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Smaïn Lalmas. Expert en finances et économie : «La dépréciation du dinar intervient pour corriger des déficits»

22 décembre 2020 à 10 h 47 min

La dépréciation du dinar intervient dans une conjoncture de crise économique et financière que subit le pays depuis le recul des prix des hydrocarbures. Selon l’économiste Smaïn Lalmas, cette dépréciation est très inquiétante du fait qu’elle aura des conséquences lourdes, d’où la nécessité de mettre en place un plan d’action afin de soutenir le pouvoir d’achat des ménages et les entreprises.

– La monnaie nationale a subi une chute importante ces derniers mois, les autorités ont décidé de déprécier la valeur du dinar. Pourquoi les autorités ont-elles opté pour cette solution ?

Plusieurs termes sont utilisés pour évoquer la chute de notre dinar : dépréciation, glissement, dévaluation, mais qui conduisent au même résultat, à savoir la perte de la valeur de notre monnaie nationale par rapport à d’autres monnaies de référence.

En général, la monnaie peut se déprécier à cause d’un certain nombre de facteurs, comme la perte de confiance de la part des investisseurs et épargnants, un trop fort déficit budgétaire non maîtrisable ou d’un excédant de monnaie en circulation.

Dans le cas de l’Algérie, cette dépréciation très inquiétante intervient pour corriger les déficits très importants enregistrés depuis quelques années et que le gouvernement n’arrive pas à maîtriser.

Il faut savoir qu’en cette fin d’année 2020, l’euro et le dollar ont inscrit de nouveaux records historiques face au dinar algérien dans les cotations interbancaires officielles de la Banque d’Algérie, avec 1 euro pour 160,41 DA et 1 dollar à 132,22 DA. Pour rappel, l’euro valait en 2014 107,48 DA et le dollar à la même période était à 78 DA.

Ceci étant dit, j’avais à plusieurs reprises évoqué ce scénario, sachant que le taux de change reste dans la boîte à outils de nos différents gouvernements, souvent actionné pour amortir les chocs externes.

Finalement, en l’absence de solutions pertinentes et de changements en profondeur, la politique de change restera omniprésente dans les éléments de réponse à la crise.

– Nous supposons que les conséquences seront ressenties rapidement dans l’économie. Quel sera l’impact sur les ménages et le pouvoir d’achat ?

Effectivement, ce grave dérapage du dinar produit et continuera de produire forcément une poussée inflationniste de prix, avec un lourd impact sur le pouvoir d’achat, essentiellement sur les ménages, vu que plus de 70% de leurs besoins dépendent des importations.

Mais pas que les ménages, étant donné que les besoins des entreprises publiques et privées, qui enregistrent de faibles taux d’intégration, dépendent aussi des importations.

En plus de la dépréciation du dinar, l’économie algérienne subit de plein fouet les conséquences de l’épidémie de Covid-19, qui vient s’ajouter à la crise pétrolière et aussi à la crise politique, causant au passage la perte de centaines de milliers d’emplois.

L’Algérie fait donc face à une situation inédite avec une crise multidimensionnelle qui nécessite une prise en charge très sérieuse.

– Quelle serait la réaction des ménages face à la dévaluation du dinar ?

La consommation des ménages représente un signe de bonne santé pour une économie, d’ailleurs elle est traditionnellement considérée comme principale source de croissance, notamment pour des économies créatrices de richesses.

Par ailleurs, il faut savoir que cette consommation est souvent encouragée par un pouvoir d’achat favorable.

Mais dans la situation actuelle que traverse le pays, avec une baisse drastique de notre pouvoir d’achat, la prudence serait de mise avec une plus grande rationalité dans les dépenses, en accordant la priorité dans nos achats au produit local.

Mais cela ne suffira pas, l’Etat doit mettre en place un plan pour soutenir le pouvoir d’achat en accordant des crédits étudiés sans intérêts à la consommation, réduire les impôts, réorienter les aides sociales vers les familles les plus vulnérables ou sans revenus, développer le low cost à travers des marchés de proximité, et enfin lancer un certain nombre d’actions pouvant apaiser cette baisse du pouvoir d’achat, mais qui tardent à voir le jour.

– Les entreprises aussi devront faire face à cette nouvelle donne. Comment devraient-elles réagir ? Quel sera l’impact sur leurs projets d’investissement ?

Vous savez, l’économie algérienne est une économie fondamentalement rentière, qui contredit les lois élémentaires de l’économie où toute dévaluation en principe devrait dynamiser les exportations.

Malheureusement, beaucoup de facteurs bloquants freinent le développement de cette activité export, vers laquelle devraient se tourner un grand nombre d’entreprises, pénalisées par la baisse de régime sur le marché national.

Les événements actuels évoluent à grande vitesse, chaque cycle apporte son lot de rebondissements souvent inattendus et nos entreprises sont livrées à elles-mêmes sans aucun plan d’accompagnement du gouvernement.

Malheureusement, ce n’est qu’après coup qu’on aura une vision plus claire, plus approfondie et plus globale de la situation. Pour cela, une révision s’impose, avec une synthèse globale de la situation et un plan d’action adapté pour faire face à cette mauvaise passe.

Par contre, les conséquences de la gestion catastrophique du gouvernement des différentes crises conduite avec incompétence et perte totale de confiance, vont sûrement peser sur l’avenir des investissements en Algérie, un autre moteur de croissance qui va pénaliser toute relance économique possible. 


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