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Mohamed Sami Agli. Président du Forum de chefs d’entreprise (FCE)

«La pandémie a révélé la capacité de résilience des entreprises algériennes»

29 juin 2020 à 10 h 01 min

– Quelles sont les répercussions de la crise sanitaire sur les entreprises algériennes ?

A l’instar de tous les pays du monde, la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 a eu un impact négatif sur l’économie mondiale en général et sur les entreprises en particulier.

En Algérie, la crise est particulièrement aiguë car, en plus du coronavirus, elle est aggravée par l’héritage de l’ancienne gouvernance.

Le fait est que l’année 2019 a été extrêmement compliquée pour les entreprises, on peut même affirmer qu’elle a été «une année blanche», pour ne dire une «année noire» car nous tenons à rester positifs malgré tout.

Ce fut donc une année difficile dans la mesure où la crise sociale et politique a eu un impact direct sur le fonctionnement et l’activité économique des entreprises.

Avant cela, les entreprises subissaient de plein fouet la crise des ressources financières qui a démarré en 2015 et atteint son point culminant en 2018 et 2019.

Au moment où les choses commençaient à s’améliorer, où nous observions une légère relance économique en janvier 2020, grâce à la reprise de la confiance due à l’élection d’un nouveau Président à la tête de l’Etat algérien, la crise de la Covid-19 survient avec son lot de conséquences néfastes pour les entreprises.

Cela est amplifié par la baisse historique des prix du pétrole, affichant pour la première fois des prix négatifs. Jamais nous n’avons vécu pareille situation. Pour répondre à votre question : avec tous ces facteurs, l’entreprise algérienne ne peut qu’aller mal.

– Comment s’adaptent les entreprises algériennes aux exigences d’hygiène et de protection sanitaire ?

Il y a des pays qui ont privilégié la vie économique, d’autres, dont l’Algérie fait partie, ont choisi de donner la priorité à la vie des citoyens.

Au sein du Forum, nous appuyons le choix de mettre la santé publique avant toute chose. Néanmoins, le fait est que nous travaillons aujourd’hui avec les fournisseurs au ralenti et que beaucoup de secteurs ont été grandement impactés par cette situation.

Il y a des entreprises qui se sont battues pour maintenir leur activité, mais cela leur a été difficile en l’absence des transports publics (toutes les entreprises ne peuvent pas assurer ce service pour leurs employés) et la libération d’une partie des personnels…

Plus vite le déconfinement aura lieu, mieux ce sera pour l’activité économique et industrielle. Il est à savoir que cela aura un coût pour les entreprises.

Celles-ci doivent changer leur méthode de travail, elles doivent s’équiper afin d’assurer les règles d’hygiène exigées par les institutions sanitaires, mettre en place des systèmes et tout ce qui va suivre en matière de distanciation sociale. Le port du masque est obligatoire et sera la nouvelle normalité au sein de l’entreprise.

Il est à espérer que les prix vont baisser, car avec des tarifs qui frôlent les 100 DA pour des masques qui valent en 10, les employés lambda ou les Pme, déjà en difficulté, ne pourront pas en supporter les coûts sur la longue durée.

C’est un équipement avec lequel nous devons désormais apprendre à vivre. C’est la raison pour laquelle, au Forum, nous avons lancé deux initiatives pour trouver une solution à ce problème.

La première, en coordination avec le département de la Formation professionnelle, consiste à offrir, à titre gracieux, 5 millions de masques à distribuer aux institutions publiques (dont les hôpitaux).

La seconde initiative concerne la signature d’un accord avec le ministère du Tourisme et de l’Artisanat ayant pour objet d’aider les entreprises à s’équiper et s’assurer de la disponibilité du produit.

L’action devra avoir un double impact : d’un côté, nous accompagnons les artisans qui sont des acteurs économiques in fine, avec un plan de charge, et d’un autre, nous répondrons aux besoins de l’entreprise en matière de masques à prix réduits.

C’est une opération gagnant-gagnant : les artisans auront du travail et les entreprises bénéficieront de masques de qualité et personnalisés avec leurs logos.

– Peut-on, aujourd’hui, faire des prévisions sur la reprise économique et industrielle ?

Les experts internationaux évoquent une reprise difficile partout dans le monde. Il faut au moins six mois pour que l’activité soit réellement relancée.

Je pense que cela iront crescendo. Alors oui, au début, il est facile d’arrêter l’activité, mais il est bien plus compliqué de remettre les machines en route.

Cependant, la pandémie de Covid-19 a révélé une certaine résilience des entreprises algériennes et montré une extraordinaire capacité d’adaptation. Maintenant, nul ne peut prévoir comment se passera la reprise.

Cependant, l’Algérie bénéficie d’un atout, censé être un désavantage, c’est qu’elle n’est pas insérée dans la mondialisation.

– Quels sont les secteurs ayant eu le plus à souffrir de la crise sanitaire ?

Le BTPH est certainement celui qui eu le plus à en souffrir. C’est la raison pour laquelle le Président a choisi de déconfiner ce secteur en premier lieu. Ceci est très cohérent : les chantiers sont partout.

Il y a aussi les services, l’industrie. Cela est directement lié aux mesures décidées : vous avez un confinement, l’activité diminue de fait, en raison de la fermeture des commerces et du couvre-feu.

Et puis, il y a un maillon d’intervenants qui ont été impactés indirectement : les fournisseurs, les clients en difficultés. Au total, l’ensemble des secteurs a été touché, à l’exception peut-être des secteurs de production des produits de santé et ceux de première nécessité (farine, sucre, huile).

– On parle d’un changement de la dénomination du FCE, qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

L’idée n’est pas d’aujourd’hui, elle a déjà été évoquée en juin 2019. Nous avons voulu marquer la rupture avec l’ancienne gouvernance. D’ores et déjà, l’acronyme FCE a été abandonné, nous parlons seulement de «Forum».

C’est là une volonté de concrétiser, symboliquement, le changement qui s’opère dans l’organisation.

En ce mois de juin 2020, nous célébrons deux anniversaires : le premier anniversaire de l’élection au Forum ainsi que les 20 ans du Forum.

A cette occasion, nous avons voulu rompre symboliquement avec les anciennes pratiques qui ont porté préjudice à l’image de marque du Forum.

Bien évidemment, la décision finale appartiendra à l’assemblée générale, qui est souveraine.  Mais nous tenons à revenir à ce qui est écrit dans les statuts, c’est-à-dire que le Forum devrait s’occuper exclusivement des questions économiques.

Hélas, l’organisation a été détournée de sa vocation durant l’ancienne gouvernance. Nous veillerons à ce que, à l’avenir, elle reste une organisation apolitique au service du pays et du citoyen, se refusant d’accomplir une quelconque autre mission qui n’est pas la sienne.

Le fait est que ce pays nous a tout donné, à nous d’être à la hauteur de la «nouvelle Algérie» à laquelle nous aspirons. Le Forum se veut être une organisation patronale utile au développement économique et travaillant au service du citoyen algérien.



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