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lundi, 19 octobre, 2020
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Brahim Guendouzi. Professeur d’économie à l’université de Tizi Ouzou : «L’unique marge de manœuvre est la diminution des dépenses en devises»

16 juillet 2020 à 9 h 15 min

-Le dernier Conseil des ministres a examiné un plan de relance économique et social. Le président Abdelmadjid Tebboune vient d’instruire le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, de préparer une rencontre, prévue à la mi-août prochain, qui regroupera des ministères, les banques, les opérateurs économiques et les partenaires sociaux. Tel qu’il est décliné, le plan en question a-t-il une chance de réussir ?

Sur le plan formel et par rapport à la date choisie (mi-août), il s’agit beaucoup plus d’une rencontre de concertation à la veille de la rentrée sociale qui, pour cette année, revêt un caractère inédit du fait de la pandémie de coronavirus, qui perdure, et ses effets sur le tissu économique.

Ce sera l’occasion pour le Premier ministre de rencontrer, pour la première fois depuis son installation, les opérateurs économiques ainsi que des partenaires sociaux, et de les rassurer sur la volonté de l’Etat de soutenir activement l’économie nationale, caractérisée justement par une contraction du PIB. Sur le fond, il sera question des modalités de reprise de l’activité économique dans les différents secteurs, particulièrement dans ceux les plus touchés par la pandémie, en l’occurrence les transports, le BTP, le tourisme, etc. Plus précisément, quelles seront les aides à mettre en oeuvre en faveur des entreprises qui vivent une situation financière peu reluisante ? Comment sauvegarder les emplois menacés ainsi que le pouvoir d’achat des ménages ? Permettre un approvisionnement régulier en inputs alors que les chaînes de valeurs mondiales sont perturbées et des frontières encore fermées ? En définitive, ce sera en priorité un plan d’action à très court terme (jusqu’à la fin de l’année 2020) dont il faudra obtenir une adhésion de tous les partenaires économiques pour en faire une réussite, laquelle conditionnera la suite des événements, c’est-à-dire le retour à la croissance économique à partir de 2021.

-Quelle est, aujourd’hui, la marge de manoeuvre du gouvernement pour sortir de la crise ?

Le gouvernement doit faire face à la fois à la gestion de la crise sanitaire, qui nécessite la mobilisation de moyens financiers considérables, mais également à une chute conséquente des revenus extérieurs, suite à la baisse des cours du pétrole ainsi que la situation qui prévaut sur le marché gazier européen, principale débouché du gaz algérien. Aussi, les équilibres macroéconomiques du pays sont menacés du fait de deux principaux déficits : budgétaire et celui de la balance des paiements. Est-il alors judicieux pour les pouvoirs publics de préconiser la prudence et d’opter pour la rationalisation des dépenses et la lutte contre les gaspillages. C’est l’occasion de mobiliser toutes les capacités productives du pays afin de se donner les moyens d’un retour à la croissance économique à partir de 2021, sinon la situation économique risque de se détériorer davantage et devenir encore plus complexe et les solutions plus difficiles à trouver. L’enjeu est important sur la question de la relance économique du fait que tous les ressorts dont dépend le fonctionnement de l’économie algérienne sont actuellement fragilisés, y compris l’état de la conjoncture économique internationale et la situation politique régionale.

-Le chef de l’Etat a parlé d’une économie de 20 milliards de dollars en 2020. Il a également assuré que les réserves de change constituent un levier important pour remettre l’économie nationale à flot. Comment cela est-il possible dans un contexte difficile où les indicateurs prêtent plutôt à l’inquiétude ?

Il est clair que l’unique marge de manœuvre pour le gouvernement réside dans une diminution des dépenses en devises se rapportant aux biens et services, qui serait de l’ordre de 20 milliards de dollars, d’après les déclarations officielles, mais dont la réalisation reste hypothétique tant les variables sont nombreuses. Il peut y avoir en plus une mobilisation d’une part rationnelle des réserves de change ainsi qu’un financement monétaire raisonnable du ressort de la Banque d’Algérie (en dehors du financement non conventionnel) pour en faire
un levier pour la relance de l’investissement, garant du retour de la croissance économique. Le plan d’action touche ici le moyen terme (horizon 2024) avec de nouvelles sources de croissance économique à cibler, comme l’agriculture, le secteur minier, l’industrie pharmaceutique, les énergies renouvelables et l’économie numérique.

Il reste entendu que la réussite d’une telle démarche, et on n’a pas le droit à l’erreur, nécessite la mise en œuvre urgente de réformes économiques touchant aussi bien le système fiscal, le système monétaire et financier et l’amélioration du climat des affaires. Certaines décisions prises dans le cadre de la loi de finances complémentaire 2020 sont positives par rapport à l’investissement direct étranger, mais nécessitent un accompagnement par d’autres mesures susceptibles de créer une nouvelle dynamique de l’investissement productif en Algérie. Un nouveau mode de gouvernance de l’économie nationale doit être alors au centre de toutes les préoccupations, car c’est la clé de la réussite.

 

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