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Le marché algérien aiguise les appétits des partenaires étrangers

La France sur le qui-vive

22 octobre 2018 à 0 h 31 min

Depuis que l’Algérie, à travers l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), a, contre toute attente, décidé au début de l’année en cours de revoir sa liste de fournisseurs attitrés, la guerre commerciale du blé entre producteurs étrangers est déclarée. C’est également l’alerte rouge chez les colosses mondiaux du négoce de céréales.

L’enjeu est loin d’être négligeable : un marché d’environ deux milliards de dollars, où trônent, voilà bien des années, les céréaliers français, notamment dans le segment du blé tendre.

Laminés sous le poids des géants français, mais aussi allemands et nord-américains, ainsi que sous l’effet de la sécheresse historique que connut leur pays en 2010, les céréaliers russes semblent avoir recouvré, huit ans plus tard, la pleine forme. Ils activent actuellement à se positionner à nouveau sur le marché algérien du blé, l’un des plus grands demandeurs au monde.

Il ne pouvait en être autrement, sachant que notre pays consomme, à lui seul, 50% des besoins en blé de tout le Maghreb. En effet, voilà des semaines que ce qui s’apparente à une diplomatie d’influence est menée par Moscou.

La détermination à mettre en marche leur «rouleau compresseur» pour partager, voire ravir, une grosse part aux céréaliers français auprès desquels l’Algérie achète la quasi-totalité (98 %) des 7 millions de tonnes de blé tendre pour plus de 500 millions de dollars. Les officiels russes l’ont, d’ailleurs, maintes fois exprimé, depuis plus d’une tribune, tout récemment via le canal diplomatique.

Même si, pour le moment, il s agit juste d’un intérêt mutuel, puisque aucun accord n’a encore été conclu avec le client algérien, les Russes restent tout de même, formels : «…le blé est un marché potentiel très intéressant…. Avec le temps, on va aller vers une bonne coopération dans ce domaine», assurait, il y a quelques jours, à El Watan Economie, Alexey Shatilov, représentant commercial de la Fédération de Russie, en Algérie.

En témoignent l’échange de missions et l’intensification des discussions entre les deux pays autour de ce dossier, notamment depuis le déplacement en Russie d’une délégation algérienne du ministère de l’Agriculture en septembre dernier. Les discussions sont appelées à se poursuivre et à s’officialiser avec la visite que s’apprête, selon le diplomate, à effectuer en Algérie le ministre russe de l’Agriculture.

D’où le vent d’inquiétude qui se serait, d’après lui, emparé de la France. Or, pour ce fournisseur principal de l’Algérie, les ambitions russes ne risqueraient pas de troubler la sérénité. «Il n’y a pas de panique en France. Jusqu’ à 2017, le blé constituait le 3e poste d exportation vers l’Algérie, après l automobile et le médicament. La France demeure un fournisseur fiable.

Notre blé correspond aux besoins de l’Algérie. Les Russes ont certes augmenté leur production et amélioré leur qualité et nous en sommes conscients. Mais en termes de qualité, c’est le blé français qui répond le mieux aux critères du très rigoureux cahier des charges de l’OAIC», réplique, confiant, Denis Le Fers, chef du service économique de l’ambassade de France en Algérie lors d’une entrevue à l’Institut français d’Annaba.

A grand renfort d’arguments, le diplomate français, venu prospecter les possibilités de partenariats entre les PME/PMI de la région Est et leurs homologues de l’Hexagone, a laissé entendre que son pays ne serait pas près de s’avouer vaincu.

Enumérant un à un les facteurs plaidant en faveur du maintien du vieux partenariat commercial algéro-français dans les céréales, le diplomate était quasi formel : pour ses compatriotes céréaliers, perdre leur place de choix sur le marché algérien ou se voir détrônés par les Russes ou autres, ne risque sans doute pas d’arriver de sitôt.

«La France fait partie des grands pays producteurs et exportateurs de blé. Sa filière est reconnue pour l’excellence de sa production en blé tendre et elle est un fournisseur fiable de l’Algérie, engagé dans un partenariat de longue durée», se réjouit M. Le Fers. Mieux : à ses yeux, tout ce qui se rapporte, çà et là, au sujet de l’OAIC et son cahier des charges qui, pour des considérations politiques, seraient favorable à la France, relève de la pure spéculation, «il s’agit d’un enjeu de concurrence, donc purement commercial. La dimension politique que l’on cherche à lui attribuer est injustifiée.

L’Algérie n’achète pas une origine géographique, mais du blé en fonction de sa qualité et de son prix, selon des critères qu’elle a elle-même définis de manière souveraine», insiste le diplomate sous l’œil et l’oreille très attentifs de son compatriote Patrick Poinsot, consul général à Annaba.

Manière de dire qu’évacuer ce dossier (choix des futurs fournisseurs de l’Algérie en blé), au profit d’une politisation extrême et les lectures qui s’en font étaient inutiles.

Aussi, tient il à rappeler, «le prix des céréales n’est pas fixé administrativement, mais il est essentiellement défini par les cours internationaux en fonction de l’offre et de la demande, même s’il existe des différences de prix selon les origines, les qualités et les marges des traders».

Tout porte donc à croire que les céréaliers français ne sont pas près de rater la «moisson», mettant tout en œuvre afin de bétonner leur place et d’optimiser leur progression en Algérie, et ce, en dépit des quelques déconvenues dues aux aléas climatiques de ces dernières années.

Troisième importateur de blé

D’une valeur de 851 millions d’euros en 2015, les exportations de céréales sont passées à 625 millions en 2016, puis à 615,5 millions en 2017, avant de repartir à la hausse au 1er semestre 2018, pour atteindre 380 millions d’euros contre 232 millions à la même période de 2017, soit un bond de 63,7%, selon les Douanes françaises.

Une hausse non négligeable s’expliquant essentiellement par «l’augmentation des prix mondiaux des céréales et un effet de rattrapage grâce à un retour à la ‘’normale’’ après la baisse de production sur la campagne 2016/2017, due aux intempéries en France».

En termes de tonnage, les achats algériens de blé français ont franchi les 4,8 millions de tonnes (MT) sur les campagnes 2015/2016, (70% de parts de marché) contre 2,1Mt sur 2016/2017 (36%) et 4 Mt sur 2017/2018 (60%).

Outre les Russes, la période faste du blé français est-elle menacée par d’autres concurrents potentiels, vu que l’Algérie, 3e importatrice mondiale de blé derrière l’Egypte et l’Indonésie, est résolument décidée à diversifier ses sources d’approvisionnement ? «D’autres pays producteurs sont déjà en concurrence avec les céréaliers français sur le marché algérien.

C’est notamment le cas de l’Argentine (27% de part de marché en blé tendre sur la campagne 2017/2018), des pays baltes et des Etats-Unis, parce que leur production répond, elle aussi, au cahier des charges de l’OAIC», rétorque M. Le Fers, tout en mettant l’accent sur la sécurité alimentaire (blé tendre) en Algérie, laquelle sécurité alimentaire, dit il, constitue une priorité absolue pour la France : «Si l’approvisionnement en blé de l’Algérie est un enjeu stratégique parce que cela touche d’abord à la sécurité alimentaire des Algériens, c’est aussi un enjeu normal de concurrence entre producteurs auprès d’un client.

Si les Russes parviennent aux standards de qualité exigés par le cahier des charges de l’OAIC, la filière française sera face à un nouveau concurrent avec un poids puissant. La concurrence ne peut que motiver davantage notre filière française à viser l’excellence et le maintien de la régularité de son offre auprès de son partenaire historique qu’est l’Algérie».

Toujours dans le domaine céréalier, le diplomate s’est également félicité de la conclusion d’une joint-venture entre l’OAIC, à travers sa filiale Sapsec (Société agricole de production de semences céréalières), et la puissante coopérative française Axéréal (13 000 exploitants agricoles du bassin céréalier de la Beauce) pour le développement de la filière des semences de blé, adaptables aux caractéristiques climatiques de l’Algérie. Un premier protocole d’accord avait été signé entre les deux parties en 2013.

Le projet, relancé en janvier 2018, lors du Comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN) ayant réuni à Paris les Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Edouard Philippe, s’est mis sur rail. La finalité étant de réduire la dépendance de notre pays au blé étranger.

«Le processus de décision doit être plus clair et plus rapide»

Et si en matière céréalière la question des nouveaux fournisseurs attend d’être tranchée, dans la filière des phosphates, les Français, officiellement mis hors course pour le méga projet intégré de Oued Kebarit (Souk Ahras), ont laissé la place aux Chinois. «En ce qui concerne la transformation des phosphates, la messe est dite : ce sont finalement les Chinois qui ont été retenus par l’Algérie pour le colossal projet d’engrais phosphatés.

Les Français sont, par contre, intéressés par la fourniture des équipements, installations et technologies nécessaires», indique, avec une pointe d’amertume, le représentant de l’Ambassade de France. Une délégation de Business France pour les phosphates est d’ailleurs attendue à Alger, Annaba et Tébessa pour une mission de prospection de 4 jours (12 au 15 novembre 2018).

M. Le Fers a, par ailleurs, tenu à annoncer un important projet susceptible de donner un coup de boost aux partenariats entre les PME des deux pays : des discussions de haut niveau sont en cours dans le cadre du Comité économique mixte algéro-français (Comefa) pour la mise en place d’un fonds d’investissement franco-algérien qui sera doté, au départ, de dizaines de millions d’euros.

Proposé par le président Macron à son homologue Bouteflika, lors de sa visite d’Etat en Algérie effectuée le 6 décembre 2017, le projet pourrait aboutir dans un proche avenir. L’accord de principe déjà obtenu, une déclaration d’intention devrait être paraphée avant fin octobre courant.

Toujours au sujet de l’investissement, M. Le Fers a tenu à souligner que la France reste l’un des principaux partenaires étrangers en Algérie avec un stock de 2,6 milliards d’euros mobilisés dans différents secteurs productifs, pharmacie, automobile, transports, services financiers, énergie, etc.

En outre, le diplomate tient à souligner que les entreprises françaises installées en Algérie, entre 400 et 500 sont actives et environ 2000 sont inscrites au registre du commerce et financent leur croissance pour l’essentiel sur le marché bancaire local, ce qui est transparent pour les statistiques d’IDE.

S’agissant du climat des affaires, l’Algérie est, à ses yeux, «un marché au potentiel énorme et difficile d’accès aussi». Mais, reconnaît-il, «une fois dedans, l’on découvre un marché hautement profitable au plan financier et humain surtout».

Quant à l’efficacité économique de la très controversée règle 49/51%, M. Le Fers estime que «si les grands groupes savent s’y adapter, son application est plus compliquée pour les PME».

Globalement, conclut-il, «en matière d’investissements, les conditions sont transparentes, mais le cheminement demeure très compliqué. Le processus de décision doit être plus clair et plus rapide».


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