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dimanche, 05 juillet, 2020
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Visioconférence sur le patrimoine : «Le patrimoine n’est pas un objet unique mais une multiplicité de matières»

31 mai 2020 à 9 h 45 min

Dans le cadre de la célébration du patrimoine, le ministère de la Culture a organisé dernièrement une rencontre virtuelle autour du thème «La régénération urbaine des centres historiques».

Une conférence qui a permis à certains participants de prendre la parole dont le professer Xavier Casanovas, architecte-ingénieur, archéologue et président de Rehabi Med et membre du Conseil d’administration de Icomos Espagne. Professeur et expert consultant international de la réhabilitation, la restauration et la régénération urbaine auprès l’UE, le Conseil d’Europe, l’Unesco, le PNUD et plusieurs agences de coopération.

Le spécialiste a axé son intervention sur «La régénération urbaine ; regard rétrospective sur La Casbah d’Alger et la vieille ville de Barcelone». Pour sa part, l’archéologue algérien et ancien directeur général de l’Iccrom (Centre international d’études pour la conservation et la restauration des biens culturels), Mounir Bouchenaki a donné un éclairage des plus enrichissants sur l’état de la formation d’architectes des monuments historiques.

Il faut dire que Mounir Bouchenaki a également occupé au sein de l’Unesco, entre 1982 et 2005, les fonctions de directeur de la division du patrimoine culturel, de directeur du Centre du patrimoine mondial et de sous-directeur général pour la culture. Il a aussi dirigé, de 2013 à 2016, le Centre régional arabe pour le patrimoine mondial établi à Bahreïn sous l’égide de l’Unesco.

Fort de son expérience, notre interlocuteur rappelle que l’Unesco  a annoncé, depuis des années avec l’Iccrom (Centre international d’études pour la conservation et la restauration des biens culturels), une série de cours et de formation sur le plan théorique avec des ateliers pratiques.

Bien qu’ayant des architectes formés en Algérie, à Tunis et à Rabat, il a été constaté qu’au niveau de la région arabe, il y avait un déficit de formation d’architectes des monuments historiques. L’archéologue affirme que durant les années 90, il existait une formation spécifique dans les écoles d’architectures algériennes, notamment en matière de conservation du patrimoine culturel.

C’est ainsi qu’a été lancé le cours de Tunis, organisé sous l’égide de l’Unesco avec le Centre international d’études pour la conservation et la restauration des biens culturels, et ce, avec une validation du cours. Au bout de deux années, l’étudiant repartait avec un diplôme validé par la Sorbonne. «Cela a été, dit-il, une belle expérience qui a permis à plusieurs algériens, tunisiens et marocains de suivre les cours pendant ces deux années.

C’était un collègue algérien, qui n’est malheureusement plus de ce monde, M. Mahrour, architecte qui était le coordonnateur de ce cours de Tunis.» Notre orateur explique que les cours ont cessé d’être dispensés tout simplement pour des raisons de crédit. Le problème de la formation reste un problème que rencontrent beaucoup d’institutions.

On ne peut pas recevoir de budget sur le long terme. Des subventions et des appuis sont attribués uniquement sur des périodes courtes. L’archéologue Mounir Bouchenaki rappelle qu’il y a e eu des situations similaires en Afrique. Preuve en est. On a crée l’école Patrimoine africain au Bénin pour les francophones et une autre école anglophone similaire à Monbassa au Kenya.

Cette dernière est en train de s’arrêter car elle n’a plus de ressources. «Au départ, généralement c’est le PNUD qui donnait les premières dotations pour la formation. Aujourd’hui, la situation a changé, il y a beaucoup plus d’écoles spécialisées, mais nous avons très souvent organisé des cours de formation avec l’équipe de l’école de Chaillot, notamment pour les Syriens. On avait des cours qui s’étalaient avec la faculté d’architecture de Damas sur cinq ans de formation.

J’ai beaucoup insisté auprès des ministres de la Culture que je rencontre pour qu’il ait un appui à la formation spécialisée. Aujourd’hui, le patrimoine n’est pas un objet unique mais une multiplicité de matière qui a besoin d’avoir des spécialistes pour être armés», éclaire-t-il.

Toujours selon ce spécialiste, de la même façon, aujourd’hui, on ne part pas en fouilles uniquement avec un archéologue, un photographe et quelques ouvriers. Aujourd’hui, la fouille est accompagnée entre autres par un spécialiste en photogrammétrie et en topographie. Aujourd’hui, il y a beaucoup de formations qui convergent vers la protection du patrimoine culturel de façon synthétique.

Le patrimoine bâti étant celui le plus visible et le plus important, notamment dans les villes historiques. Notre source est convaincue que ce patrimoine a besoin énormément de formation parce que nous avons à faire à des situations qui sont très diverses d’une ville à une autre, d’un pays à un autre.

Les formations en matière d’architecture des monuments historiques constituent, pour moi, l’une des bases importantes de l’autonomie au plan national pour la mise en œuvre des projets. Je me souviens que dans beaucoup de situations, nous avons été appelés parce qu’il n’y avait pas dans les intervenants ni architecte ni ingénieur spécialisé en restauration des monuments historiques», étaye-t-il. Et d’ajouter : «Quand je vois ce qui se passe dans le gros chantier qui a commencé, il y a quelques mois, à Mossoul en Irak…

L’architecte qui est une Italienne n’est pas seule. Elle est accompagnée par un ingénieur spécialisé dans la pratique des monuments historiques et par un spécialiste en géologique et en paléontologie. Il y a aujourd’hui cette approche multidisciplinaire qui exige une formation dans ces différentes disciplines. Quand il y a une fouille archéologique, c’est l’archéologue qui constitue le point vocal et qui crée la synthèse de toutes les études qu’ils font», note-t-il. L’ancien haut fonctionnaire de l’Unesco cite un autre exemple.

Il y a quelques années, deux chantiers de prospection ont été lancés en Libye. Un premier chantier a été dirigé par le chef de la mission archéologique et le second a été mené par un directeur d’archéologique de Manchester. Chaque mission, qui était constituée d’une dizaine d’experts, s’est occupée d’une vallée. «Il faut une formation poussée dans le domaine archéologique mais aussi une formation poussé dans toutes les matières qui sont liées au domaine de l’archéologie et de la même façon dans les matières qui sont liées à l’architecture.

On ne traite pas un monument en bois ou en pierre de la même façon. L’approche doit être fine. Ce sont ces cours que donne aujourd’hui l’université qui se spécialise dans l’architecture des monuments historiques». Mounir Bouchenaki estime que l’urbanisme est un domaine fondamental.

On n’étudie jamais un monument tout seul mais dans on environnement. Un urbaniste se doit absolument travailler dans la structure urbaine. Toujours selon notre conférencier, l’Algérie a bénéficié pendant les premières années de l’indépendance de spécialistes en urbanisme. Grâce au financement du Pnud, des professeurs de renommée internationale ont été invités en Algérie. Ces derniers n’ont eu ni le temps ni la possibilité d’assurer une formation. «Maintenant au niveau de l’Unesco on envoie toujours mission où l’on associe à chaque fois un élément de formation.

C’est la même chose avec l’Iccrom et l’Icomos, organes consultatifs nommés dans la Convention du patrimoine mondial», révèle-t-il. En guise de conclusion, l’historien et archéologue algérien Mounir Bouchenaki martèle qu’il est nécessaire de travailler avec des experts et des spécialistes dans le domaine. «Le patrimoine est trop fragile. Il est trop important pour qu’on le laisse entre les mains de ceux qui n’ont pas toute la compétence», tonne-t-il.



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