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dimanche, 16 décembre, 2018
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Forte pression sur les secteurs sociaux : Les ingrédients d’une rentrée sociale difficile

10 septembre 2018 à 0 h 05 min

Depuis des mois, précisément depuis avril dernier, l’on parle au sein du gouvernement d’une rentrée sociale et économique sereine et réussie, avec la mise en place de toutes les conditions nécessaires à cet effet, conformément aux orientations du chef de l’Etat, comme ne cesse de le rappeler à chaque fois le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Nourredine Bedoui.

Ce dernier, qui a eu tout au long de ces derniers mois à présider des réunions consacrées justement à la rentrée sociale, a mis en exergue les priorités de l’heure, à savoir le développement du Grand Sud, des Hauts-Plateaux et des régions frontalières, soulignant dans ce sillage la place accordée à ces régions dans les programmes de l’Exécutif.

L’occasion est donc saisie lors de ces réunions officielles pour dresser des bilans positifs en matière de développement, étalant les réalisations menées dans chaque secteur avec des chiffres à l’appui et parlant d’«acquis grandioses» depuis 1999.

Des bilans quantitatifs, sans prise en considération des aspects qualitatifs qui sont loin d’être en adéquation avec la réalité du terrain. Et pour cause, les lacunes et les contraintes, mais surtout les distorsions en matière de développement sont toujours là. Idem pour les dysfonctionnements sectoriels, lesquels sont à l’origine d’un malaise profond.

En cette rentrée sociale, la dernière du quatrième mandat de Abdelaziz Bouteflika, les écarts se creusent, que ce soit entre les régions ou entre les populations, avec une importante croissance démographique et toute la pression qu’elle engendre sur les secteurs sociaux. Parallèlement, les difficultés s’amoncellent, rendant le quotidien des Algériens de plus en plus rude, alors que les dépenses engagées dans le cadre de différents programmes ont été importantes. Cependant, les résultats n’ont pas suivi. Les exemples sont nombreux.

Solutions temporaires

Théoriquement, il y a eu la relance des deux fonds de développement du Sud et des Hauts-Plateaux et la mobilisation des ressources financières au profit des populations de ces régions, en plus du développement des zones frontalières. Or, les conditions de vie n’ont pas connu une grande amélioration. Dans ce cadre, faudrait-il relever que le dégel de certains projets dans les secteurs de l’éducation, l’habitat, la santé et l’énergie n’a pas donné de fruits, les projets en question n’ayant pas encore été achevés et devraient encore attendre avant de voir le bout du tunnel, connaissant le rythme auquel sont menés nos chantiers.

Sinon comment expliquer le fait que la rentrée scolaire se fasse pour des milliers d’élèves dans des chalets, comme c’est le cas à Alger, alors que le gouvernement s’était engagé à réhabiliter tous les établissements scolaires avant la rentrée, marquée justement encore une fois par la surcharge des classes, un problème récurrent depuis des années, résultat de l’absence de planification. Les opérations de relogement n’ont pas été suivies par la construction d’infrastructures scolaires en nombre suffisant. D’ailleurs, parmi les solutions adoptées pour cette année scolaire, les classes en préfabriqué auxquelles le secteur a recouru dans les zones d’Alger-Est et d’Alger-Ouest, entre autres, en raison de la forte affluence de nouveaux élèves, notamment pour le cycle obligatoire.

«Une solution exceptionnelle et temporaire», selon Nouria Benghebrit, ministre de l’Education nationale. Mais qui risque de durer. Ajoutée aux autres manquements, la qualité de l’ enseignement s’en ressentira sans nul doute. Or, comme le soulignera le vice-président de la Banque mondiale (BM) chargé de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), Ferid Belhadj, dans un entretien accordé à l’APS en marge de sa visite en Algérie la semaine dernière : «Il va falloir changer, diversifier en intégrant les jeunes dans le développement économique à travers un système éducatif adéquat.» C’est le défi majeur auquel est confrontée l’Algérie.

Urgence d’un système éducatif adapté à l’économie

Autrement dit : adapter l’éducation aux besoins économiques du pays, surtout avec la pression démographique. «Quand on regarde la région MENA d’une manière générale, il y a une pression démographique qui est en train de se faire sentir de plus en plus. D’ici 2050, il y aura plus de 300 millions de jeunes à la recherche d’emploi dans toute la région. L’Algérie aura aussi son lot de pression démographique et il faudra prendre acte de cette pression.

C’est-à-dire faire que cette énergie que la jeunesse recèle soit mise à la contribution de la croissance, à la créativité et à trouver de nouvelles voies de développement économique», a précisé à ce sujet le représentant de la BM avant de poursuivre : «Nous pensons que cette jeunesse doit être servie par un effort sur les questions de l’éducation, un effort renouvelé et plus important non seulement en termes de dépenses mais aussi en termes d’efficacité de ces dépenses.»

Santé : management défaillant

C’est justement le cœur du problème, puisque la dépense publique a cessé d’être un levier de croissance pour devenir au fil du temps un système de distribution de la rente. L’impact se fait de plus en plus sentir, pas uniquement dans l’éducation, mais aussi dans d’autres secteurs aussi sensibles, à l’image de l’habitat (avec les malfaçons dans les différents chantiers et les retards de livraison), l’emploi (augmentation du taux du chômage) de la Sécurité sociale (le déficit de la Caisse nationale des retraites), l’environnement (gestion des déchets défaillante) et la santé.

Ce dernier, frappé de plein fouet par le scandale de la gestion du choléra qui a fait sa réapparition après avoir échoué à prendre en charge le dossier des résidents.

«Dans le domaine de la santé, le système algérien souffre dans sa globalité d’un management défaillant qui l’a rendu sclérosé, bloqué par une gestion publique, facteur d’inertie et de toute initiative.

La dernière loi sanitaire n’a pas apporté les mesures et les instruments devant enclencher un management moderne des structures de santé dans le sens d’une gestion efficace des ressources budgétaires allouées pour l’atteinte d’objectifs devant impliquer un développement de ce système», nous rappellera à ce sujet Lamri Larbi, spécialiste en économie de la santé, pour qui l’expérience d’une autonomie de gestion appliquée à l’EHU d’Oran depuis plusieurs années n’a pas été analysée pour identifier les facteurs positifs pour sa généralisation à toutes les structures sanitaires qui fonctionnent à ce jour avec un statut d’EPA, subissant les lourdeurs administratives du contrôle financier pour toute activité médico-économique utile à la population. Les conséquences sont là aujourd’hui.

La planification sanitaire devant être le fer de lance pour les programmes sanitaires reste à ce jour confinée à la collecte des informations sur la ventilation des structures de santé par région et de comptabilisation des effectifs par corps de métier. Dès lors, la programmation et la planification des activités médicales, selon les régions et le profil épidémiologique du pays, sont absentes dans la programmation et les plans d’action dans le domaine sanitaire.

Notre système de santé est mal géré et mal managé, de telle sorte que son efficience s’est amoindrie. Les multiples assises de la santé tenues par le passé restent des actions bureaucratiques sans la moindre efficacité, ajoutera encore notre interlocuteur, donnant deux exemples phares.

Il y a eu d’abord le dossier des internes et des résidents «très mal géré et non pris en charge», selon M. Lamri. Ce qui a impliqué des problèmes sanitaires lourds de conséquences médicales sur la population algérienne. «Plus de 8 mois de mouvement de protestation ont causé beaucoup de problèmes de santé à la population et engendré des coûts élevés à l’économie algérienne. Dommage qu’il ait été difficile pour nous de calculer le nombre de décès et d’années de vie perdues à cause de ce mouvement de protestation pour cause de grève de ces personnels.

Nous sommes convaincus que si l’administration du ministère en charge de la santé avait répondu favorablement à leurs doléances financières, les ressources dégagées seront insignifiantes par rapport au coût des décès engendrés par ce mouvement de protestation, fera remarquer l’expert en économie de la santé, pour qui le coût social et financier de ce mouvement a été très lourd pour le secteur de la santé. «L’absence de clairvoyance et de prise de décision opportune a coûté très cher au pays», résumera-t-il. Et d’aborder par ailleurs l’épineux dossier de la gestion du choléra.

Au-delà du fait qu’il s’agit du retour d’une maladie qu’on croyait éradiquée, le problème réside aussi dans la gestion d’un tel dossier. «C’est un signe fort traduisant la faiblesse de l’approche épidémiologique dans notre pays.

Par le passé, les questions épidémiologiques étaient prises en charge et traités par nos épidémiologistes de renom qui travaillent à l’INSP. Des programmes sanitaires étaient élaborés, mis en œuvre et évalués. Menée sous la direction du défunt Dr Atek Madjid, l’étude Tahina était une œuvre très utile pour les décideurs et un moyen d’élaboration des programmes de lutte contre les épidémies en Algérie», notera M. Lamri.

Pour ce dernier : «Le bon sens aurait dû guider les responsables de notre système de santé.» «Un bon niveau d’hygiène du milieu et des produits consommés (fruits, légumes, viandes…) ont un coût très faible par rapport à une prise en charge médicale des derniers cas du choléra. Les bonnes décisions n’ont pas été prises au moment opportun.»

D’où la nécessité de revoir l’actuel management de notre système de santé, d’identifier ses faiblesses et ses insuffisances et de renouveler son encadrement. Une autre question de taille qui vient marquer cette rentrée sociale en attendant du nouveau sur d’autres dossiers, à l’image des subventions de la régulation des importations et du projet de loi sur les hydrocarbures. Mais, pour le moment, la place est à l’étalage des réalisations de l’ère de Bouteflika et au soutien pour un cinquième mandat dont le dernier émane du Forum des chefs d’entreprises (FCE) loin des préoccupations majeures sur le plan économique et social.

Et ce, d’autant que dix mois après le lancement du processus de la création monétaire, il n’y a pas eu de contrepartie productive, avec les mauvaises performances des secteurs productifs (en dehors des hydrocarbures) et de la baisse drastique des réserves de change conjuguée à la dévaluation de la monnaie nationale avec toutes les conséquences sur le pouvoir d’achat et les risques inflationnistes.

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