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Brahim Guendouzi. professeur d’économie

«La dépréciation de la monnaie est synonyme de baisse du pouvoir d’achat et d’inflation»

16 juillet 2019 à 10 h 00 min

– Le ministre des Finances a annoncé, le week-end dernier, la baisse des réserves de change à 72,6 milliards de dollars à avril 2019. Le rythme de la fonte des réserves de change de change est assez soutenu : 7 milliards en 4 mois. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

La baisse attendue du niveau des réserves de change signifie que les équilibres extérieurs du pays se détériorent. En d’autres termes, la balance des paiements enregistre d’année en année des déficits dans ses différents comptes, qu’il faudra dorénavant mieux contrôler. Les réserves de change sont fondamentales pour l’économie nationale car elles représentent une certaine garantie pour les partenaires étrangers. En deçà d’un certain seuil – généralement l’équivalent de trois mois d’importations – l’économie du pays serait dans le rouge.

D’où la nécessité de porter une attention particulière à ces réserves. Les chiffres annoncés par le ministre des Finances sont en soi une alerte qui laisse présager des mesures d’ajustement. D’autant plus que la conjoncture pétrolière internationale ne milite pas pour une hausse sensible des cours susceptible de relâcher la contrainte liée aux recettes en dollars du pays.

– Le ministre des Finances a annoncé également que le recours à la planche à billets est gelé et pense, en avançant des chiffres, que la situation économique du pays est «relativement confortable». Partagez-vous, en tant qu’économiste, cet optimisme de Mohamed Loukal ?

Il nous semble que le gel annoncé du recours au financement non conventionnel (planche à billets) est uniquement pour l’année 2019, puisque le ministre des Finances affirme en même temps que ce type de financement reste encore un levier important, mais non exclusif, de financement pour le Trésor jusqu’à 2022.

Une lecture attentive de la situation économique actuelle du pays fait ressortir une certaine inquiétude à court terme, soit jusqu’à 2020, en attendant la mise en chantier de réformes économiques indispensables pour remettre sur les rails une économie nationale mal au point car trop dépendante des hydrocarbures, mais aussi à cause d’une gouvernance chaotique dont les conséquences sont révélées aujourd’hui. Les pouvoirs publics sont attendus effectivement sur le projet de budget pour 2020.

Quels types d’arbitrage seront opérés eu égard au caractère non viable des finances publiques du pays ? Il y a en effet une détérioration des équilibres internes dans la mesure où il existe un fort taux d’endettement interne auquel il faudra ajouter un important déficit budgétaire. Face à cela, quelles sont les ressources financières susceptibles d’être mobilisées afin d’empêcher un processus inflationniste de s’installer dans la durée ?

D’ores déjà, la fiscalité ordinaire pourrait montrer ses limites dans la mesure où l’activité économique a subi un ralentissement au cours de cette année, d’une part, et que les grandes entreprises qui contribuent le plus au budget de l’Etat en termes de fiscalité posent un problème lié au fait que leurs dirigeants sont emprisonnés, d’autre part. Un véritable dilemme.

Par ailleurs, la fiscalité pétrolière fait ressortir ces dernières années des niveaux de faiblesse liés en partie à la volatilité des cours du pétrole brut sur le marché international, mais aussi à la chute des volumes d’hydrocarbures exportables.

Pour ces raisons il y a lieu de s’acheminer vers une rationalisation des dépenses courantes de l’Etat. D’où la nécessité d’une vision claire portant aussi bien sur la nature des objectifs à concrétiser dans le cadre du budget de l’Etat, que par rapport au volet ressources à mobiliser. En l’absence d’un consensus politique et social, il sera difficile d’opérer des changements structurels. On va se contenter de mesures de très court terme, pouvant être remises en cause à tout moment !

– Pas de recours à l’endettement extérieur ni au financement non conventionnel. Comment le gouvernement peut-il alors combler les déficits et résoudre la crise qui secoue l’économie nationale ?

La marge de manœuvre est étroite car à défaut de réformer les finances publiques, les pouvoirs publics vont mobiliser aussi bien le financement non conventionnel (puisque la loi sur la monnaie et le crédit révisée en 2017 prévoit le dispositif sur une durée de cinq ans) que l’endettement extérieur. Ce dernier commence à susciter de l’intérêt et on lui porte à nouveau une attention particulière. Jusqu’à aujourd’hui, il a fait l’objet d’un rejet en bloc. Il fallait plutôt distinguer entre les différentes sources de financement extérieur.

Si les emprunts sur les marchés financiers sont à rejeter pour des raisons évidentes (conditions draconiennes et onéreuses, délais de remboursement courts), ce n’est pas le cas pour la mobilisation de prêts auprès de sources bilatérales (prêts gouvernementaux) ou multilatérales (institutions internationales) car ils sont souvent assortis de conditions avantageuses et sont flexibles.

Il n’y a pas de raison de les refuser alors que l’économie nationale en ressent le besoin.Enfin, un gisement de financement existe dans le secteur informel. Comment en mobiliser une partie au service de la croissance économique ? Quelles garanties apporter aux acteurs de l’informel afin d’intégrer dans le circuit économique des sommes détenues jusque là de façon opaque ? Le hirak pourra-t-il contribuer à cela ?

– On parle du recours à la dévaluation du dinar, envisagée comme solution de substitution. Est-ce, selon vous, une alternative viable ? Quel serait son impact sur l’économie et sur le plan social ?

Cette solution est actuellement envisageable et pourra apporter un certain desserrement de la contrainte de financement du déséquilibre budgétaire pour cette année, en l’absence du financement non conventionnel. La modification du taux de change permet en effet l’élargissement de l’assiette de la fiscalité pétrolière et donc une amélioration des recettes budgétaires. Ceci va s’accompagner logiquement d’une modification à la hausse des prix des produits importés, que ce soient les inputs que les biens de consommation.

L’inconvénient est la perte du pouvoir d’achat ainsi qu’une pression inflationniste. Sur le plan social, ce sera une mesure impopulaire car se répercutant directement sur le niveau de vie des citoyens et même sur leur capacité à épargner.

L’avantage réside dans la contraction du niveau des importations et peut être une incitation à développer les exportations hors hydrocarbures. La question qui reste cependant posée porte sur le niveau de la dévaluation de la monnaie nationale par rapport aux monnaies étrangères (dollar et euro) ainsi que de son impact sur l’activité économique (investissement, consommation et commerce extérieur). La situation actuelle du système bancaire et financier ne risque-t-elle pas de limiter les effets escomptés d’une modification de la parité de change ? 


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