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mardi, 11 mai, 2021
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Université de Béjaïa : Djamel Sabri et la chanson chaouie à l’honneur

04 mai 2021 à 10 h 10 min

Animée par divers intervenants du monde des médias ou de la recherche universitaire tels que le journaliste et écrivain spécialiste des Aurès Rachid Hamatou, Djamel Nehali, chef de département amazigh à l’université de Batna, Ryma Mansouria, enseignante à l’université Hadj Lakhdar de Batna, Yacine Zidane, journaliste et inspecteur de l’éducation, Djamel Laceb, inspecteur de l’éducation, Bellal Nourredine, chercheur au CRLCA et Hachemi Kerrache, enseignant, Rachid Hamatou rappellera d’emblée qu’il convient de distinguer entre le chant auressien, beaucoup plus vaste et pouvant englober plusieurs types d’expressions et la chanson d’expression chaouie proprement dite.

«Aujourd’hui, on prend les rythmes, les mélodies et les tempos chaouis et on chante dessus à peu près ce qu’on veut. En fait, on a expurgé la chanson chaouie de son âme», dira-t-il en soulignant que la chanson chaouie a souffert de l’ostracisme et d’une marginalisation allant jusqu’à l’interdiction pure et simple. «Dans les années 1980 et 1990, beaucoup de chanteurs qui s’exprimaient en amazigh ont été convoqués par les services de sécurité pour se voir reprocher de chanter dans la langue de leurs ancêtres», dira-t-il.

«A Batna, il y a un groupe se réclamant de la famille révolutionnaire qui à la haute main sur tout ce qui se fait là bas. Imaginez-vous qu’une décision de la présidence, du temps de Zeroual, de donner le nom d’Imedghacen à l’aéroport de Batna a été bloquée purement et simplement.

Le premier colloque international du HCA, une instance on ne peut plus officielle, n’a pas eu lieu pour les mêmes raisons. La même chose a été faite pour la chanson chaouie», nous dira Rachid Hamatou en aparté.

Pour Ryma Mansouria, qui a axé son intervention sur la poésie de la chanteuse Markunda, la chanson chaouie tire ses racines profondes de la société et aborde tous les thèmes allant de la vie quotidienne, l’histoire, les coutumes, la religion jusqu’à la panoplie complète des sentiments humains.

C’est une chanson qui vient du cœur et qui parle au cœur, malheureusement, aujourd’hui, la chanson d’expression chaouie est en train de mourir par l’introduction massive de l’arabe dialectal. «Azawan yela, awal iruh, (La musique existe toujours alors que le verbe a disparu)», souligne-t-elle pour sa part. L’autre volet de cette journée est l’hommage rendu au chanteur de l’un des plus anciens groupes de musique moderne chaouie, Les Berbères d’Oum El Bouaghi, Djamel Sabri souvent désigné comme l’aigle des Aurès, à l’occasion de ses 40 ans de carrière.

De tous les chanteurs chaouis qui ont investi la scène artistique, Djamel Sabri, dit Joe, est celui qui incarne sans doute le mieux cet esprit de résistance et de la persistance de la culture millénaire chaouie. Dans sa musique, comme dans son attitude sur et dehors de la scène, Joe incarne cet esprit rebelle et indomptable de l’homme libre qui refuse de se soumettre au diktat des puissants ou des occupants.

L’interprète de Yemma El Kahina, chanson mythique, devenue le cri de révolte d’un peuple, qui ne veut ni perdre son âme ni ses racines, a longtemps évolué en dehors de tous les circuits officiels, banni des radios, des télévisions et des festivals au profit de ceux qui chantent pour de l’argent et que Joe appelle non sans humour «les pochistes».

« Hey Joe ! »

C’est un véritable miracle que Joe et son groupe, des pionniers qui ont tracé la voie à beaucoup de musiciens et chanteurs, n’aient jamais renoncé malgré tous les obstacles dressés sur leur route. Que le groupe ait continué à produire et à se produire sans aide, sans producteur, sans médiatisation, sans soutien et avec les conditions d’enregistrement artisanales des Aurès des décennies passées. Il fallait sans doute avoir une force d’âme exceptionnelle et une conviction chevillée au corps que ce combat devait être mené quel qu’eut été le prix à payer.

C’est ce que l’on honore aujourd’hui en la personne de Djamel Sabri, véritable icône de la culture amazighe. La soirée d’hommage public, qui devait avoir lieu dans une résidence universitaire à Amizour ayant été déprogrammée par les autorités pour, soi-disant des raisons liées à la pandémie Covid-19, s’est finalement tenue à l’hôtel Raya à Tichy.

Un documentaire produit par le CRLCA sur Djamel Sabri a été projeté à l’assistance puis Joe est monté symboliquement sur scène avec les membres du groupe Iwal, Nesrine et Fayçal, qui incarnent aujourd’hui le renouveau de la chanson chaouie pour interpréter deux chansons : Attiyar Aberkan et Yemma El Kahina, rejoint par le plus chaoui des chanteurs kabyles, Oulahlou en l’occurrence, pour former un quatuor explosif et très original au grand bonheur de l’assistance qui n’a pas perdu une miette du spectacle. «La musique est un héritage. Mon grand-père était un musicien et le père de ma grand-mère un compagnon de Aïssa El Djermouni. Voilà pourquoi tout petit j’aimais le chant. Ce qui se sent ne s’explique pas», nous disait un jour Djamel, alors que nous lui rendions visite chez lui.

Extraits du portait qu’El Watan lui a consacré alors : «D’emblée Djo reconnaît volontiers que quand on refuse de marchander ses principes et de se laisser couler dans le moule de l’uniformité, ou encore celui de la médiocrité, on ne peut vivre qu’en marge du troupeau. En mouton noir.» «Il vaut mieux vivre comme un coq, comme un aigle, dignement et dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Je suis de cette glaise-là. Et je dis tout le temps ce que je pense», dit-il sans concession.

Sa franchise, proverbiale, et son attachement viscéral à sa culture et à ses racines, Djo les a payées cash. Et continue de les payer. «Je suis devenu un paria», dit-il encore aujourd’hui. Un artiste rayé de la liste, banni par l’idéologie officielle, que l’on tient délibérément éloigné des feux de la rampe que sont les festivals, les plateaux télé, les pages des journaux et les scènes. «Rien de grand ne se fait sans audace», dit-il. «Cette époque semble heureusement révolue.

Si Djamel n’est toujours pas en odeur de sainteté auprès des instances officielles, il reçoit les hommages et la reconnaissance les plus précieux dont un artiste puisse rêver : celui de son peuple. Joe qui a reçu des cadeaux symboliques, dont un burnous blanc immaculé, s’est dit très touché et ému par cet hommage qui lui est rendu, tout en remerciant la ville et la région de Béjaïa pour ce geste. «J’étais malade dernièrement, sans oublier la situation sanitaire que tout le monde connaît mais à tous nos fans et admirateurs, je promets du nouveau pour bientôt, car nous avons de nouvelles et très belles compositions», dira-t-il en conclusion.

Assurément, l’aigle des Aurès reprendra bientôt son envol.


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