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Brahim Guendouzi. Professeur d’économie : «Le changement de billets de banque est une opération risquée»

03 mars 2021 à 11 h 04 min
  • La BA a annoncé une hausse de la masse monétaire dans l’économie  et dans le secteur de l’informel, comment expliquez-vous cette évolution dans une situation de crise ?

Les indicateurs monétaires publiés par la Banque d’Algérie font effectivement ressortir une hausse relative de la masse monétaire (M2) en 2020, qui peut être expliquée par le relâchement des conditions d’octroi du crédit par les banques en faveur des entreprises dans le contexte de la crise sanitaire (abaissement du taux directeur de la Banque centrale à 3%, réduction du TRO de 12% à 2%, assouplissement des règles prudentielles applicables aux banques) d’une part, et par l’alourdissement du déficit budgétaire public de l’ordre de 13,2% du PIB, d’autre part.

En revanche, il y a une contraction importante du PIB de près de 6,5% en 2020, ce qui va entraîner nécessairement une pression inflationniste, dont les manifestations sont déjà palpables.

Par ailleurs, on constate une hausse de la quantité de monnaie hors circuit bancaire (circulation fiduciaire) du fait de l’omniprésence d’un secteur informel tentaculaire, mais également de l’apparition de la thésaurisation en ces temps de pandémie. La conjugaison de l’ensemble de ces éléments risque de fragiliser encore plus l’économie nationale déjà en récession, et rendrait plus complexes les mesures d’ajustement.

  • Comment expliquez-vous l’échec des autorités, qui ont à plusieurs reprises tenté de bancariser les grosses sommes d’argent se trouvant hors circuit bancaire ?

Il y a tout d’abord les difficultés à drainer l’épargne des ménages dans les circuits bancaires pour des raisons diverses, dont certaines sont inhérentes au système bancaire lui-même, qui n’a pas su attirer les épargnants (produits bancaires attractifs, insuffisance du nombre d’agence, niveau de rémunération des dépôts à terme, etc.) mais aussi à des facteurs comme la confiance en la banque ou à l’éthique religieuse. D’ailleurs, les nouveaux produits de la «finance islamique» lancés récemment n’arrivent pas encore à attirer un grand nombre d’épargnants. Ensuite, le secteur informel détient des montants élevés hors circuit bancaire, une sorte de trésorerie informelle sous-jacente à des activités économiques importantes dans des secteurs dominants, tels la distribution, l’agriculture, le BTP et le commerce extérieur (importation pour la revente en l’état). Le problème est là : qui contrôlent ces activités ?

  • Toutes les solutions qui ont été essayées n’ont pas donné de résultat, y compris le lancement de la finance islamique. Pourquoi le gouvernement n’a pas décidé alors d’opter pour le changement de billets de banque, qui pourrait constituer une vraie solution et une thérapie de choc salvatrice pour une économie gangrenée par l’informel, qui constitue un sérieux blocage pour le développement du pays et menace sa sécurité ?

La question du changement de billets de banque est en apparence une solution séduisante par rapport aux fuites importantes de l’argent des circuits bancaires et de la position de force sur le plan monétaire du secteur informel en général.

Mais attention ! La monnaie, c’est très sérieux. Les conditions politiques, économiques, sociales et institutionnelles qui prévalent actuellement en Algérie, ainsi que la situation sécuritaire régionale  ne militent pas pour l’efficacité d’une telle solution et ce serait une option risquée, plus problématique encore par rapport à la nature du problème que l’on souhaite résoudre.

Aussi, la voie à suivre est celle des réformes des structures économiques en profondeur, car comme disait un économiste au XIXe siècle, la monnaie n’est qu’un voile !

Tant que le pouvoir politique ne valorise pas le travail, ne cultive pas la transparence et que les règles de la gouvernance restent telles quelles, il serait difficile d’aller au-delà de ce qu’il y a aujourd’hui. Et pourtant, nous avons de nombreuses expériences à méditer, comme celles, par exemple des pays de l’Europe de l’Est qui sont sortis en un temps record du système de planification centralisée et ont réussi leur transition vers l’économie de marché. 


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