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Vu à la télé : Pour Bouteflika, tout est possible…

31 janvier 2019 à 11 h 00 min

Tout le sérail est dans l’expectative. Suspendu à cette redoutable question : si Bouteflika décide de se présenter à un cinquième mandat, pourra-t-il souscrire sans encombre à l’épreuve de la présentation de sa candidature devant le président du Conseil constitutionnel ? Comme le veut la tradition, cette épreuve est obligatoire et doit être par le son et l’image retransmise au public. Tout candidat à l’élection présidentielle est tenu de s’y conformer pour montrer son aptitude personnelle à honorer un engagement institutionnel aussi capital.

C’est, d’une part, l’occasion pour le Conseil constitutionnel de confirmer que les prédispositions du postulant concernant son état de santé, ses facultés intellectuelles et mentales ne souffrent d’aucune ambiguïté. Et, d’autre part, une opportunité pour les Algériens de constater par eux-mêmes, à travers la prestation du serment d’éligibilité qui dure à peine quelques minutes, si le candidat répond aux critères de cet examen au caractère honorifique mais tellement déterminant.

Si aujourd’hui ce sont toutes les instances du pouvoir (civil et militaire), tous les cercles des décideurs (visibles ou souterrains), tous les thuriféraires du régime habités par la fièvre de la «bouteflikamania», tous les affidés du système qui poussent vers un 5e mandat comme s’il s’agissait d’une simple compétition de prestige, si donc tout ce beau monde qui veut, avec la présence de Bouteflika, imposer par la force un statu quo au pays en arrive à retenir son souffle, c’est que la partie qui paraissait au départ «jouable» est loin d’être gagnée.

La raison est que c’est paradoxalement l’élément-clé de cette entreprise vitale pour l’avenir du pays qui risque de faillir, alors que l’on a déjà préparé tous les ingrédients de son incontestable triomphe.

Autrement dit, c’est Bouteflika lui-même qui aggrave le dilemme en n’offrant pas suffisamment de garanties sur ses aptitudes physiques et intellectuelles à demeurer à la tête de l’Etat. Tous les Algériens savent que leur Président est malade depuis la fin de l’année 2013, lorsqu’il a été victime d’un AVC. Qu’il avait déjà terminé péniblement le troisième mandat avec une dégradation sensible de son état de santé, malgré les soins intensifs qui lui ont été prodigués et les nombreux contrôles effectués dans des hôpitaux réputés à l’étranger.

Et qu’on lui avait forcé la main pour un 4e mandat qui, au vu des conditions médicales peu réjouissantes qu’il présentait, paraissait insensé et foncièrement aléatoire. L’opinion publique, qui avait suivi son passage devant le Conseil constitutionnel, alors présidé par feu Mourad Medelci, avait compris ce jour-là que Bouteflika à travers ses hésitations orales, ses difficultés de prononciation, n’était visiblement pas apte à assumer ses fonctions de Président. Il en donna la preuve en se montrant incapable de parler à son peuple durant les cinq années qui suivirent.

Le passage de quelques minutes pour présenter sa candidature et faire le serment de ses aptitudes a été pour lui, il faut le dire, un véritable calvaire et certainement un cas de conscience qu’on n’est pas près d’oublier de sitôt. L’essentiel était cependant acquis pour le sérail, à partir du moment où Bouteflika est arrivé, après des efforts de diction et de mémorisation presque surhumains, à s’acquitter sous les flashs des caméras de cette tâche ingrate qui allait lui assurer la nouvelle mandature tant convoitée, notamment par ses courtisans.

Une fois réélu, le Président, par ses absences répétées de la scène, confirma que l’imprécation qu’il avait tenue devant le Conseil constitutionnel n’a pas… tenu la route. Mais la responsabilité dans cette entorse constitutionnelle est partagée, puisque le président du Conseil constitutionnel valida un dossier dont la pièce maîtresse semblait incorrecte ou falsifiée, à savoir le bulletin officiel de santé dûment ratifié par des médecins assermentés attestant des bonnes dispositions physiques et mentales du candidat. Personne n’a vu ce bulletin et personne ne pourra dire par qui il a été signé, alors que c’est une obligation légale.

Sur ce point précis, les autorités ont conservé le plus grand silence, refusant toute communication sur le sujet, comme s’il s’agissait d’une affaire top-secret. Si ce même dossier avait été déposé par un autre candidat présentant le même handicap que Bouteflika, il est quasiment certain qu’aucune suite ne lui aurait été donnée et personne n’aurait crié au scandale. Mais s’agissant de Bouteflika, les règles de fonctionnement de la République changent du tout au tout… au nom du principe sacré du devoir envers la nation.

C’est la preuve que la gouvernance à l’algérienne répond davantage à des considérations formelles et personnalisées impliquant des enjeux claniques de pouvoir pour maintenir le régime en l’état, qu’au respect des convenances constitutionnelles sur lesquelles on ne s’appuie que lorsque le besoin se fait sentir pour paraître légaliste.

En fait, s’il y a eu mise en scène plus ou moins cadrée derrière une image laissant une forte impression de tricherie lors du passage au 4e mandat, c’est que ce pouvoir n’a que faire de ces convenances quand ses intérêts risquent d’être remis en cause. Il préfère passer en force, quitte à se mettre en porte-à-faux de ses propres engagements démocratiques et républicains.

C’est ce que nous avons, la mort dans l’âme, vécu en 2014, et c’est ce que veulent reproduire les mêmes manipulateurs du système à la veille d’une élection présidentielle qui devrait encore et toujours tourner autour de la personne de Bouteflika, même si ce dernier n’a plus rien à donner et comme il l’avait personnellement déclaré à Sétif alors qu’il était encore en jambes : «Tab djenanna». Comment vont-ils procéder alors que le postulant qui n’a rien révélé de ses intentions, fatigué et encore plus mal en point qu’avant, serait cette fois carrément dans l’impossibilité de prononcer le moindre petit mot quand il sera convié au test du serment d’éligibilité ?

Oui, on est curieux de savoir comment ils vont faire pour que cette épreuve orale puisse passer comme une lettre à la poste. Le test est éminemment important pour la suite des événements, mais on peut faire confiance aux génies du système qui trouveront sûrement la solution pour nous mettre plein la vue. Pour Bouteflika, tout est possible…

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