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Arabie Saoudite, du bon sens à pousser au naufrage lorsqu’on sera le tout dernier à couler

01 décembre 2014 à 10 h 00 min

-Nicholas Sarkis, le directeur de pétrole et gaz arabes, affirme que la décision de l’OPEP de ne pas réduire sa production est catastrophique pour tout le monde : Vraiment pour tout le monde ? Pour les pays consommateurs, cette décision implique une poursuite de la baisse des cours et donc une déflation des importations énergétiques. Mais c’est un leurre de court terme, explique le spécialiste libanais. Un prix non rémunérateur du pétrole entraîne une baisse des investissements dans l’amont pétro-gazier et prépare donc la prochaine période de rareté des hydrocarbures. Et donc, par conséquence aussi la prochaine période de hausse des prix. Elle sera brutale et placera les cours encore plus haut que la courbe «naturelle» de leur évolution. Donc mauvais pour les pays consommateurs.

Autre préjudice, une baisse trop forte du coût de l’énergie fossile disqualifie tous les investissements dans les filières du renouvelable. Au moment où la planète cherche à l’occasion de la conférence de Paris sur le climat (2015) a réduire drastiquement les émissions à effet de serre, le carbone est remis à la fête avec un pétrole à moins de 80 dollars le baril. Le plaidoyer de Nicholas Sarkis se tient. En théorie. Dans les faits, les gouvernements regardent toujours en priorité le court terme. Or, une baisse importante du coût de l’énergie est un soulagement pour les balances de paiement des pays importateurs. Et ils ne retiendront pour le moment rien d’autre que cela. Le gouvernement marocain envisage même de supprimer les subventions au prix du carburant à la faveur de cette éclaircie.

Dans les faits, la non-décision de Vienne n’est pas une catastrophe pour tout le monde. Elle l’est surtout pour les pays producteurs dont le système politique est très fortement dépendant de la taille de la rente pétrolière : l’Algérie en fait partie, à côté d’autres. L’Algérie ne s’est pourtant pas engagée publiquement, comme le Venezuela par exemple, à soutenir une réduction du plafond de production de l’OPEP aujourd’hui fixé encore à 30 millions de barils/ jour sur un marché mondial en excédent de l’offre. Youcef Yousfi a prudemment prôné une «solution consensuelle», sans jamais dire à quoi s’apparentait exactement ce consensus selon lui.

Le résultat est glaçant. L’Arabie Saoudite a imposé son point de vue. Quel est-il ? Il faut laisser les prix du brut s’ajuster au niveau nécessaire pour faire sortir du marché les nouveaux venus qui ont des coûts de production élevés et qui sont les faiseurs d’excédents de l’offre. Nicholas Sarkis parle de catastrophe, car il pense que cet ajustement mettra du temps pour se produire. Et que pendant ce temps, les dégâts seront importants pour les économies des pays producteurs, mais aussi pour les grandes compagnies mondiales qui, faute de bénéfices, vont stopper leurs investissements. Un saut dans l’inconnu ? Peut-être pour la majorité. Pas pour l’Arabie Saoudite.

-à Vienne, l’Arabie Saoudite a été fidèle jusqu’au bout à sa stratégie qui fait passer la défense de sa part de marché avant le prix : Le pays a 69 ans de réserves de pétrole à hauteur de 9 millions de barils produits par jour. C’est à la fois un atout et une précarité. Car si le monde venait à se détourner encore plus vite de l’énergie carbone, ce qui est le plus que probable sur les 30 prochaines années, Riyad se retrouverait avec une richesse naturelle partiellement disqualifiée. La réduction de sa production joue contre ses intérêts de long terme.
A  condition que les prix ne passent pas en deçà d’un seuil invisible qui impacte également les comptes publics du Royaume. Riyad pense pouvoir supporter encore le bras de fer avec les autres producteurs. Et joue donc, sur le front des prix, la politique du pire.

D’autant que des prix du baril durablement élevés accélèrent l’émergence des solutions énergétiques alternatives au carbone. Un scénario également réputé combattu par Riyad qui a le plus à perdre dans une sortie rapide de l’économie mondiale du tout-pétrole. Réputé, mais peut-être bientôt pas justifié. Riyad a engagé avec des moyens gigantesques son virage vers un mix énergétique qui réduit sa propre dépendance domestique vis-à-vis de son propre pétrole. Il y a de quoi. En 2013, le royaume a consommé tous les jours trois millions d’équivalent pétrole par jour pour générer sa production galopante d’électricité dont 1 million de barils de pétrole.

Conséquence, le plan d’énergie renouvelable saoudien lancé en 2010 prévoit de produire 54 Gigawatts en 2032 à partir des énergies renouvelables, dont 41 à partir du solaire. Le programme algérien pour 2030, lui, prévoit 22 Gigawatts d’origine verte. L’Arabie Saoudite produit quatre fois plus d’hydrocarbures que l’Algérie et détient six fois plus de réserves avec une population de 20% inférieure. Mais décide d’un programme de renouvelable deux fois plus ambitieux. Riyad met, en plus, un organisme spécial, le KA Care, avec rang ministériel pour son directeur à la manœuvre pour réaliser ce programme. Pendant ce temps l’Algérie démantèle Neal et ne prévoit rien à la place. L’Arabie Saoudite déclenche une guerre des prix aujourd’hui, et se prépare à un mix énergétique de faible recours au pétrole demain. Youcef Yousfi nous doit peut-être des explications sur son «consensus».

-Ali Haddad a sans doute sauvé du pire le pronostic vital du Forum des chefs d’entreprises, pronostic engagé après le vote du quatrième mandat Bouteflika : Il a surtout révélé comme jamais auparavant à cette échelle de publicité la vassalité du monde des affaires au pouvoir politique. Pour prospérer en entreprise, il faut avoir une «connexion» avec le politique. C’est-à-dire, en Algérie avec le clan présidentiel dans son périmètre rétréci. C’est dit, assumé, revendiqué. Cette «connexion» qui permet ensuite d’ouvrir les autres portes (ministérielles, wilayales, etc.) pose pourtant pour la première fois une question nouvelle. Qui, dans la relation entre les deux pouvoirs, celui de l’argent et celui de la politique, domine l’autre ? Il y a déjà quelques années que des voix s’élèvent pour dénoncer le fait que le suffrage universel est en train de devenir captif de l’argent à l’échelle locale. Depuis le 19 juin 1965, c’est l’ANP qui décidait du choix présidentiel en Algérie. Le FCE conquis et «revampé» par Ali Haddad peut-il devenir un acteur de cet arbitrage dans les mois qui viennent ?


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