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Brahim Guendouzi. Expert économique

«La décision de diminuer le budget de Sonatrach est incompréhensible»

25 mars 2020 à 10 h 03 min

– Le gouvernement a décidé de reporter la promulgation d’une LFC-2020. Comment l’expliquez- vous ?

Le projet de loi de finances complémentaire 2020 est décalé pour des raisons de manque de visibilité sur la situation qui prévaut actuellement, que ce soit l’ampleur de la crise sanitaire, le retournement du marché pétrolier, le ralentissement de l’activité économique et la fragilisation des entreprises algériennes ainsi que les déséquilibres constatés dans les finances publiques.

Aussi, est-il indispensable de cerner autant que faire se peut l’ensemble de ces paramètres pour pouvoir établir des priorités et choisir des moyens adéquats.

Habituellement, la loi de finances complémentaire est mise en place pour le second semestre de l’année, afin de corriger des distorsions constatées ou prendre en charge certaines dépenses non prévues correspondant à des situations particulières.

Nous sommes dans cette logique, sauf que les arbitrages sont devenus plus difficiles à faire, car la phase que traverse l’Algérie actuellement est tout simplement exceptionnelle.

Par contre, ce qui est incompréhensible, c’est la décision consistant à faire diminuer le budget de Sonatrach, alors que cette dernière a besoin de plus de moyens financiers pour faire face à ses objectifs d’exploration, de production et d’exportation, dans un contexte énergétique caractérisé par une contraction de la demande et une offre abondante ainsi que des enjeux géostratégiques considérables.

– Que pensez-vous globalement des mesures annoncées par le Conseil des ministres pour faire face à la chute des cours du pétrole, et la baisse drastique des ressources de l’Etat ?

Au vu de la conjoncture économique tant dans le pays qu’à l’échelle internationale, les pouvoirs publics se préoccupent des déséquilibres de la Trésorerie de l’Etat, ainsi que des déficits du compte courant de la balance des paiements.

Il y a une réelle crainte par rapport à la détérioration du niveau des réserves de change, principale garantie vis-à-vis des partenaires économiques de l’Algérie.

Les mesures prises dans l’urgence vont être affinées au fur et à mesure, pour les rendre opérationnelles.

Les importations de marchandises et des services d’une part, et la situation des dépenses publiques par rapport aux recettes publiques, sont donc les deux chantiers que le gouvernement est amené à gérer à court terme, pour pouvoir faire face au ralentissement de l’économie nationale.

Au-delà de cet aspect, il y a aussi la question de la relance de l’investissement ainsi que la création de nouvelles entreprises afin de densifier le tissu économique.

La pandémie du coronavirus vient de nous rappeler que notre système productif est faible et en même temps fragile, car dépendant des importations de l’étranger.

Or sur le plan stratégique, la force d’une nation réside également dans sa capacité à accumuler des ressources productives qui serviront à faire face à de graves crises, comme c’est le cas aujourd’hui.

Aussi, dans le contexte actuel, l’Algérie ne pourra compter que sur elle-même, avec cependant le peu de ressources productives à gérer et face à des besoins de plus en plus importants.

– La décision de réduction du montant de la facture d’importation de 41 à 31 milliards de dollars est-elle une option réalisable ? Outre les besoins de consommation de la population, cela ne va-t-il pas créer des tensions d’approvisionnement en matières premières par exemple pour certains secteurs productifs ?

La volonté de compresser le niveau des importations de dix milliards de dollars pour 2020, afin de réduire le déficit de la balance commerciale reste un objectif qui pourrait être atteint cette fois-ci grâce à la conjugaison de deux événements.

En premier lieu, la crise sanitaire provoquée par le coronavirus a incité de nombreux importateurs algériens à reporter leurs commandes de Chine, premier fournisseur de l’Algérie, d’autant plus que les autorités chinoises ont opté pour le confinement total et ont mis à l’arrêt la plupart des entreprises industrielles.

Il en est de même pour l’Italie, troisième fournisseur, qui a également fermé ses frontières.

Globalement, les principaux fournisseurs de l’Algérie (Chine, France, Italie et Espagne) subissent de plein fouet la pandémie de coronavirus, les contraignant à annuler ou à reporter la plupart des contrats de vente.

En second lieu, le ministère du Commerce envisage de durcir les mesures de protection de la production nationale en faisant réviser le Droit de douane additionnel provisoire de sauvegarde (DAPS) en augmentant les taux et en l’élargissant à de nombreux produits.

Cette démarche nécessite au préalable une meilleure maîtrise dans la structure des importations par groupe d’utilisation.

D’ores et déjà, des réductions vont se faire dans le premier groupe en valeur composé des biens d’équipements industriels et qui ont représenté 31,8% de la facture des achats de l’extérieur en 2019.

Les baisses touchent déjà les véhicules de tourisme et les produits de téléphonie et électroménagers.

Cela concernera également le quatrième groupe relatif aux biens de consommation non alimentaire et qui était de l’ordre de 15,40% du total des importations en 2019.

Par contre, les groupes d’utilisation «demi-produits» et «biens alimentaires» ne risquent pas de diminuer du fait que les premiers sont destinés aux entreprises, dont la plupart en sont dépendantes, alors que les seconds vont à la consommation des ménages et dont les prix des principaux produits sont justement subventionnés tels que les céréales, le lait, le sucre et l’huile.

Est-il besoin de rappeler qu’une baisse de la facture alimentaire passe nécessairement par une augmentation de la production nationale supposant un important effort d’investissement dans l’agriculture, particulièrement dans les filières des céréales et du lait.

Sur un autre plan, il y a lieu d’attirer l’attention sur le risque de pénuries, si la situation de crise sanitaire perdure, parce qu’il y a rupture précisément dans les chaînes de valeur mondiales, où la Chine occupe une place centrale, en tant que premier pays exportateur dans le monde.

La solution actuellement est dans la diversification des fournisseurs, car les processus d’achat ne seront plus comme avant. Il est surtout nécessaire de veiller à une meilleure gestion des stocks des produits indispensables à la vie quotidienne des citoyens.

– Le gouvernement entend accélérer le recouvrement des impôts et taxes ainsi que les crédits octroyés par les banques publiques. Cette option légitime certes, n’est-elle pas cependant aléatoire, au regard du besoin urgent de la mobilisation des ressources ?

La question des sources de financement est devenue épineuse tant les déficits sont importants, alors que le système monétaire et financier ainsi que le système fiscal accusent des retards pour se conformer aux nouvelles réalités de l’économie algérienne.

La mise en place d’un Fonds de régulation des recettes (FRR) a fini par être dépassée. Le recours au financement non conventionnel a été arrêté par crainte de dérive sur les structures économiques.

Le financement extérieur est diabolisé sans discernement entre différents apports en devises de l’étranger. L’investissement direct étranger (IDE) est stoppé faute d’une bonne gouvernance.

Une épargne consistante est accumulée dans les réseaux de l’informel sans qu’elle soit captée.

Aussi, est-il urgent d’avoir un débat de fond sur les différents modes de financement avec une vision stratégique. D’autant plus que des réformes économiques devraient être mise en œuvre mais qui tardent à venir.

Ceci laisse en suspens d’ailleurs la préoccupation des déficits financiers des entreprises publiques, devenus en grande partie, une charge pour le Trésor.

En attendant, deux préoccupations de court terme ressortent par rapport à mobilisation des ressources financières. Il y a tout d’abord la fragilisation des banques publiques par l’existence de créances douteuses dont elles n’arrivent pas à recouvrer l’essentiel.

Il y a par ailleurs le manque d’efficacité dans le recouvrement fiscal pour diverses raisons, rendant l’apport de la fiscalité ordinaire en deçà de ce qu’il devrait être par rapport au niveau exigé des recettes fiscales.

Enfin, la Banque d’Algérie est susceptible à tout moment de faire déprécier le taux de change du dinar par rapport aux autres monnaies étrangères, particulièrement le dollar et l’euro, si la conjoncture économique venait à se détériorer encore.

C’est un aspect important dans le processus d’ajustement de l’économie nationale en cas de choc externe et de faiblesse interne.



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