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Brahim Guendouzi. Spécialiste en commerce international

«Il y a lieu de reprendre le dossier de l’accession à l’OMC pour s’inscrire dans un espace plus large»

15 octobre 2018 à 0 h 52 min

– Comment voyez-vous les relations commerciales et économiques avec les principaux partenaires, notamment en cette période de crise ?

La politique commerciale de l’Algérie, à travers les différentes phases du processus de libéralisation de son commerce extérieur, a fait que le marché national soit devenu plus attractif et des relations d’affaires se sont nouées entre opérateurs algériens et partenaires étrangers dans plusieurs domaines. Ceci a entraîné deux principales conséquences : une explosion des importations, tandis que la structure des exportations n’amorce pas de mouvement de diversification.

Les tensions induites par cette évolution, conjuguées avec la baisse drastique des revenus extérieurs suite au retournement du marché pétrolier mondial en 2014, ont conduit les pouvoirs publics à prendre des mesures contraignantes visant à contenir les importations (licences d’importation, liste de marchandises soumises au régime des restrictions à l’importation, droit de douane additionnel de sauvegarde) sont à considérer comme étant le signe de la recherche d’alternatives.

Quelle efficacité peuvent-elles avoir ces mesures dès lors qu’il n’y a pas de remise en cause ni du démantèlement tarifaire vis-à-vis de ses partenaires commerciaux, ni de la convertibilité commerciale du dinar, engagement pris avec le FMI au titre de l’article VIII de ses statuts ?

Les dernières statistiques du commerce extérieur publiées par la Douane montre que le dispositif mis en œuvre est en deçà des attentes des pouvoirs publics, car il y a une diminution timide en valeur des importations, une baisse des réserves de change et enfin un mécontentement des partenaires commerciaux de l’Algérie comme par exemple l’Union européenne du fait de l’existence de l’Accord d’association comprenant plusieurs clauses relatives à la libre circulation des marchandises.

Il est reconnu que le système des licences d’importation ainsi que les contingentements en tant que mécanismes quantitatifs ne représentent aucunement une protection commerciale optimale du point de vue des relations commerciales internationales.

C’est vrai qu’en situation de crise économique, les tendances protectionnistes s’affirment, comme c’est le cas actuellement. Mais la réciprocité est aussi une règle dans les relations internationales. Vouloir verrouiller ses importations c’est en quelque sorte porter préjudice à son potentiel à l’exportation. D’autant plus que l’Algérie a un besoin crucial en matière de diversification des produits à placer sur les marchés extérieurs.

– Quel bilan faire de l’Accord d’association Algérie-UE sachant que les deux parties ne sont pas sur la même longueur d’onde sur plusieurs questions ?

Les relations commerciales de l’Algérie avec les pays de l’Union européenne sont relativement consistantes puisque les importations du pays représentent 50% du total des achats de l’extérieur, même si ces dernières années on assiste à un fléchissement. De même que les exportations de pétrole et gaz à destination des pays européens sont conséquentes.

L’Accord d’association signé entre l’Algérie et l’Union européenne a eu pour effet d’encadrer et en même temps de dynamiser ces relations commerciales. Le démantèlement tarifaire, certes progressif, s’est fait au détriment de l’Algérie.

Les responsables algériens estiment que cet accord fonctionne dans un seul sens en défaveur de l’économie algérienne. A titre d’exemple, une évaluation de l’impact de l’Accord d’association Algérie-UE sur le commerce extérieur depuis sa signature en 2005 jusqu’à 2015 a montré que le cumul des exportations algériennes hors hydrocarbures vers l’UE n’a même pas atteint les 14 milliards de dollars sur les dix années, alors que le cumul des importations algériennes auprès de l’UE s’est chiffré à 220 milliards de dollars avec une moyenne annuelle de 22 milliards de dollars.

D’autant plus que les mesures d’accompagnement ont été timides, comme par exemple les programmes de mise à niveau des entreprises qui n’ont pas eu les effets escomptés.

– L’UE affiche une certaine inquiétude quant à sa place sur le marché algérien avec l’augmentation des échanges de l’Algérie avec d’autres pays hors de la zone euro (Chine, Russie, Turquie, certains pays arabes). Qu’en pensez-vous ?

Une diversification géographique s’est opérée par rapport aux partenaires commerciaux traditionnels de l’Algérie que sont certains pays de l’Union Européenne. C’est ainsi que de nouveaux arrivants, comme les Chinois, les Turcs, les Sud-Coréens, les Indiens et d’autres se sont bien implantés en termes de volume d’affaires et souvent au détriment des intérêts des premiers.

La concurrence des grandes firmes étrangères sur le marché algérien a fait que telle ou telle société est arrivée à s’imposer par rapport à ses avantages compétitifs. C’est à ce titre que des opérateurs chinois et turques sont omniprésents dans la confection, l’habillement, l’électroménager ainsi que le bâtiment ; les Français dans l’agro-alimentaire et les services (finances, hôtellerie, transport, etc.) ; l’Italie dans l’outillage ; les Américains et les Anglais dans le pétrole et le gaz ; les Allemands dans la mécanique et la chimie, etc. Le montage automobile par exemple se partage également entre Français, Allemands et Sud-Coréens. Enfin, la présence des firmes étrangères par nationalité est le reflet des grands équilibres de la diplomatie algérienne.

Paradoxalement pour la Chine populaire qui est arrivée à se hisser comme premier fournisseur de l’Algérie, elle occupe cependant en tant que client un rang bien éloigné du groupe de pays habituellement présents concernant les flux d’exportation.

– Des discussions sont en cours entre l’Algérie et la Russie pour l’importation de céréales russes. Quel impact sur les relations algéro-françaises ?

En Algérie, les questions agricoles et alimentaires sont traitées comme des actions relevant de la souveraineté de l’Etat. Aussi, les céréales constituent la base de l’alimentation des ménages algériens (selon certaines sources, l’Algérien consomme en moyenne actuellement 241,2 kg de céréales par an), leur importation revêt une importance stratégique dont le monopole est exercé par l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC).

Aussi, chaque année un appel d’offres international est lancé en vue de s’approvisionner pour renforcer ses stocks en blé tendre et à un degré moindre en blé dur.

Les pays gros producteurs de céréales surveillent de plus près la demande algérienne. Les exigences qualitatives et phytosanitaires du blé imposé par l’importateur, en l’occurrence l’OAIC, risquent de remettre en cause cette année la hiérarchie des offrants au profit du plus compétitif en termes qualité/prix. C’est à ce titre que les fournisseurs russes arrivent apparemment à être plus compétitifs que leurs concurrents, notamment français, traditionnellement présents sur le marché algérien.

En cas d’arbitrage quant au choix des fournisseurs, les règles de la commercialité seront-elles privilégiées cette fois-ci par rapport à une présence historique des entreprises françaises sur le marché algérien des céréales ? La compétition est aussi du côté des fournisseurs étrangers de céréales entre ceux qui voudront perpétuer leur présence sur le marché algérien porteur et ceux qui cherchent à s’implanter pour la première fois.

– Quelles sont, à votre avis, les points à prendre en charge pour réussir la politique du commerce extérieur en l’absence d’un accord avec l’OMC et d’une intégration régionale maghrébine ?

L’expérience de l’Algérie avec les Zones de libre-échange (Grande zone arabe de libre-échange et Accord d’association avec l’Union européenne) n’est pas concluante pour le moment du fait de la nature du tissu économique algérien et surtout ce sont les importations qui sont privilégiées.

La tendance actuelle va vers plus de limitation des achats de l’extérieur. Il y a lieu de reprendre le dossier de l’accession à l’OMC pour pouvoir s’inscrire dans un espace plus large mais avec plus de cohérence dans la politique commerciale extérieure, que ce qu’il y a actuellement. Il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit de préparer l’économie nationale à intégrer le système commercial multilatéral. Aussi, à moyen et long termes, il est impératif pour l’Algérie de diversifier ses exportations hors hydrocarbures. Sinon, la région maghrébine, quoi qu’on dise, constitue un espace d’échanges commerciaux à privilégier malgré les entraves actuelles.

Les Etats-Unis et l’Algérie se sont engagés depuis 2001 dans un accord-cadre sur le commerce et l’investissement (TIFA) en vue d’approfondir leurs relations commerciales. La partie américaine offre aussi le système général des préférences (SGP) au profit des entreprises algériennes exportatrices afin de faciliter l’accès de leurs produits sur le marché américain en franchise des droits de douane. Reste à la charge des opérateurs économiques algériens de savoir tirer profit de ce mécanisme incitatif.

Dans ce contexte, l’acte d’exporter doit devenir une priorité nationale. Mettre en place divers mécanismes économiques qui ont fait leur preuve dans différents pays, comme par exemple la création d’une zone franche d’exportations, la mise en place de groupements d’intérêts communs à l’exportation, la création de labels pour les produits algériens, la certification des entreprises, l’intégration des chaînes de valeur mondiales, l’accompagnement bancaire et financier à l’étranger, etc. Un effort de formation dans les métiers de l’exportation est impératif. Il y a enfin deux initiatives importantes porteuses d’opportunités commerciales à long terme dont l’Algérie a procédé à la signature des accords correspondants.

La première initiative est le gigantesque plan des nouvelles routes de la soie (Belt Road Initiative) dont l’initiateur est le président chinois Xi Jin Ping, présentant des enjeux considérables pour l’économie mondiale. C’est dans ce cadre et suite à l’accord de partenariat stratégique signé entre l’Algérie et la Chine populaire en 2014, que deux projets importants sont notamment en cours de finalisation.

Ils concernent la réalisation d’un important port (terminal à conteneurs) à Cherchell pour environ 3 milliards de dollars et un ambitieux projet d’exploitation des gisements de phosphate dans la wilaya de Tébessa avec un investissement prévu de près de 6 milliards de dollars.

La seconde initiative proposée par l’Union africaine est la Zone de libre-échange du continent africain (ZLECA) dont les objectifs sont aussi à long terme. Mais l’Algérie a intérêt à se préparer dès maintenant en incitant les entreprises à s’intéresser de plus près aux marchés porteurs de certains pays africains. 

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