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dimanche, 05 juillet, 2020
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Waciny Laredj. Romancier et essayiste : «Je ne lâcherai jamais!»

03 juin 2020 à 9 h 10 min

Traduit de l’arabe par l’auteur et Marcel Bois, le roman de Waciny Laredj  2084/ L’histoire absurde du dernier Arabe est au centre d’une grande polémique  . Une chaîne égyptienne l’a plagié pour en faire un feuilleton de trente épisodes  Le romancier nous en parle avec amertume et spontanéité à partir de Paris.

Entretien réalisé par  Chahredine Berriah

 

Je dois préciser, d’abord qu’on est en train de terminer la traduction du roman qui est resté en chantier depuis le décès de Marcel Bois. Il sortira à Actes Sud dès qu’il sera prêt. Le roman n’est pas facile, c’est un peu de la science fiction puisqu’il se projette dans un malheureux avenir pour les Arabes qui, malgré les richesses énormes, n’ont pu bâtir un avenir solide ni un système de défense véritable pour préserver leur existence. Le roman a été publié à Beyrouth à Dar al-Adaab en 2016, mais aussi dans d’autres éditions, en Algérie, Palestine, en plus des éditons piratées en Egypte, Syrie, Irak, Jordanie, Maroc, Soudan et autres pays. Il a été mis en ligne d’une manière illégale, sur le net, n’importe qui peut y avoir accès et le télécharger.

-Avez-vous pris connaissance du plagiat grâce à vos lecteurs. Quelle a été votre première réaction ? 

J’étais absorbé par l’écriture de mon dernier roman Les Nuits de Ramada, en plein confinement à Paris, où la vie est devenue un travail au quotidien, dans une zone rouge, qui le demeure toujours (l’Ile-de-France). Je ne suis pas les feuilletons du mois de ramadan, je les trouve sans grand intérêt, une vraie perte de temps. Je publiais le roman sous forme de feuilleton pour mes lecteurs confinés comme moi, une nouvelle expérience, on était en plein débat sur le roman et la littérature. Un de mes lecteurs m’avait interpellé sur le feuilleton égyptien La Fin qui passait sur la chaîne égyptienne privée One. Il avait remarqué des similitudes bizarres.

Puis un Egyptien, puis des lecteurs algériens et du monde arabe. J’ai fini par prendre la chose au sérieux et j’ai rattrapé le retard des dix épisodes. Etonné du plagiat, puisqu’il n’y avait pas un autre mot pour qualifier ce que j’avais vu, je me suis retenu et voir d’abord le feuilleton jusqu’à la fin. Entre temps, mes lecteurs écrivaient sur ce plagiat. Je publiais leurs interventions sur ma page Facebook, ce qui a alerté mon ami le journaliste Ahmed Hali qui est allé lire le roman et suivre le feuilleton. La fin du feuilleton était tellement du copier-coller, j’ai fini par écrire un article dans le grand journal arabe londonien Al-Qods al-A’rabi dans le lequel je reprends les éléments trop visibles de plagiat. Et de là, ça a fait tache d’huile. La responsabilité du scénariste est engagée mais celle aussi morale de la production Cynergie.

-Avez-vous essayé d’entrer en contact avec la chaîne incriminée ou avec le réalisateur ?

Non jamais. Je ne voulais lui donner aucun crédit, par contre, j’ai contacté la directrice de la maison d’édition Dar al-Adaab (Le Gallimard arabe), celle-ci a proposé de déposer une plainte contre le producteur du feuilleton La Fin. En finalité, c’est un plagiat grossier donc le passage par les instances juridiques était inéluctable. Mon attaché littéraire a pris aussi l’initiative de contacter certaines instances internationales concernées par la préservations des droits d’auteurs. Maintenant, on est en train de monter tout un dossier solide dans une perspective juridique. Je ne lâcherai jamais. C’est une affaire vraiment grossière de plagiat.

-Que ressent un écrivain lorsqu’il est victime d’un tel «crime» littéraire ?

C’est une agression contre l’intimité de l’écrivain. Un vrai viol en plein jour. Dans chaque œuvre il y a ce côté intime, très personnel, invisible mais existant, des nuits passées à penser, à explorer un imaginaire enfoui, une mémoire individuelle et sociale, et à confectionner un roman. Un dur métier, celui de l’écrivain. Un sentiment de brutalité contre une œuvre qui a derrière elle un auteur, une personne qui vit et qui respire. Inadmissible de faire abstraction de tout cela. C’est honteux, je n’ai pas d’autres mots afin de qualifier tout cela. Ils auraient pu passer par la voie légale en respectant les droits d’auteurs. Ils ont choisi la voie du viol des droits, on est obligé de passer par le juridique. Je sais que c’est trop difficile, mais on ira jusqu’au bout.

-Loin de tout cela, travaillez-vous sur un nouveau roman ?

Avant le confinement, j’étais sur un nouveau roman depuis plus d’un an, sur l’histoire amoureuse de Hyzia. J’ai fait une vraie recherche dans laquelle j’ai fait la jonction de son histoire avec celle de Benguitoun qui est le vrai amoureux et que Saïyed n’était qu’un élément secondaire de cette histoire. Je suis parti du postulat qu’on ne pourrais jamais écrire une histoire aussi douloureuse sans la vivre ou juste pour répondre à la demande d’un ami de lui écrire une élégie sur sa femme ou sa bien-aimée. Je me suis déplacé à Biskra, j’ai rencontré beaucoup de gens qui m’ont permis un peu plus de chair à mon projet de roman à partir d’un angle d’attaque tout à fait nouveau.

J’ai vraiment revisité son histoire et le système tribal dans lequel Hiziya a vécu. J’ai lu ce qui a été écrit sur Hiziya sur le plan historique mais aussi sur le plan littéraire. Je met en relief son histoire douloureuse qui a fini dans le tragique puisque je suis convaincu qu’elle a été assassinée par sa famille parce qu’elle avait transgressé les codes tribaux. J’ai été freiné par la Covid-19, mais je reprendrai mon dernier voyage à Biskra avant de faire au mois d’octobre, si tout va bien, le dernier périple nomade de Hiziya de Bazer Sakhra à al-Eulma jusqu’aux alentours de Biskra.

Le romancier est un vrai archéologue, il creuse toujours à la recherche d’une vérité possible. Ce coup d’arrêt forcé m’a permis de retourner vers un roman qui était resté suspendu depuis des années sur une famille qui vivait dans l’isolement dans une cave, sous les décombres après un tremblement de terre ravageurs.

Tout l’amour qui était entre les membres de la famille se transforme en où chacun ne pense qu’à lui-même. Tous les maux de l’être humain se réveillent soudainement. Le confinement m’a permis de retourner vers ce roman et j’ai remplacé le tremblement  de terre par le confinement, c’était vraiment mieux à travers le carnet de bord de Ramada dont le nom renvoie à Ramad, c’est-à-dire les cendres, mais renvoie aussi à l’année Ramada, celle de la peste qui avait infesté Damas et Baghdad et avait fait des milliers de morts durant la gouvernance du Khalif Omar Ibn al-khatab.

Les Nuits de Ramada est un roman qui est en train de naître en plein confinement. C’est un roman interactif et les lecteurs le suivent chaque jeudi et dimanche et y participent aux questions évoquées par le roman.



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