne semblent pas disposés à investir dans les titres du Trésor public. Dans ce cas, il ne reste que deux possibilités :

– emprunter à l’étranger ;

– la Banque centrale imprime des billets (planche à billets) et souscrit elle-même à la dette de l’Etat.

C’est ce qui a été fait à partir de 2017, la Banque d’Algérie détient actuellement 6500 milliards DZD de dettes du Trésor.

Problème : vous avez beaucoup de DZD en circulation, c’est ce qui crée de l’inflation, un écart entre le taux de change officiel et parallèle, etc.

Dans le PLF 2021, vous avez un déficit de 3600 milliards de dinars (solde global du Trésor).

Concernant le financement, si vous mettez de côté le dividende de la Banque d’Algérie, les deux autres sources de financement citées : 1)- financement via les fonds propres de la Banque d’Algérie & 2)- financement via le réescompte des crédits bancaires correspondent à la «planche à billets» (argent créé pour l’occasion).

D’ailleurs, tout le financement se fera via de l’argent de la Banque d’Algérie, même le dividende qui devrait être de 1500 milliards DZD.

– Selon le raisonnement que vous développez, on finira tôt ou tard, même plus tôt que prévu, de frapper à la porte du FMI, même si le gouvernement a exclu cette voie ?

A fin septembre 2020 (voir situation mensuelle de la Banque d’Algérie), il restait environ 50 milliards de dollars (réserves de change). Tôt ou tard, ce montant sera épuisé (2 à 3 ans au mieux).

A ce moment-là, comment faire ? Il faudra forcément faire appel à l’emprunt international. Contrairement aux DZD, on ne peut pas imprimer des euros, des dollars, etc.

– Et si les prix du pétrole reprenaient en 2021 à la faveur de la reprise de l’économie mondiale…

Reprise économique mondiale ? Cela va être compliqué pour les pays développés. La Covid-19 va laisser des traces : endettement public, chômage, faillites, etc. Les gouvernements outre-mer sont très inquiets, à juste titre.

D’après les prévisions, ils ne devraient retrouver le niveau de production d’avant-Covid-19 que dans 2 à 3 ans, au mieux !

Pour les années à venir, l’Algérie va devoir raisonner en termes de production, création de richesse économique, capital humain, etc, au lieu de prix du pétrole, réserves de change, etc.

– Comment créer de la richesse alors que l’investissement est presque au point zéro ?

La question est plutôt : pourquoi il n’y a pas d’investissement ? A titre d’illustration, si on regarde les Investissements directs étrangers (IDE nets sur la période 2000-2019) pour les 3 pays d’Afrique du Nord (Algérie, Maroc et Tunisie), les résultats sont édifiants : en moyenne 3% du PIB par an pour le Maroc et la Tunisie, 1% pour le cas de l’Algérie.

Si on enlève les investissements dans les hydrocarbures, il est probable qu’il ne reste pas grand-chose!!

– La croissance est annoncée à 4% pour 2021 dans le contexte de crise que connaît le pays (déficit budgétaire abyssal). Comment cela est-il possible ?

Malheureusement, la croissance de l’économie algérienne est étroitement liée au prix du pétrole. Même si le PIB du secteur des hydrocarbures représente moins de 20% du total, il a un impact considérable sur le reste de l’économie (recettes en devises, recettes budgétaires).

A titre d’illustration, sur les deux dernières décennies (années favorables), la croissance annuelle moyenne du PIB a été de 3,5%, comparativement à 2,3% sur les deux décennies précédentes (1980-2000).

En effet, lorsque le prix du pétrole est favorable, l’Etat dispose de plus de ressources budgétaires (commande publique), les entreprises peuvent plus facilement importer leurs consommations intermédiaires (inputs) et le secteur bancaire dispose de plus de liquidités (dépôts du secteur des hydrocarbures).

Dans le contexte actuel, les 3 paramètres (ressources budgétaires de l’Etat, liquidités bancaires et la disponibilité des devises) sont en souffrance.

On peut donc estimer que 4% est une hypothèse de travail optimiste. Depuis 2006, le taux de croissance du PIB n’a jamais atteint 4% (3,8% en 2014), depuis 2017, on est plus autour de 1%.

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