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5e mandat ou prolongation du 4e : Pourquoi les patrons tiennent-ils à maintenir Bouteflika au pouvoir ?

17 décembre 2018 à 9 h 55 min

C’est avec la certitude du résultat que les partis, les organisations satellites du pouvoir et de nombreux hommes d’affaires tentent de pousser Abdelaziz Bouteflika à prolonger le plus longtemps possible son règne, en dépit de son lourd handicap de santé.

Briguer un cinquième mandat ou seulement prolonger de quelques années son mandat actuel au moyen d’une astuce juridique, tout est à prendre, pourvu que Bouteflika ne quitte pas son poste et continue à les servir le temps nécessaire.

Qu’importe si sa maladie invalidante, qui l’a maintenu depuis plus de six années loin de son peuple, se dégrade encore davantage et que la gouvernance du pays soit confisquée par des centres de décision dépourvus de légitimité constitutionnelle.

Dans un pays où l’authenticité des résultats électoraux compte peu et où le pouvoir de l’argent tend à primer sur celui des urnes, le candidat qui bénéficie d’un puissant coup de pouce de l’Exécutif en place et des riches hommes d’affaires n’aura aucune difficulté à se maintenir autant de temps que nécessaire à son poste.

Le candidat devient même invincible lorsqu’il bénéficie de surcroît de l’appui des institutions censées garantir la légalité, comme par exemple le Conseil constitutionnel, le ministère de l’Intérieur, les corps constitués, les wilayas, les organisations de masse et les commissions de surveillance électorales, dont tous les dirigeants, sans exception, doivent leurs prestigieuses fonctions au candidat en question.

A cet ensemble d’acteurs appelés à le soutenir, chacun en fonction de ses moyens et de ses prérogatives, s’ajoute effectivement toute une légion de magnats de l’argent, sur laquelle le «candidat du consensus» peut compter pour atteindre son objectif, tout en préservant la façade démocratique et l’apparence de la légalité.

Il s’agit, on l’a compris, des richissimes hommes d’affaires, notamment ceux qui sont structurés dans les syndicats patronaux, qui ont pour particularité d’avoir très tôt déclaré leur soutien au président Bouteflika, quel que soit le mode de continuité qu’ils souhaitent (élection, dissolution de l’Assemblée nationale suivie d’une prolongation de mandat présidentiel, prolongation autoritaire, etc.).

Différents types d’hommes d’affaires seraient en effet ravis de contribuer à sa reconduite au poste de chef d’Etat, pour peu qu’ils aient des garanties d’être aidés en retour sous forme de coups de pouce, pour dédouaner dans l’opacité des marchandises, obtenir des crédits, continuer à rafler des commandes publiques, effacer des ardoises fiscales ou dissuader les juges d’appliquer à leur encontre des lois coercitives, etc. Parmi ces hommes d’affaires, on peut citer les 40 000 à 45 000 opérateurs de l’import-import, formel ou informel, qui disposent de colossales fortunes (dont une bonne part en argent liquide), qu’ils pourraient mettre, du jour au lendemain, à sa disposition.

L’argent liquide pourrait ainsi couler à flots pour financer, sans laisser de traces, les frais de la campagne électorale et les rémunérations des «baltaguias» qu’il sera sans doute nécessaire de recruter pour perturber les meetings des opposants, faire barrage à des manifestants hostiles au cinquième mandat et autres sales besognes que seuls de jeunes désœuvrés accepteraient de commettre moyennant rétribution.

On se souvient que lors de la campagne pour le quatrième mandat, les responsables de la campagne électorale du candidat Bouteflika et leurs relais l’avaient fait sans aucun scrupule. Il n’y a donc pas de raisons objectives qui leur interdiraient de récidiver cette fois encore, d’autant plus que l’objectif est resté le même, à savoir maintenir coûte que coûte le même candidat à son poste.

Les patrons prêts à contribuer sont nombreux et suffisamment bien nantis pour être généreux à son égard.
A titre d’indication, à la fin de l’année 2013, les services du Registre du commerce avaient dénombré pas moins de 50 000 sociétés privées de négoce exclusivement versées dans l’importation et presque autant d’entreprises économiques qui brasseraient, au total, une quarantaine de milliards de dollars de chiffre d’affaires chaque année.

Pour cette «fratrie» de patrons subitement enrichis, aider financièrement celui qui les a propulsés à de tels niveaux de fortune n’est qu’une juste reconnaissance à un service rendu, mais aussi, un judicieux placement qui peut rapporter gros. Pour bon nombre de patrons, les retombées économiques et financières dont avaient bénéficié certains hommes d’affaires, en retour de leur soutien au quatrième mandat, constituent une occasion à ne surtout pas rater.

«Bouteflika, c’est pour nous la garantie que les bonnes affaires se poursuivront»

Il faut ajouter à ces importateurs disposant d’un registre du commerce, la centaine de milliers d’autres qui ne sont pas déclarés (activités informelles de tous genres), mais qui accumulent des fortunes gigantesques qui échappent totalement au fisc. Les propos souvent entendus de cette caste d’affairistes se résument à ce constat froidement pragmatique : «Bouteflika, c’est pour nous la garantie que les bonnes affaires se poursuivront, sans crainte d’interruption, comme on pourrait le redouter avec un autre Président.

Il vaut donc mieux continuer avec ce Président qu’on connaît et qui nous connaît». Pour cette catégorie d’hommes d’affaires, aider Bouteflika à être réélu équivaudrait à investir dans la préservation d’un précieux soutien, avec l’assurance d’un excellent retour sur investissement.

C’est pourquoi la plupart d’entre eux ne lésineront pas sur les moyens pour financer sa campagne électorale, en dépit de son handicap, d’autant plus que sa candidature est épaulée par les cercles les plus puissants du pouvoir, un nombre incalculable de relais sociaux et médiatiques qui lui offrent toutes les chances d’être réélu.

Si un très large consensus continue aujourd’hui à prévaloir chez ces faiseurs de présidents que sont les institutions et administrations publiques, certains médias, l’écrasante majorité de la société civile et des hommes d’affaires, la seule incertitude quant à sa probable réélection reste son état de santé, que les cercles influents du pouvoir n’arrivent plus à cacher.

Si le degré de dégradation de son état physique est tel qu’il ne pourra même pas déposer sa candidature au Conseil constitutionnel, ces puissants soutiens seraient même prêts à se livrer à des acrobaties juridiques (modification de certaines dispositions de la Constitution), pour lui permettre de prolonger de quelques années son mandat présidentiel.

Un scénario d’apparence surréaliste, mais qui passera sans problème dans ce pays sans contre-pouvoir et sans réelle éthique électorale qu’est devenue l’Algérie.

 

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