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jeudi, 28 mai, 2020
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Une voix : Ce crooner à l’air de «poème»

02 octobre 2018 à 0 h 00 min

Le monde de la chanson française, francophone et universelle vient de perdre un monument, l’auteur des standards Désormais, La Mamma, Emmenez-moi ou encore Mes emmerdes, Charles Aznavour est décédé à l’âge de 94 ans à son domicile dans les Alpilles (sud de la France), ont annoncé à l’AFP ses attachés de presse.

Le «Frank Sinatra» français, Charles Aznavour, le «Grand Charles», est une légende en France, dans les pays francophones, notamment en Algérie, où il a des admirateurs de plusieurs générations, ainsi que dans les pays anglo-saxons. La preuve, en août 2017, il a été le récipiendaire de la fameuse et prestigieuse allée, «Walk of Fame», à Hollywood (Los Angeles, Etats-Unis). Une marque saluant sa majeure, grande, grandiose et, sans démesure, monumentale œuvre. 70 ans de carrière, plus de 1400 chansons interprétées en 8 langues.

Celle d’un crooner. De la même «race» que Nat King Cole, Tony Benett… Paul Anka a de qui tenir. Sa chanson Je m’voyais déjà résume sa carrière : «J’étais certain de conquérir Paris/ Ce complet bleu qui était du dernier cri/ les photos, les chansons et les orchestrations/ont eu raison de mes économies/ Je m’voyais déjà en haut de l’affiche / En dix fois plus gros que n’importe qui mon nom s’étalait/ je m’voyais déjà adulé et riche/signant mes photos aux admirateurs qui se bousculaient/j’étais le plus grand des grands fantaisistes / Mais la voix est là, le geste est précis et j’ai du ressort…».

Contre l’amnésie du génocide arménien

Et il conclura : «Mais un jour viendra, je leur montrerai que j’ai du talent.» Et il l’a montré magistralement. Oui, jusqu’à la fin, à 94 ans, ce sage, cette sorte d’«Obi-Wan Kenobi», un jedi de la chanson, jusqu’à son dernier souffle était animé par ce ressort, cette flamme, cette passion, cet espoir de procurer du bonheur à son public, à ses admirateurs, anciens et jeunes, ses auditeurs, ses pairs ou encore ses nouveaux et récents fans. Jurant avec la gérontologie, Charles Aznavour aura séduit son monde de par cette voix ample, cette poésie, prosodie, des mots qui résonnent, la beauté des mots de la langue française. Quand Charles Aznavour pose sa voix sur des mots, elles deviennent paroles pas du tout dans l’air-quoi le tempo-. Du coup, on pourrait le qualifier d’«immortel» siégeant à l’Académie française. Lui, le chanteur français d’origine arménienne.

Charles Aznavour est né Shahnourh Varinag Aznavourian, le 22 mai 1924 à Paris. D’ailleurs, toute sa vie, il aura été cet ambassadeur, éclaireur, ce porte-voix, défenseur œuvrant contre l a bêtise humaine, la folie meutrière, les génocides. Notamment le génocide arménien perpétré d’avril 1915 à juillet 1916, au cours duquel les deux tiers des Arméniens vivant alors sur le territoire actuel de la Turquie périssent du fait de déportations, famines et massacres de grande ampleur. Le génocide arménien aura été le combat juste de toute sa vie. Pour que nul n’oublie. Contre l’amnésie. Il en fera même une chanson de circonstance intitulée Pour toi, Arménie : «Pour toi Arménie/tes saisons chanteront encore /tes enfants bâtiront plus fort /après l´horreur/après la peur/ Dieu soignera ton sol meurtri/le monde s´est levé/ le monde est avec toi/ pour toi peuple oublié /Il a ouvert son cœur/ Il a tendu ses bras… ».

«Idir, on fait ce duo à condition que je chante en kabyle»

Hormis la célébrité de Charles Aznavour en Algérie depuis les années 1950 et jusqu’à aujourd’hui, il demeure lié et relié à l’Algérie. Et pour cause. Idir, une légende de la chanson d’expression amazighe, avait sorti en avril 2017, un album intitulé Ici et ailleurs. Et Idir avait convié une guest-star, Charles Aznavour. Et s’il vous plaît, le grand Charles a chanté en kabyle ! Idir reviendra sur cette collaboration dans un entretien accordé à El Watan, le 2 mai 2017 : «C’est un hasard, une chance. La fille de Charles Aznavour a épousé un Algérien. Il se prénomme Rachid. Il est dans le milieu artistique. Il est manager. Une fois, il était avec son beau-père (Charles Aznavour, ndlr). Il lui a fait écouter une de mes chansons, Lettre à ma fille. Cela l’a bouleversé. Un père qui parle à sa fille de valeurs universelles, de religion, d’islam, de tolérance… Il était à la recherche de lui-même. Il me parlait souvent d’islam… Au début, il était partagé entre le judaïsme et le christianisme. J’ai mis cela sur le compte de quelqu’un qui est mondialement connu et qui se cherche une voie. Peut-être que c’est un besoin. On ne peut savoir comment ça se passe. Des fois, on cherche des «trucs» issus de l’intersidéral (rire). Il m’a dit : «Je ne sais pas. Je crois que l’islam est une voie possible.» Moi, je ne lui ai dit ni oui ni non. Parce que ce n’est pas à moi de juger ou de faire du prosélytisme. Ce n’est pas mon «truc» (rire)… Mais Charles Aznavour me surprendra en me disant : «On fait ce duo à condition que je chante en kabyle.»



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