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Yasmina Khadra à Oran : «Mon roman Khalil fustige l’alliance entre le racisme et le terrorisme»

24 août 2018 à 20 h 30 min

Yasmina Khadra a présenté, samedi dernier à Oran, son nouveau roman intitulé Khalil qui vient d’être publié aux éditions Casbah et Julliard. Dans une salle de conférence archicomble de l’hôtel Liberté, l’écrivain a animé une rencontre et a dédicacé son roman à des centaines de lecteurs.

Mohammed Moulessehoul (Yasmina Khadra), 63 ans, a encore une fois fait du terrorisme le sujet d’un roman en choisissant de se mettre dans la tête d’un kamikaze islamiste. Cette fiction s’inspire des attentats sanglants ayant ciblé, en 2015, le Stade de France à Paris. Le kamikaze, Khalil, 23 ans, d’origine marocaine, a vécu en Belgique, mais il n’a jamais eu le sentiment d’appartenance à ce pays, où tout semble lui signifier avec mépris qu’il n’est qu’un étranger.

Avec trois acolytes, il fait partie d’un commando qui se rend de Molenbeek (Belgique) à Paris pour ensanglanter la capitale française. Qui est Khalil ? Comment en est-il arrivé là ? «Après avoir écrit une bonne partie du récit, j’ai arrêté, en février 2016, l’écriture de ce roman, car je m’étais promis de ne plus écrire sur cette thématique.

Je voulais déserter ce sujet qui est atteint de saturation tant sur le plan médiatique, littéraire que cinématographique. Pour fuir ce sujet qui est devenu un enfer, j’ai commencé à écrire une trilogie sur le Mexique. Mais je n’ai pas pu résister à la tentation de reprendre l’écriture de Khalil pour apporter une approche inédite du terrorisme.

J’ai essayé d’apporter ma propre expérience, car ce sont des gens (les djihadistes, ndlr) que je connais parfaitement. Ma carrière dans l’armée algérienne m’a permis d’apporter une lumière sur cette nébuleuse qui nous enténèbre. Mon expérience peut aider à mieux appréhender le problème.

Durant la plus atroce tragédie qu’elle a subie, l’Algérie a été complètement isolée du monde. Mais elle a réussi à vaincre en résistant jusqu’au bout. Le but de mon roman n’est pas de dédiaboliser des gens qui ont choisi la haine, la violence extrême et le refus de l’autre. J’ai écrit ce roman pour rendre hommage à ceux qui ont choisi la sagesse», explique l’auteur.

«S’étant embarqué dans une rame bondée du RER pour faire le maximum de victimes, Khalil enclenche le dispositif de sa ceinture d’explosifs. Il appuie sur le poussoir. Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois… Il ne se passe rien. Rien ne se produit. Il n’est pas au Paradis. Il est parmi les vivants.

Bienvenue sur terre, en enfer. Et lui, qui ne voulait pas finir comme Moka, un loser qui n’a ni but ni cause dans la vie. Lui, un pétard mouillé ? Cet aléa déclenchera et installera chez Khalil un doute, une remise en cause de cet éventuel attentat meurtrier, une prise de conscience… Et s’il n’était pas le dindon de la farce, l’ingénu de cette opération.

Ce kamikaze qu’on fait  »blaster » à distance, sans consulter son avis», ces passages résument la trame du roman. «Je suis absolument persuadé que ceux qui ont décidé d’aller vers la mort se posent la question s’ils iront réellement au Paradis ou s’ils ne feront que partir en fumée», insiste Yasmina Khadra.

Comment et pourquoi un jeune de 23 ans, qui aimait la bière, les filles et la belle vie, peut-il basculer pour semer la mort ? Ce roman tente de dresser un portrait lucide du terrorisme. Pour l’écrivain, les discours contre les migrants ou contre les musulmans en Europe contribuent à attiser la haine.

L’auteur dénonce la normalisation des discours de haine à l’égard des musulmans qui fait émerger deux camps qui prétendent s’opposer en tous points mais qui, au fond, partagent les mêmes objectifs : la haine et la violence d’un côté, les racistes et les terroristes de l’autre.

L’auteur fustige ceux qui s’attellent à détruire la coexistence pacifique entre musulmans et non-musulmans en Occident. «Le véritable diable est celui qui présente le musulman ou le migrant, sur les plateaux des télévisions, comme étant un diable. Les racistes et les djihadistes sont des frères siamois», fustige Yasmina Khadra.

«Ceux qui croient montrer du doigt les vrais coupables et les vrais assassins sont ceux qui ont rendu cette tragédie possible par l’humiliation et le racisme. Malheureusement en Europe, on ne se pose plus les vraies questions. Les propos de la discorde prennent le pas sur ceux de la sagesse. Les tenants des discours de la haine ont même leurs émissions dans les médias. Le vrai criminel est celui qui rend la tragédie possible», tranche-t-il.

Pour lui, cette normalisation du discours raciste et haineux au sein de certains médias qui en font ouvertement la promotion devrait faire craindre qu’on en arrive à davantage d’exclusion et de violence à l’égard des citoyens de confession musulmane, car ce racisme joue clairement en faveur du terrorisme.

L’auteur de Khalil déplore le fait que la diabolisation des citoyens de confession musulmane passe par le raccourci selon lequel les musulmans sont potentiellement terroristes et que ces groupes terroristes les représentent. «Nous vivons dans une sorte de paranoïa.

Le musulman est souvent montré du doigt comme étant systématiquement un terroriste (…) L’apaisement fait défaut en Occident. Ils (les personnes attirées par le djihadisme, ndlr) ne sont ni des extraterrestres ni des dangers définitifs. Ils ont toujours quelque chose à sauver et à récupérer», souligne-t-il. A la fin de la conférence, l’écrivain a tenu à remercier Mohamed Afane, le patron de l’hôtel Liberté qui a accueilli cette rencontre. 

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