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Vente-dédicace de l’essayiste Rabah Sebaa à la librairie du Tiers-Monde, à Alger : Précurseur d’une nouvelle littérature algérienne

22 novembre 2021 à 10 h 08 min

Le sociologue, essayiste, chercheur et chroniqueur de notre confrère Liberté, Rabeh Sebaa, a drainé du monde, samedi après-midi, à la librairie du Tiers-Monde, à Alger. Car c’est l’écrivain le plus prisé actuellement, il est l’auteur du tout premier roman en «en algérien», en arabe dialectal (derdja) intitulé Fahla, paru chez les éditions Frantz Fanon.

Des sociologues, des intellectuels, des journalistes en force, des anonymes, bondaient la librairie du Tiers-Monde, à la place Emir Abdelkader. Ils sont venus pour avoir ou plutôt voir Rabah Sebaa, qu’on ne présente plus, apposer sa signature et dédicace, débattre avec lui autour du désormais précédent, la paternité, du tout premier livre, un roman titré Fahla (Brave, une femme sur qui on peut compter, ayant des principes), entièrement écrit en «algérien» (derdja) en lettres latines et arabe.

Auteur d’un doublé en fait. Ainsi, ce fut une rencontre avec un précurseur du genre. Celui du roman consigné typiquement en «algérien», en langue algérienne, de tous les jours, telle usitée et parlée, par les native-speakers, les Algériens. Ce ni du sankit, ni du charabia, ni un sabir, ni un esperanto, c’est une langue «made in Algeria». Extrait : « F janazet el Goual, dekhlou ennssa lel jabbana ou hadrou ledfina. Hadja jdida f aâdatna. Lakin fardou nfousshoum… Khardjou ennssa igoulou khlass, barakat men hogra ! Fahla, Zahra ou Lila fethou ttrig… (lors des obsèques du poète, les femmes sont entrées au cimetière (qui leur est interdit) et ont assisté à l’enterrement. Une nouveauté dans nos coutumes. Mais elles se sont imposées. Les femmes sont sorties et se sont écriées : c’est fini, assez d’injustice ! Fahla, Zahra et Lila ouvrirent la voie…).

Il prend langue avec ses racines, son histoire

Précurseur d’une nouvelle littérature algérienne ? Rabah Sebaa confirme : «Oui, absolument, c’est le premier, roman, livre en «algérien» grâce au courage et à la clairvoyance de ma maison d’édition, en l’occurrence Frantz Fanon, qui a fait ce pari. Il y a aussi une autre première, non seulement le livre Fahla est sorti en langue algérienne, mais aussi, simultanément dans les deux graphies, en lettres arabe et en lettres latines. Il y a des Algériens qui connaissent la langue algérienne par transmission orale, mais qui ne connaissent pas les lettres arabes. Donc, ils peuvent lire le livre en lettres latines. Il y a aussi toute la population des immigrés qui parlent algérien mais qui ne lisent les «hourouf bel arbia» (les lettres en arabe). Moi, honnêtement, je crois que c’est un début qui devra être prolongé par d’autres. Parce que c’est notre langue, c’est une partie de notre être… Il faut casser ce tabou. Parce que «l’algérien » est une langue qui a ses racines, son histoire, sa personnalité linguistique… ».

L’ «algérien» n’est le dialecte de l’arabe formel

A propos de l’analyse étymologique et historique de «l’algérien» (darja), Rabah Sebaa dispense et expose linguistiquement : «La notion de «Dardja» dérive d’une conception sociolinguistique du siècle dernier. Il y a un chercheur qui s’appelle Ferguson qui avait forgé une notion intitulée «la diglossie». Cela veut dire que dans une même langue, il existe une partie écrite et une autre orale. Une partie haute et l’autre basse. Alors, on l’a appliqué tout bêtement par paresse d’esprit à l’Algérie. Alors qu’il ne s’agit pas de diglossie. L’arabe conventionnel ou l’arabe formel est une langue à part. Et «l’algérien» est une autre langue aussi. L’«algérien» n’est pas le dialecte de l’arabe formel. C’est une langue qui existe depuis trois mille ans. Depuis, le punique, le libyque, puis avec tout le contact avec les variétés de langue amazighe et, plus récemment, le contact avec l’espagnol, le turc, la langue française, etc. C’est ce qui fait la langue algérienne d’aujourd’hui. Elle vient de loin. C’est une langue qui existait bien avant l’arrivée de l’Islam, en Afrique du Nord…. On a raté le coche à l’indépendance de l’Algérie. On avait imposé une langue qui était extérieure à la langue native, en fait aux deux langues que parlaient les Algériens. «L’algérien» et les variétés de la langue amazighe. J’ai cité le cas du «malatais» ou l’hébreu.

L’hébreu est devenu une langue officielle avec laquelle on enseigne les disciplines scientifiques, avec laquelle on produit des armes très sophistiquées. On aurait dû, il y a 60 ans, à l’indépendance, faire évoluer notre langue vers un statut de langue académique, scientifique… On ne l’a pas fait. J’allais dire, on ne l’a pas fait presque par paresse. On avait préféré faire appel, à l’époque, 1962, à des moyen-orientaux. A des Egyptiens, Jordaniens, Palestiniens…Tout simplement, en cette période, il y avait Nasser (président d’Egypte) qui était dans le giron de «la wihda el arabai» (unité arabe).

Au détriment de notre langue locale et identité nationale. C’est cela le problème… ». Et Fahla ? «Quand on parle d’une femme qui a du caractère, on dit d’elle qu’elle est «Fahla», une vraie de vraie. Tout ce qui a trait à l’endurance, au courage, à la détermination… C’est valable pour le masculin, on dit «fhal». Quelqu’un qui refuse les oppressions, qui a des principes. Un sorte de guide, il vous montre le chemin pour les autres… ». Un roman à lire absolument !

K. Smail

Rabeh Sebaa, Fahla, roman, éditions Frantz Fanon, 2021. Prix public : 700 DA/15€ (Version en graphie latine)
Rabeh Sebaa, Fahla, roman, éditions Frantz Fanon, 2021. Prix public : 800 DA/15€ (Version en graphie arabe)

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